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Macron cherche un nouvel élan
par Yves de Kerdrel

La séquence Wauquiez a permis de reléguer au second plan les affaires Darmanin et Hulot qui commençaient à peser sur l’exécutif. Après avoir coché la case du salon de l’agriculture, Emmanuel Macron devrait s’atteler à nouveau à son projet européen.

25/02/2018 - 07:17 Temps Lecture 13 mn.

L’Élysée avait mis les petits plats dans les grands jeudi soir afin de recevoir 700 agriculteurs (sur 1.000 escomptés). Quant à Emmanuel Macron, il leur a délivré un discours promettant une révolution culturelle, parlant de tourner la page des vicissitudes que l'on connaît depuis trop longtemps, avant de s’adonner à une longue déambulation. A deux jours de sa visite au Salon de l’agriculture, le président de la République a donc cajolé cette profession minée par l’inquiétude, en direct, sans le filtre des syndicats. Calque de la méthode employée fin novembre pour déminer la grogne des maires de France, à la veille de leur rendez-vous annuel.

Cette opération séduction envers les agriculteurs est aussi passée par des annonces : verrous réglementaires sur les achats de terres par des étrangers, prêts garantis pour les jeunes... et l'assurance que les lignes rouges n’ont pas bougé dans les négociations avec le Mercosur, portant sur un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique du Sud. Et par ailleurs, après la sortie contestée de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, sur le vin, le président a promis, devant la Presse quotidienne régionale, que, tant qu'il occupera son bureau à l'Élysée, il n'y aura pas d'amendement pour durcir la loi Évin.

UN SALON DE L’AGRICULTURE PERTUBE

Le président s’est fait particulièrement offensif contre les géants de l’industrie agroalimentaire, dont Lactalis et Bigard, contre les acteurs qui poussent leurs intérêts particuliers. Il a insisté sur la nécessité, pour les agriculteurs, qu’il voit en entrepreneurs, de vivre du juste prix payé. Une opération séduction plutôt réussie de l’avis des professionnels du secteur. Quand bien même le président s’est targué de ne pas faire de promesses à crédit. Problème, sous les lustres de la salle des fêtes, prudence et réserve sont de mise. Si le discours a été en soi apprécié, tout particulièrement l’attention portée à la question de la rémunération, les invités sont échaudés par les belles paroles. Même son de cloche à la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire qui ne critique pas a priori et attend désormais les actes

Après la mi-février placée sous le signe des affaires Hulot et Darmanin, la semaine passée a bénéficié de l’épouvantable séquence Wauquiez qui a nourri bien des polémiques et donné du Président des Républicains une image désastreuse. Bien qu’à titre personnel sa popularité à droite en est sortie renforcée. Il reste que le Chef de l’État cherche à donner à un nouvel élan à l’exécutif afin de ne pas se contenter de surfer sur la croissance ni de se laisser enfermé par les polémiques su projet de loi Collomb sur les réfugiés et l’immigration. Un texte qui suscite beaucoup d’état d’âme au sein même de la majorité parlementaire.

NOUVELLE SEQUENCE REGALIENNE

Selon nos informations, il devrait profiter de la semaine qui vient pour délivrer un nouveau message aux militaires. Emmanuel Macron se rendra donc le 1er mars dans les camps militaires de Mourmelon et de Suippes pour son premier déplacement auprès de l'armée de Terre depuis son élection. Le président, accompagné de la ministre des Armées Florence Parly et du chef d'État major François Lecointre, commencera par le camp de Mourmelon, où est basé le 501e régiment de chars de combat, pour les honneurs militaires. Et il assistera ensuite à un exercice militaire au camp de Suippes, avant de retourner à Mourmelon pour y visiter les installations de cet immense camp de 10.000 hectares. C’est pour lui une manière d’affirmer sa présence sur ce sujet où il se désole des faux-pas et du manque de charisme de sa ministre. Ce sera aussi sans doute une occasion pour annoncer un nouveau retrait de la Bande sahélo-saharienne après la mort de deux sous-officiers des spahis.

Par ailleurs, maintenant que l’Allemagne a trouvé les bases d’une « grosse coalition » entre le SPD et la CDU-CSU, dont les termes sont compris dans un texte de 177 pages, le Chef de l’État devrait reprendre son bâton de pèlerin sur la scène européenne. Le président de la République, qui assène depuis le début du quinquennat ses ambitions européennes, n'a pour l'heure rallié aucune des grandes familles politiques qui composent le Parlement européen, ce qui pourrait compliquer l'élection de marcheurs en 2019. Les 27 dirigeants européens ont planché vendredi à Bruxelles sur l’organisation du scrutin et sur la manière dont sera désigné le prochain président de la Commission européenne. Des choix sur lesquels Emmanuel Macron aimerait bien peser, lui qui mise beaucoup sur l’Europe. Mais le président de la République a un problème : il n’appartient à aucune famille politique européenne.

EN ATTENDANT LA LOI PACTE

Car l’Union européenne est d'abord une affaire de famille, c’est-à-dire de partis. Par exemple, le Parti populaire européen pour les conservateurs comme Les Républicains, ou les socio-démocrates pour le Parti socialiste. Ces familles se répartissent les postes, leurs poids lourds s’accordent avant les sommets européens. Or, aujourd’hui, Emmanuel Macron est orphelin, La République en Marche n’a pas choisi de famille politique, ce qui pourrait compliquer la tâche de son fondateur qui ne cache pas sa volonté de prendre le contrôle de la machine européenne pour mieux la relancer. L’Élysée a tenté une stratégie de contournement, avec les listes transnationales, mais le Parlement a refusé cette idée lors d'un vote en assemblée plénière début février. Désormais, Paris mise plutôt sur l’après élection.

Parmi les réformes sur lesquelles l’Élysée compte beaucoup figure la loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Ce plan d’action tire tous azimuts pour tenter de faire grandir les entreprises françaises. Un peu à la manière de… la loi Macron en 2015. Le processus d’élaboration de la loi Pacte se veut plus innovant, avec une vaste consultation de la société civile qui aboutira à la présentation du projet de loi en conseil des ministres le 18 avril prochain. Le projet initial contenait six grands thèmes (transmission, partage de la valeur, financement, etc.), confiés à des binômes de représentants du parlement et de la société civile. Les binômes ont remis le résultat de leurs travaux et leurs propositions de réformes fin décembre 2017. Mi-janvier, Bruno Le Maire a lancé la consultation publique, via internet, pour permettre aux Français de réagir aux propositions et de faire les leurs.

DES MESURES POUR L’ASSURANCE-VIE

Plus de 7 700 personnes ont apporté leur pierre à l’édifice sur le site. Elles ont fait 12 800 contributions écrites, soit par un vote pour ou contre une proposition, soit par un commentaire, soit par une contre-proposition. Au total, le site recensait 380 propositions à la clôture de la consultation. Selon les informations de WanSquare, le projet de loi est désormais entre les mains du gouvernement, qui doit prendre en compte les différents arguments remontés lors de la consultation pour le rédiger. Le partage de la valeur créée par les entreprises constituera ainsi un gros chapitre du plan d’action pour les entreprises. Le gouvernement veut également simplifier les dispositifs d’épargne salariale pour permettre aux PME de mettre en place des accords plus facilement. Mais aussi pour permettre aux salariés de mieux gérer les sommes épargnées, en permettant la portabilité de l’épargne en cas de changement de société.

Plus largement, c’est le capital des entreprises que le gouvernement veut sécuriser. L’actionnariat salarié permet justement de le stabiliser. Mais d’autres outils devraient être mis en œuvres, pour mieux orienter l’épargne des Français vers les entreprises. Simplifier les produits d’épargne-retraite, développer les contrats d’assurance-vie euro croissance seront au menu de la loi pour permettre de créer une épargne longue finançant les entreprises françaises. Le gouvernement veut également faciliter la création de fondations d’actionnaires pour pérenniser le capital de l’entreprise. Plus généralement, le gouvernement souhaite élargir les missions des entreprises. Elles devraient être incitées à prendre en compte les intérêts de toutes leurs parties prenantes, et non plus seulement de leurs actionnaires. Mais le gouvernement attend la remise du rapport commandé à Nicole Notat, la dirigeante de Vigeo, et à Jean-Dominique Senard, le président de Michelin, pour donner plus de précisions.

PRUDENCE TOUJOURS DE MISE A LA BCE

Au chapitre économique le fait principal de la semaine réside dans la lecture des dernières minutes des dirigeants de la BCE qui jugent prématuré de préparer les esprits à une normalisation de la politique monétaire étant donné la faiblesse persistante de l'inflation dans la zone euro. Le débat concernant l'évolution de la posture de la BCE peut néanmoins encore être ouvert durant la première partie de l'année, est-il écrit dans ces minutes du conseil des gouverneurs du 25 janvier. Au vu d'une inflation qui peine à décoller franchement, ils insistent toutefois sur la nécessité de surveiller la volatilité de l'euro et d'éviter de provoquer une réaction brutale des marchés financiers par un changement de ton.

Les analystes de Barclays pensent pour leur part que la BCE ne commencera à ajuster son message qu'au mois d'avril, d'abord par un abandon du fameux biais accommodant et ensuite par un accent mis sur l'évolution de la trajectoire des taux d'intérêt. Barclays voit le programme de rachats d'actifs prendre fin en septembre et un premier relèvement de taux en décembre. Signe de son inquiétude face au raffermissement de l'euro, le conseil des gouverneurs de la BCE a jugé que les déclarations de responsables américains sur les vertus supposées d'un affaiblissement du dollar risquaient de remettre en cause un accord conclu de longue date entre les grandes puissances économiques mondiales consistant à ne pas se fixer d'objectifs de taux de change à des fins de compétitivité commerciale.

LE CREDIT AGRICOLE RENFLOUE LCL

Du côté du business il faut souligner la reconduction du mandat de Stéphane Richard à la tête d’Orange que WanSquare avait été le premier à annoncer. C’est en effet Nicolas Sarkozy qui a pris son téléphone afin de sauver la tête de son ancien protégé, que beaucoup cherchaient à abattre en prétextant de l’affaire Tapie. L’Élysée affirme ne pas s’être mêlé de cette nomination. Mais la consigne a bien été donnée qu’on ne touche pas à l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde.

Dans le domaine bancaire, le groupe Crédit agricole va renforcer de 1,5 milliard d'euros les fonds propres de sa filiale LCL à la demande de la Banque centrale européenne. Le Crédit agricole va injecter directement 1,2 milliard d’euros dans LCL, auxquels s'ajouteront les bénéfices 2017 de la banque, qui seront ainsi directement affectés aux fonds propres de l'ex-Crédit lyonnais. Il n'y a pas de problème économique, il s'agit d'un processus technique d'augmentation de fonds propres, explique-t-on en haut lieu en ajoutant que cette décision n'avait pas d'impact sur la solvabilité du groupe Crédit agricole. LCL est soumis à une nouvelle exigence réglementaire en capital à partir de juin 2018.

BARBIZET ARRIVE AU BOARD D’AXA

Le réassureur Scor a confirmé jeudi les objectifs financiers de son plan triennal "Vision in Action", après avoir subi un recul de ses bénéfices en 2017 à la suite des ouragans Harvey, Irma et Maria et des séismes survenus au Mexique, une série de catastrophes comme il n'en arrive qu'une fois tous les 25 ans selon les spécialistes du groupe. Après ces stress tests grandeur nature, selon les termes du PDG Denis Kessler, le groupe a néanmoins maintenu un niveau de solvabilité financière en haut de la fourchette qu'il estime optimale. En 2017, le résultat net consolidé, part du groupe, a diminué de 52,6% à 286 millions d'euros. En données normalisées, retraitées des éléments exceptionnels, le résultat net a crû de 20,8% à 664 millions d'euros. Sur ces bases, le groupe entend maintenir son dividende à 1,60 euro, comme au titre de 2016. D’autant que le taux de rendement annualisé des capitaux propres, en données normalisées, a atteint 10,1%, en augmentation de 1,4 point.

Enfin il faut souligner la cooptation de Patricia Barbizet au sein du conseil d’administration d’Axa, en remplacement d’Isabelle Kocher. L’ancienne directrice générale d’Artémis, qui a toujours été très proche d’Henri de Castries, l’ancien patron du leader français de l’assurance, qui n’a même pas gardé un siège au conseil, devrait donc voir son mandat ratifié par l’assemblée générale du 25 avril prochain qui se déroulera au Palais des Congrès.

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