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Yves de Kerdrel

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Trop de réformes tuent la réforme
par Yves de Kerdrel

Le problème d’Emmanuel Macron consiste à avoir lancé simultanément trop de réformes. Ce qui crée un problème de confusion, voire désorganisation auprès des Français. A l’Elysée on réfléchit à recréer de la cohérence en profitant des demandes d’interview faites pour le premier anniversaire de l’élection.

18/03/2018 - 08:00 Temps Lecture 13 mn.

Asile et Immigration, SNCF, Justice, Santé et hôpitaux, Loi Pacte sur l’entreprise, réforme constitutionnelle, Réforme du bac et tous les autres changements annonçés concernant l’éducation nationale, mise en place du prélèvement à la source en 2019, Loi de Programmation militaire et institution d’un service national ciyoyen… voilà une liste de tous les chantiers lancés seulement depuis le début de l’année, en l’espace de deux mois et demi. Tout le monde en parle chaque jour, mais personne ne sait dire précisément à quel stade en est telle ou telle réforme. Si bien que d’un Président qui veut transformer la France par des réformes profondes et nécessaires, Emmanuel Macron est en train d’adopter l’image de quelqu’un qui veut toucher à tout sans qu’il y ait la moindre cohérence.

Cela est lié sans doute aux décisions prises au tout début du mois de janvier lors du séminaire gouvernemental où le Chef de l’Etat avait expliqué que l’alignement des planètes étant très favorable, il fallait pousser les réformes aussi loin que possible. Mais le même jour Emmanuel Macron, qui avait eu juste avant une discussion téléphonique avec Nicolas Sarkozy, avait expliqué la théorie cher à l’ancien Président selon laquelle il faut donner l’impression à l’opinion publique de changer de cible en permanence, de manière à ce que l’opposition ne puisse jamais vous tirer dessus. A un moment cela avait fonctionné pour Nicolas Sarkozy, jusqu’à la réforme des retraites de 2010 à partir de laquelle il n’a plus réformé.

« ON VA SE PRENDRE DES PORTES EN ACIER »

Mais au sein du gouvernement, plusieurs voix commencent à s’élever pour expliquer que l’action gouvernementale est devenue trop confuse. Ce qui expliquerait la baisse actuelle de la popularité de l’exécutif. Sachant cela, Emmanuel Macron a d'abord ironisé, depuis l'Inde où il était la semaine passée en expliquant que seuls quelques commentateurs fatigués voudraient qu'il y ait un terme à ce mouvement. Le Chef de l'État a encore affirmé, mercredi 14 mars en Touraine où il était ensuite en déplacement pour deux jours, ne pas avoir senti de colère chez les Français, concédant simplement qu'il fallait que l'exécutif explique les réformes.

Confidence en demi-teinte de l'un de ses principaux ministres à ce sujet : "On avance, tout fonctionne, on fait ce pour quoi on a été élu, et on ferait une erreur majeure de ne pas continuer. Le redressement économique, c'était le cœur de la promesse électorale d'Emmanuel Macron". Et de poursuivre : "C'est la première partie du quinquennat, notre campagne d'Italie. Mais ce ne sera pas pendant cinq ans la chevauchée fantastique. Cela se retournera avec une violence inouïe. À un moment donné, on va se prendre des portes d'acier. Resurgiront la question de l'islam, le problème des flux migratoires, le risque d'explosion de l'Europe, etc. Et alors il faudra réinventer autre chose. Ce sera la deuxième partie du quinquennat".

UN NOUVEAU FLOT DE MAUVAIS SONDAGES

C’est dire si le doute commence à gagner les esprits, au sein même de l’entourage du Chef de l’Etat. D’autant plus qu’à l’Elysée deux clans se font la guerre à couteaux tirés. Celui du Président de la République avec son armée de communicants. Et celui de la Première Dame, qui prend de plus en plus d’initiatives isolées, s’organise des visites pour elles seules et reçoit des personnalités, comme si elle avait un pouvoir de décision et de nomination. Si bien que l’ambiance à l’Elysée n’a jamais été aussi mauvaise depuis des années, comme l’assurent tous les administratifs qui ont connu le quinquennat Sarkozy ou le quinquennat Hollande.

Selon les derniers sondages, de même que ceux qui s’apprêteraient à être publiés (Le JDD de ce jour avec une nouvelle baisse de 2 points), la cote du Chef de l’Etat continue de descendre. Elle est en forte baisse en mars par rapport au mois précédent, selon un sondage Ifop-Fiducial diffusé mardi. Avec 54% d'opinions favorables, le Chef de l'Etat cède du terrain et près d'un Français sur deux (45%) a désormais une mauvaise opinion de lui. Avec 54% (-1) de bonnes opinions également, le Premier ministre limite pour sa part les dégâts et se hisse même dans le trio de tête de ce tableau de bord pour Paris Match et Sud Radio, derrière Nicolas Hulot (62%, -2) et Alain Juppé (59%, +2). Les deux ministres les plus populaires du gouvernement, Laura Flessel (54%, +1) et Jean-Yves Le Drian (53%, +3), voient pour leur part leur image confortée, contrairement à Gérard Collomb qui perd 4 points à 40%.

LA PERCEE DE VALERIE PECRESSE

Laurent Wauquiez chute quant à lui de 9 points à 32% et perd en un mois plus que le gain de 7 points réalisé le mois dernier. Le président des Républicains paie ses propos enregistrés à son insu qui ont suscité la polémique en février et recule notamment fortement auprès des sympathisants de son propre parti (67%, -16). Dans le même temps, la présidente LR de l'Ile-de-France, Valérie Pécresse, progresse de 8 points, avec 50% de bonnes opinions auprès de l'ensemble des personnes interrogées. Marine Le Pen (24%) perd trois points dans ce sondage réalisé en partie avant le congrès du Front national, le week-end dernier.

Pour les jours à venir ce qui va être déterminant, après les manifestations des retraités, c’est bien sûr la mobilisation des agents SNCF. Même si le gouvernement mène une réforme « light » en cédant, avant même de négocier beaucoup de terrain aux cheminots. Le maintien des petites lignes, dont la suppression était pourtant préconisée par le rapport Spinetta était un premier geste. Le maintien des billets gratuits accordés aux cheminots et à leurs familles, qui est une composante de leur statut, est un second geste fort, même s’il ne coûte que 100 millions d’euros par an. En revanche il constitue une preuve de pusillanimité pour l’opinion qui l’a ressenti comme une reculade du gouvernement. Désormais tout va dépendre de l’intensité des grèves perlées annoncées.

140 MANIFESTATIONS JEUDI PROCHAIN

Par ailleurs les syndicats de fonctionnaires, qui manifesteront jeudi prochain pour dénoncer la réforme de la fonction publique, ont menacé vendredi d'organiser un mouvement de grande ampleur si le gouvernement maintient ce qui est, selon eux, une ligne dure. Ils ont reçu la semaine dernière le document d'orientation du gouvernement qui guidera les concertations à venir sur la réforme de la fonction publique. Cette dernière prévoit un recours accru aux contractuels, la mise en place d'une rémunération au mérite, l'instauration d'un plan de départs volontaires, ainsi que la fusion de certaines instances représentatives du personnel, à l'instar du secteur privé.

Plus de 140 manifestations à travers le pays sont prévues pour le 22 mars prochain, selon les sept organisations syndicales sur les neuf qui ont appelé à manifester. Ils seront rejoints par les cheminots, les quatre organisations syndicales majoritaires - CGT-Cheminots, l'Unsa-Ferroviaire, Sud-Rail et la CFDT-Cheminots - ayant appelé à défiler pour protester contre la réforme du système ferroviaire et annoncé un calendrier de grèves perlées jusqu'au mois de juin. Le gouvernement a fait un geste dans leur direction vendredi dernier en acceptant d'avancer la date du rendez-vous salarial 2018 à juin prochain plutôt qu'octobre, ce qui leur permettra de discuter de la rémunération des agents publics avant la période de préparation budgétaire.

LA PREMIERE CONFERENCE DE JEROME POWELL

Au chapitre économique, le « la » vient toujours de l’autre côté de l’Atlantique. Il retentira notamment mercredi par la voix du nouveau patron de la Fed. Première réunion monétaire, première conférence de presse et vraisemblablement première hausse de taux : le nouveau président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, s'apprête à cumuler les baptêmes du feu dans un contexte marqué par l'apaisement des craintes d'une accélération de l'inflation mais aussi par la détermination de Donald Trump à ériger des barrières douanières. Qu'il choisisse de s'exprimer ou non sur la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis, Jerome Powell ne manquera pas d'être interrogé sur un dossier brûlant qui a valu au Président américain des mises en garde de la part des milieux d'affaires et même de son conseiller au commerce.

Si les marchés considèrent comme pratiquement acquis que l'institut d'émission annoncera mercredi le relèvement d'un quart de point de l'objectif des fed funds, tout le monde se demande combien de hausses suivront cette année. La Fed avait dit tabler sur trois hausses en tout en 2018 mais les intervenants des marchés comme les économistes misent désormais plutôt sur quatre après des signes de tensions sur les salaires qui ont provoqué la brusque poussée de la volatilité observée début février sur les marchés. Les indicateurs publiés depuis, dont dernièrement l'indice des prix à la consommation pour le mois de février, suggèrent toutefois un tassement de l'inflation, ce qui a pour conséquence de faire refluer les rendements des emprunts d'Etat et de redonner de l'attrait aux actifs risqués.

BONNE SURPRISE DE SFR ET D’ALTICE

La balle est donc maintenant dans le camp de Jerome Powell, qui avait surpris les investisseurs fin février en livrant une vision optimiste de l'économie lors de sa première intervention publique, devant la commission des Services financiers de la Chambre des représentants. Les craintes d'une accélération de l'inflation entraînant une hausse des taux et la baisse de la valorisation des actions avaient été aussitôt relancées, ce qui avait conduit le nouveau président de la Fed à corriger lui-même le tir deux jours plus tard en déclarant qu'aucun élément probant ne témoignait d'une inflation salariale ou d'une surchauffe de l'économie. Si les propos de Jerome Powell sont très attendus, les marchés surveilleront surtout l'évolution des dot plots, ce graphique qui identifie par des points (dots) les anticipations de hausse de taux des différents membres du Comité de politique monétaire de la Fed.

Côté business, la bonne surprise de la semaine est venue d’Altice. Le titre a bondi vendredi à la Bourse d’Amsterdam. Les analystes ont salué la performance du géant du câble et des télécoms sur le dernier trimestre 2017, notamment en terme d'excédent brut d'exploitation qui ressort 5,5% au-dessus du consensus. En France, la filiale SFR a réalisé sa meilleure performance trimestrielle en deux ans avec un gain de 80.000 abonnés à des forfaits mobiles, en hausse de 199.000 sur 2017, et de 69.000 clients à la fibre, en hausse 193.000 sur l'année. Selon Altice, la récente réorganisation et l'accélération de ses gains d'abonnés dans le mobile et la fibre à la fin de l'an dernier devraient lui permettre de tabler sur une amélioration significative de ses activités en France dès le premier trimestre 2018.

REBOND DE L’ACTION CASINO

Le titre revient ainsi à un plus haut depuis le début février mais accuse encore une perte de moitié de sa valeur depuis la publication des résultats du troisième trimestre début novembre. La faiblesse des activités européennes et l'endettement important du groupe avaient alors provoqué une véritable crise de confiance des investisseurs. La défiance du marché a amené Patrick Drahi à scinder Altice USA, sa branche la plus rentable, pour la mettre à l'abri des aléas financiers et de la faiblesse des revenus de ses activités européennes. Jeudi soir, le directeur financier d'Altice, Dennis Okhuijsen, a indiqué que le groupe devrait signer au deuxième trimestre 2018 la cession de toutes ses tours télécoms au Portugal et de 50% à 60% de ses tours en France.

Autre bonne surprise : celle procurée par l'action Casino qui a bondi un moment de 9%, un mouvement que des intervenants expliquent par l'échéance de contrats sur le titre et l'achat récent de 840.000 titres par l'actionnaire de référence du distributeur, Rallye. Les volumes sur la valeur ont dépassé 2,5 millions de titres, soit près de cinq fois leur moyenne quotidienne des trois derniers mois. Selon les informations recueillies par WanSquare auprès d’une grande banque française, ce mouvement serait intervenu après avoir constaté une déclaration de dénouement d'un equity swap. Personne ne sait précisément dans quel sens allait l'equity swap mais s'il était à découvert, cela pourrait expliquer que le détenteur du swap ait besoin de se couvrir. Et assez agressivement, de fait. L'opération de dénouement par livraison physique d'un equity swap conclu le 31 juillet 2015 portait sur 840.495 titres au prix unitaire de 58,2548 euros, selon la déclaration de Rallye à l'Autorité des marchés financiers. Malgré cela Casino, reste, selon nos informations l’une des actions françaises les plus « shortées » avec des positions vendeuses représentant 8,5 % du capital.

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