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Yves de Kerdrel

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La contre-offensive présidentielle
par Yves de Kerdrel

Face à la multiplication des contestations, le Chef de l’Etat a abandonné une posture défensive pour une phase d’explication de ses réformes. La première partie a été réussie auprès de la France des Territoires. La seconde partie a lieu ce soir et sera plus difficile.

15/04/2018 - 05:39 Temps Lecture 14 mn.

Selon les premières mesures qualitatives effectuées par des instituts de sondage travaillant habituellement pour l’Elysée ou le SIG, l’interview d’Emmanuel Macron par Jean-Pierre Pernaut dans une école du Perche a été majoritairement bien perçue par le public du journal de 13 h. Si les retraités restent toujours amers de la ponction faite sur leurs pensions avec l’augmentation de la CSG, ils apprécient la volonté du Chef de l’Etat de rester droit dans ses bottes face au mouvement social de la SNCF, face aux blocages des universités et dans le sujet très symbolique de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame des Landes.

Cette interview d'Emmanuel Macron dans le 13 Heures de TF1, jeudi, a rassemblé 6,4 millions de téléspectateurs. Soit plus d'un téléspectateur sur deux à cette heure-là (51,5% de part d'audience), selon des chiffres de Médiamétrie diffusés vendredi. Il s'agit là, selon la chaîne privée, d'un record depuis 2009 pour le journal de Jean-Pierre Pernaut. D'après TF1, un million de vidéos de l'entretien ont par ailleurs été visionnées sur ses différentes plateformes numériques. Dans la plupart des médias, si cette interview a été critiquée dans sa forme par l’opposition ou certains leaders syndicaux, elle a été plutôt saluée sur le fond par les mêmes commentateurs. En outre elle a permis de faire oublier les commentaires amers de François Hollande sur son ancien collaborateur, à l’occasion de la publication de son livre de souvenirs.

UN CLIMAT SOCIAL TOUJOURS TRES TENDU

S’agissant du conflit à la SNCF, le Chef de l’Etat a fait une concession en ouvrant la porte à une reprise de la dette des chemins de fer par l’Etat. De manière progressive. Cette hypothèse avait été exclue d’emblée pour ne pas gonfler la dette publique et la faire bondir au delà su ratio de 100 % du PIB. En fait, selon les informations de WanSquare, le Chef de l’Etat aurait demandé aux services du Trésor de travailler sur la création d’une structure de « defeasance » à la manière du CDR après le désastre du Crédit Lyonnais, qui récupérerait à la fois une partie de la dette – non liée à l’exploitation – et certains actifs non stratégiques qui pourraient être cédés, notamment à l’international.

Un autre point permet aujourd’hui à l’Elysée d’être plus optimiste qu’il y a deux semaines. Le degré d’empathie des français avec les grévistes diminue progressivement, quelque soit les sondages réalisés. La cagnotte constituée avec l’aide de Mediapart pour venir en aide aux cheminots n’a récolté que 800.000 euros environ à ce jour. Par ailleurs la troisième phase de la grève perlée qui a débuté jeudi soir et vendredi matin a montré une moindre mobilisation des grévistes. Il reste que ce mouvement a déjà eu un impact économique de 150 millions d’euros. Et personne n’ose imaginer dans quel état sera l’entreprise SNCF lorsque les syndicats auront décidé de terminer cette grève. Mais la perspective d’une journée d’action le 22 mai dans la fonction publique laisse à penser que le mouvement des cheminots ne s’arrêtera pas avant cette échéance.

UNE OPERATION DISCUTEE EN SYRIE

Sept syndicats de fonctionnaires ont, en effet, appelé à une nouvelle journée de grève et de manifestations le 22 mai, deux mois après la précédente. Les organisations FO, CGT, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC et FA-FP s'opposent aux projets de réforme de la fonction publique et réclament l'amélioration du pouvoir d'achat des agents. Elles avaient déjà appelé à la grève le 22 mars pour des revendications identiques. L'intersyndicale explique vouloir inscrire les mobilisations et la grève dans la continuité. Également présentes lors de cette réunion intersyndicale mardi, la CFDT et l'Unsa n'ont pas rejoint cet appel à la grève. Cette journée du 22 mai sera la troisième journée de mobilisation des fonctionnaires depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Ce soir face à Jean-Jacques Bourdin et à Edwy Plenel, l’exercice du Chef de l’Etat sera plus complexe. Il devra notamment justifier sa politique régalienne, sa réforme de la justice, sa pratique assez monarchique du pouvoir avec la réforme constitutionnelle, et son rapport à la laïcité, notamment après son discours très contesté lors d’une rencontre avec la Conférence des Eveques de France. Par ailleurs les sujets internationaux devraient à nouveau être abordés. Surtout après l’ambiguité des dernières déclarations d’Emmanuel Macron. Puisque dans la nuit de vendredi à samedi la France a participé à une opération militaire sur la Syrie (chiite) sans pouvoir fournir la moindre preuve, et après que le Chef de l’Etat ait déclaré ne pas souhaiter d’escalade. Mais en agissant ainsi à la remorque de Trump et après avoir cajolé le sunnite MBS, le Chef d’état français met un coup d’arrêt à 70 ans de politique française gaullienne dans cet « Orient compliqué ».

EN ATTENDANT LA LOI PACTE

La loi Pacte que prépare Bruno Le Maire et qui a pris du retard devrait être présentée au début du mois de mai en conseil des Ministres. Avec un nouveau chapitre qu’Emmanuel Macron a dévoilé jeudi dernier. Le président de la République a ainsi annoncé la suppression des cotisations sociales (le fameux « forfait social" de 20%) sur les primes d'intéressement versées dans toutes les entreprises en dessous de 250 salariés. La mesure sera donc portée par le ministre de l'Economie dans le projet de loi Pacte (plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises). Afin d'éviter un effet d'aubaine, le forfait social sur la participation ne sera supprimé que pour les TPE de moins de 50 salariés. Depuis 1990, la participation est en effet obligatoire au-delà de ce seuil pour les entreprises qui ont réalisé un bénéfice au cours de l'année précédente.

Le ministre de l'Economie a aussitôt précisé qu'actuellement, il n'y a que 16% des employés des entreprises de moins de 50 salariés qui ont accès à un accord d'intéressement et 22% entre 50 et 250 salariés. La raison principale c'est qu'il y a un forfait social de 20% sur l'intéressement : à chaque fois qu'une entreprise verse l'intéressement à ses salariés, elle doit donc payer 20% du total en charges. La suppression du forfait social devrait coûter 440 millions d'euros au total. Un montant qui sera compensé intégralement par la réduction de niches fiscales dont bénéficient aujourd'hui certaines entreprises. Grâce à cette mesure, le gouvernement espère doubler le nombre de salariés concernés dans les petites entreprises de moins de 50 salariés, de 16% à 32%.

UN SCENARIO DE CROISSANCE TRES OPTIMISTE

Au chapitre économique l’actualité a été marquée en France par la publication de la traditionnelle trajectoire des finances publiques qui s’inscrit dans le cadre d’un scénario de croissance. Celui-ci a été jugé réaliste et atteignable pour 2018 et 2019 mais optimiste pour la suite du quinquennat par le Haut Conseil des finances publiques. Dans un avis publié vendredi, l'institution souligne aussi que le retour à un solde positif des finances publiques à l'horizon 2022 inscrit dans ce programme pluriannuel nécessite en tout état de cause un strict respect des engagements de maîtrise de la dépense publique. Le programme présenté mercredi prévoit une croissance de l'économie française qui atteindrait 2,0% cette année puis 1,9% en 2019, alors que le gouvernement tablait auparavant, y compris dans la dernière loi de finances, sur 1,7% pour les deux années.

La prévision pour 2018 est jugée réaliste par le HCFP, qui souligne qu'elle est en ligne avec celles des organisations internationales (Commission européenne, OCDE, FMI) et les autres prévisions nationales (Banque de France, OFCE, COE-Rexecode). S'agissant de 2019, la croissance de 1,9% attendue est qualifiée d'atteignable même si le Haut Conseil souligne que la majorité des autres prévisions publiées à ce jour anticipent un ralentissement un peu plus marqué par rapport à 2018. En revanche, il ne semble pas croire de manière excessive au scénario d'un PIB qui progresserait au rythme de 1,7% par an entre 2020 et 2022. Cela signifierait selon lui que la croissance effective de l'économie française se maintiendrait au-dessus de sa croissance potentielle sur toute la période.

DESESCALADE CHINOISE DANS LA GUERRE COMMERCIALE

De plus, le scénario du gouvernement est construit en formulant implicitement l’hypothèse que l’environnement international de l’économie française demeurerait stable à l’horizon 2022, ce qui est loin d’être acquis. Il retient aussi un effort structurel sur les finances publiques devenant plus important à partir de 2019 mais sans que cette orientation plus restrictive de la politique budgétaire ne semble impacter sensiblement la croissance de l’activité. Le Haut conseil relève enfin que la remontée des taux d’intérêt retenue par le gouvernement devrait également avoir pour effet de freiner la demande globale à cet horizon, ce qui ne sera pas sans conséquence sur la croissance. Rappelons que le HCFP, qui est présidé par le premier président de la Cour des comptes, est chargé de rendre un avis sur les scénarios macroéconomiques retenus par le gouvernement.

Du côté de la guerre commerciale sino-américaine entamée par Donald Trump, le président chinois a semblé vouloir envoyer des signes de désescalade. Il faut dire que l’OMC a fait part de son inquiétude après les déclarations péremptoires des deux grandes puissances. Le commerce de biens devrait augmenter de 4,4% cette année, après une hausse moyenne de 3% au cours de la dernière décennie et devrait progresser de 4% en 2019. Cependant, cette importante progression pourrait rapidement être entravée si les gouvernements recouraient à des politiques commerciales restrictives, notamment dans le cadre de mesures de riposte mutuelles qui pourrait mener à une escalade ingérable comme l’a indiqué le directeur général de l'OMC, Roberto Azevêdo.

MAGIC LACHARRIERE

Au chapitre business, l’actualité a été marquée par la superbe opération menée par Marc de Lacharrière. Fimalac, le groupe qu'il a créé et qu'il dirige, vient de céder le solde de sa participation, soit 20 %, dans Fitch, à l'américain Hearst, pour 2,8 milliards de dollars. Hearst est un important groupe de média non coté en bourse, propriétaire du titre Cosmopolitan, qui cherche à diversifier ses activités. Il a réalisé sur 2017 un chiffre d'affaires de près de 11 milliards de dollars. C'est en 2006 que Fimalac a noué un partenariat avec Hearst en lui cédant 20 % de Fitch pour 493 millions d'euros, puis de nouveau 20 % en 2009 pour 300 millions d'euros. Il a récupéré presque 2 milliards de dollars quand il a cédé 30 % en 2014. En l’espace de 12 ans le ticket de 20 % dans Fitch a vu sa valorisation augmenter de 668 %. De fait Fimalac se trouve en possession de l’un des plus importants trésors de guerre dans l’hexagone.

Concernant le feuilleton Vivendi-Telecom Italia, il faut retenir que le conseil d'administration de Telecom Italia s'est désolidarisé de ses commissaires aux comptes, qui avaient validé en mars les demandes du fonds activiste Elliott, et a jugé les résolutions proposées par ce même fonds non conformes aux règlements de la société. Fin mars, les commissaires aux comptes de Telecom Italia avaient approuvé les requêtes du fonds activiste Elliott, qui souhaitait ajouter à l'ordre du jour de l'assemblée générale du 24 avril une résolution sur la révocation de six administrateurs du groupe, dont le président du directoire de Vivendi Arnaud de Puyfontaine. Le conseil d'administration de TIM a fait savoir que les commissaires aux comptes avaient dépassé le cadre légal de leur action en approuvant les requêtes d'Eliott, et qu'ils avaient pris leurs décisions sur la base d'une note qu'ils avaient reçue d'une manière non orthodoxe des conseils légaux du fonds Eliott le 24 mars 2018, soit après la période prescrite par la loi.

BRUNO LAFONT DEFEND LES PERSONNELS DE LAFARGE

Enfin après que des journalistes aient osé des comparaisons hasardeuses entre la construction du Mur de l’Atlantique par les nazis et l’implantation de Lafarge en Syrie, l’ancien patron du groupe cimentier, Bruno Lafont, a fait cette semaine une déclaration passée hélas inaperçue et à laquelle nous croyons utile de donner un écho : « Jusqu’à présent, j’ai choisi de ne pas m’exprimer publiquement et de réserver à la justice française ma contribution à la manifestation de la vérité sur l’affaire liée à la Syrie. Je rappelle que je ne suis plus Président Directeur Général de Lafarge depuis le 10 juillet 2015 et que j’ai décidé de ne pas rester Co-Président et administrateur de LafargeHolcim en mai 2017. Je n’ai donc été associé à aucune décision de LafargeHolcim dans la gestion de ce dossier. Il appartiendra naturellement à la justice d’apprécier les responsabilités dans cette affaire.

Mais je ne peux accepter aujourd’hui la manière dont l’image de Lafarge est caricaturée. Je regrette que l’enquête interne sur ce qui s’est passé en Syrie et dans l’entreprise n’aient pas été assez rigoureuse et approfondie. Je regrette que les dirigeants de LafargeHolcim n’aient pas réagi aux attaques dont Lafarge fait l’objet. Je constate avec regret les violations continues du secret de l’instruction. Je sais que les collaborateurs du Groupe – actuels ou anciens – ne peuvent se reconnaître dans l’image qui est aujourd’hui donnée de Lafarge. Ils ont chacune et chacun contribué à forger sur plusieurs décennies une culture de responsabilité et de respect dont ils peuvent être fiers. Pour ce qui me concerne, je conteste fermement les griefs formulés à mon encontre. »

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