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Vents violents sur l'Euro avant le discours de Toulon de Sarkozy, jeudi prochain
par Yves de Kerdrel

La semaine a été très difficile sur tous les marchés, d'actions, obligataires et surtout interbancaires. Les investisseurs asiatiques vendent tout ce qu'ils détiennent en euros. Quant aux britanniques ils échafaudent des Plans B. C'est dans ce contexte troublé que Nicolas Sarkozy va faire un grand discours sur l'Europe, jeudi soir à Toulon.
27/11/2011 - 07:54 Temps Lecture 6 mn.
Nouvelle semaine mortifère pour la zone Euro où chaque jour a apporté son lot d'informations inquiétantes. Qu'il s'agisse de l'émission plus ou moins ratée de bunds allemands. Qu'il s'agisse de la très coûteuse émission italienne de vendredi. Qu'il s'agisse du recul de près de 5 % de l'ensemble des marchés actions avec toujours de fortes secousses sur les valeurs financières. Qu'il s'agisse surtout - et c'est le plus grave ! - du blocage complet, y compris en intra-day, du marché interbancaire en euros, obligeant les banques à se tourner - comme jamais - vers la BCE. En tous cas bien plus qu'après l'affaire Lehman. C'est dire à quel point la semaine a été difficile et tendue. Ce que certains mesurent à la fatigue de Xavier Musca ou de Ramon Fernandez, les deux principaux pompiers de la crise. Dans ces conditions le sommet à trois avec Angela Mekel et Mario Monti, qui s'est déroulé à Strasbourg jeudi 24 novembre était plus que nécessaire. Même si la Chancelière allemande a, encore une fois, évité de faire un pas en avant dans la direction de Nicolas Sarkozy, en répétant à deux reprises que la BCE était une "institution indépendante". NEUTRALITE ALLEMANDE Malgré tout, à l'Elysée on considère que le bilan de cette rencontre est plus positif que le compte-rendu qui en a été fait. D'abord parce que, désormais les allemands ne commentent plus les décisions de la BCE ni en termes positifs ni en termes négatifs. A un moment où les interventions cumulées de la Banque Centrale tutoient le seuil des 200 milliards d'euros! Ensuite parce qu'Angela Merkel ne fait plus de procès a priori sur la politique menée par Mario Draghi, lui laissant plus de latitude, que jadis à Jean-Claude Trichet, pour s'imposer dans ses nouvelles fonctions L'autre aspect important de ce G3 de Strasbourg a été d'envisager, pour la première fois une modification des textes fondamentaux et notamment du protocole 14 du Traité de Lisbonne avec à la clé l'instauration de règles budgétaires obligatoires et contradictoires. C'est la première fois, depuis le début de la crise de la zone Euro, qu'une esquisse de solution politique vient compléter les rustines financières. Le gros problème, c'est que toute modification des traités va entrainer des débats de près de deux ans dans tous les pays concernés avec le risque de provoquer un vrai clivage entre le noyau dur de la zone Euro et les autres pays. LE NOUVEAU DISCOURS DE TOULON De manière à illustrer de façon magistrale le retour du Politique dans la problématique européenne, Nicolas Sarkozy a choisi de faire un grand discours qu'Henri Guaino est déjà en train de préparer. Sauf surprise de dernière minute, le Chef de l'Etat devrait intervenir jeudi 1 er décembre à Toulon (au Zénith) sur l'Europe comme rempart face à la mondialisation. A cette occasion, il dévoilera de nouvelles pistes en matière de rénovation de la gouvernance de la zone Euro. Le choix de Toulon est volontaire. Car c'est là où Nicolas Sarkozy avait esquissé sa volonté de rebâtir un capitalisme non financier, juste après le début de la crise de 2008. Chez les socialistes, où l'on n'est capable ni de se décider sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'Eva Joly, ni de choisir un simple siège de campagne, l'énergie, et le souffle du Président de la République laissent sans voix. Sa prestation à Tricastin a été un sans-faute, particulièrement bien orchestré, à coté duquel les petits arrangements écolo-socialistes font pâle figure. Tout cela aide à comprendre l'étude qualitative que le quotidien Le Monde a publiée en début de semaine dernière sur les capacités comparées de François Hollande et de Nicolas Sarkozy de prendre des décisions importantes, dans le domaine international, européen, économique, industriel voire sécuritaire. Une étude très favorable à l'actuel Chef de l'Etat qui a encore demandé à ses équipes, cette semaine, de repousser à la seconde quinzaine de février son entrée en campagne. LE PSCHITT DE BAYROU La pseudo-déclaration de candidature de François Bayrou, pour l'instant, ne change pas grand chose, même si elle devrait être largement commentée ce dimanche à la télévision par Jean-Louis Borloo. L'ancien Ministre, Alain Lambert, candidat à la députation, dans la même circonscription que François Fillon et ... Rachida Dati aurait assuré le président du Parti Démocrate de son soutien. Ce dont celui-ci se garderait bien. Ce qui laisse à penser qu'il négocie d'ores et déjà un ralliement. Enfin la dernière inconnue concerne Dominique de Villepin. Tout dépendra désormais de l'évolution de l'affaire judiciaire de Karachi. Mais en principe, la question parait sur le point d'être réglée. Du côté des entreprises, et surtout des banques d'affaires, l'activité repart à la faveur de la forte baisse des valorisations. A l'heure actuelle, c'est le dossier Groupama qui focalise toutes les attentions avec Morgan Stanley qui doit tenter de refaire un tour des acheteurs potentiels du GAN ce week-end, histoire de faire monter les prix, tellement les offres faites ont été considérées comme humiliantes par l'assureur mutualiste. Le seul acheteur vraiment intéressé est Allianz, pour l'activité dommages. Axa a regardé le dossier pour la forme avant de le refermer. Une telle opération serait peu en phase avec son message stratégique visant à se renforcer dans les actifs financiers et les pays émergents ! De plus il a d'autres soucis à gérer, en interne. En revanche, il se pourrait que Generali puisse revenir à l'assaut, mais l'assureur au lion de Trieste est sous la surveillance étroite des agences de notation... TEMPETE DANS UN VERRE D'EAU Quoi qu'il arrive, l'ensemble du processus de recapitalisation de l'assureur doit intervenir dans le mois qui vient, car c'est au 31 décembre que chacun cherchera à mesurer sa solvabilité. Ce qui va l'obliger à céder très vite Silic, ses activités vie, voire même des titres cotés ! Du côté du microcosme, il semble que le directeur général du FSI, Jean-Yves Gilet ait senti passer le vent du boulet au cours des tous derniers jours. A l'occasion du troisième anniversaire du Fonds, il a eu le droit à quelques critiques acerbes du Président de la République. Mais cet incident, appartient aujourd'hui au passé, assure-t-on, y compris à l'Elysée. D'autant que le conseil d'administration du FSI s'est montré totalement solidaire de son gestionnaire. Tout cela montre, en tous cas, à quel point les personnalités de la République sont prêtes à s'entre-tuer pour un poste qui puisse, éventuellement, servir d'abri en cas d'alternance.
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