éditorial
Sarkozy savoure la première faute de François Hollande sans crier victoire
par Yves de Kerdrel
Sur le front des marchés, la situation s'est légèrement améliorée en fin de semaine avec un rétrécissement du spread franco-allemand. Mais les débats théologiques avec l'Allemagne sur le rôle de la BCE restent profonds. Seul rayon de soleil pour le Chef de l'Etat, la décision inimaginable de François Hollande de tirer un trait sur 24 réacteurs nucléaires.
20/11/2011 - 07:58

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A l'Elysée les bonnes nouvelles succèdent rapidement aux moins bonnes. En début de semaine le Chef de l'Etat savourait la remontée fulgurante de sa cote de popularité. Au point d'avouer, lors d'un déjeuner d'éditorialistes qu'il avait sous estimé l'effet G 20. Il jubilait surtout du coup de main, plus ou moins involontaire de Jean-Luc Mélenchon qualifiant François Hollande de "capitaine de pédalo dans la tempête". Ce qui faisait bien rire dans la propre équipe de campagne du candidat socialiste. Même si beaucoup, y compris à gauche prédisent désormais une victoire de Nicolas Sarkozy, suivie par une défaite de la droite aux législatives.
Et puis là-dessus, la crise de l'Euro a repris le dessus avec peu d'amélioration en Grèce et en Italie sur les taux de rendement des emprunts d'état, et une adjudication catastrophique en Espagne. Mais là où la situation est vraiment devenue très tendue, c'est en France, jeudi matin avec un spread entre l'OAT à 10 ans et le Bund dépassant les 200 points de base. Bien sûr, dés le lendemain, cet écart s'est rétréci. Bien sûr, il était lié à la fois à des tensions entre politiques français et allemands sur le rôle de la BCE. Bien sûr, au même moment, la France bouclait son programme d'émissions d'emprunts d'état pour 2011. Il n'empêche que nombreux opérateurs estiment que les deux piliers triple A du FESF ne peuvent pas durablement avoir des écarts de rendement du simple au double.
LE ROLE DE PIERRE DE BOISSIEU
Bien que cela ne soit pas politiquement correct, il est désormais clair que les marchés se préparent à acter la perte du Triple A. Or lors de ce déjeuner avec des journalistes, cette semaine, Nicolas Sarkozy a reconnu lui-même qu'il avait beaucoup misé sur le maintien de cette note. Et qu'une dégradation serait très difficile à surmonter sur le plan politique. Alors que les conséquences financières ne seront pas immédiates, comme l'avait souligné le dernier rapport de la Cour des Comptes.
Toujours est-il que les questions de l'euro, de la zone Euro et de sa gouvernance restent au coeur des préoccupations du Chef de l'Etat. Ce dernier n'a pas renoncé à s'adjoindre les services de Jean-Claude Trichet dans le rôle de conseiller spécial avec pour but non avoué de rassurer les marchés sur les finances publiques de l'Hexagone. Par ailleurs, Xavier Musca est en contact étroit avec le diplomate Pierre de Boissieu, très fin diplomate français, qui fut secrétaire général du Conseil de l'Union européenne, de l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne jusqu'au 25 juin 2011. Il est généralement considéré par ses pairs comme ayant une vision gaullienne, et croyant plus dans la volonté commune d'États souverains qu'à l'émergence d'une véritable supranationalité.
L'ERT RECUE A L'ELYSEE
Nicolas Sarkozy envisage de confronter ses propres idées, celles d'Henri Guaino et d'Alain Juppé avec lui avant de s'adresser une nouvelle fois aux français le 11 décembre prochain à l'occasion de l'anniversaire du Traité de Maästricht. D'ici là, dés demain, il va rencontrer les plus fervents défenseurs d'une Europe intégrée, à savoir, les industriels de l'European Round Table Il s'agit d'un lobby fondé par Etienne Davignon (ex-président de la Société Générale de Belgique et membre du Groupe de Bilderberg) qui rassemble les dirigeants des grandes sociétés européennes. L'European Round Table est associée à beaucoup de décisions de l'Union Européenne en matière économique, financière, sociale, ou environnementale.
En France, c'est Benoit Potier, le patron de l'Air Liquide qui en est le chef de file le plus actif tout en étant vice-président au niveau européen, aux côtés de Peter Löscher de Siemens. Parmi les autres membres français on relève les noms de Pierre-André de Chalendar, le patron de Saint-Gobain, de Christophe de Margerie, celui de Total, de Carlos Ghosn, le président de Renault, de Bruno Lafont, celui de Lafarge et de Gérard Mestrallet, le P-dg de GDF-Suez. Figurent aussi dans cet aréopage des proches de Nicolas Sarkozy comme John Elkann, héritier des Agnelli ou Peter Brabeck, président de Nestlé et membre de la commission Attali.
MOSCO VILIPENDE
Du côté de François Hollande, l'heure est à remettre de l'ordre dans les prises de parole intempestives et dans l'organisation interne. Beaucoup voient dans l'accord avec les verts une sorte de "baiser de Judas" entre Martine Aubry et Cécile Duflot pour empoisonner, chacune, les campagnes de François Hollande et d'Eva Joly. Le candidat socialiste ne compte pas en rester là. Il prépare un rétropédalage avec Jean-Cyril Spinetta, mais ne souhaite pas intervenir trop vite. Par ailleurs ses amis font une forte pression sur lui afin qu'il bride un peu les marges de manoeuvre de Pierre Moscovici, dont la légitimité est très contestée par des très proches du candidat comme Stéphane Le Foll ou Michel Sapin.
Au chapitre économique la semaine sera ouverte par une importante réunion au Ministère de l'industrie présidée par Eric Besson. Certains prédisent une séance assez tendue dans la mesure où elle sera consacrée aux rapports entre la banque et les entreprises avec Frédéric Oudéa, comme guest-star, en tant que président de la Fédération Bancaire Française. Tout cela sur fond de convocation du président du directoire de PSA à l'Elysée pour un plan social pourtant dépourvu de tout reproche. D'autant que dans le même temps les dirigeants du groupe ont renoncé à toute rémunération variable. Ce dont, ils ne se sont même pas vantés, laissant malheureusement les syndicats communiquer seuls sur ces évènements pendant vingt-quatre heures.
CA PLANE POUR JUNIAC
Du coté des nominations celle d'Alexandre de Juniac à la tête de la société Air France s'est finalement déroulée sans difficulté. Selon les informations de WanSquare, le conseil d'adminitration, sur proposition du comité des rémunérations a décidé de lui attribuer une rémunération fixe de l'ordre de 600.000 euros acompagnée d'un bonus susceptible d'atteindre un montant équivalent en fonction de certaines conditions usuelles, mais qui ne devraient pas poser de problème majeur. Finalement, en dehors d'avoir à faire à la tutelle de Jean-Cyril Spinetta, l'ancien ditrecteur de cabinet de Christine Lagarde gagne au change, par rapport à sa tentative de remplacer, il y a un an, Anne Lauvergeon.
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