éditorial
Sarkozy sort la tête de l'eau, mais craint toujours les marchés
par Yves de Kerdrel
Belle semaine pour le Chef de l'Etat dont la cote de popularité rebondit nettement après le G 20 et l'annonce du nouveau plan de rigueur. Reste l'épée de Damoclès de la méfiance des marchés qui s'illustre à travers le spread France-Allemagne et le spectre d'une récession en 2012.
13/11/2011 - 08:17

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Net soulagement à l'Elysée à l'issue de cette semaine où le Chef de l'Etat s'est consacré exclusivement aux affaires intérieures, tout en gardant, bien sûr, un oeil sur l'évolution des dossiers grecs et italiens. D'abord le plan de rigueur a été bien accepté par l'opinion. L'accueil des médias et des économistes a été plutôt clément alors que personne n'ignore que les seules mesures concernant 2012 sont très insuffisantes pour faire face à une croissance zéro comme certains bureaux de recherche l'anticipent ou même un rythme de progression de 0,6 % comme l'a anticipé la Commission Européenne.
Les tensions sur le spread de taux France-Allemagne inquiètent bien sûr les pouvoirs publics, dans la mesure où cela fait renaître le spectre d'une dégradation de la note française (alimenté par la bourde de S&P). Mais en même temps, il faut relativiser ce mouvement qui est lié d'une part au "fly to quality" qui amène les investisseurs à acheter massivement du Bund, et donc à faire baisser son taux de rendement, et d'autre part à la forte volatilité sur les marchés de taux liée à l'affaire italienne. En tous cas les déclarations de Jacques Attali affirmant que la France avait virtuellement perdu son Triple A ont été très mal prises à l'Elysée. On l'y accuse même de jouer contre son camp et de favoriser, de fait, la spéculation sur les CDS hexagonaux, et contre le spread France-Allemagne.
L'HYPOTHESE TRICHET
Le Chef de l'Etat fait le pari que la question grecque va rentrer dans l'ordre progressivement une fois le premier ministre héllène bien aux commandes et que l'Italie devrait éviter de basculer dans un scénario du pire, grâce à Mario Monti. Mais au cas où l'Euro devrait connaître une nouvelle crise existentielle voire aux scories de cette secousse de l'automne, Nicolas Sarkozy, se garde la possibilité de faire venir travailler à l'Elysée, Jean-Claude Trichet, comme conseiller spécial. Une nomination qui serait, naturellement, très bien considérée par les marchés. L'ancien président de la BCE, averti de ces spéculations, ne cherche pas à démentir ou à s'y opposer.
En attendant, l'Elysée a savouré en cette fin de semaine, les différents sondages marquant tous une nette remontée de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy. Le plus frappant étant le sondage CSA publié par Les Echos qui faisait état d'un rebond de six points. Les spécialistes des enquêtes d'opinion estiment qu'il ne s'agit pas d'un feu de paille, mais d'un mouvement de fond qui aurait démarré il y a un mois et qui s'accentuerait grâce à deux moteurs. D'abord la gestion de la crise internationale. Ensuite le trou d'air qui affecte François Hollande, après avoir été porté au pinacle lors de sa victoire aux primaires.
JUPPE EN RECOURS
Le candidat socialiste commence à se frotter aux réalités de sa campagne. Si sa décision sur le nucléaire français et la poursuite du Chantier de Flamanville a rassuré bon nombre de ses amis, elle a en revanche compliqué ses relations avec les Verts. Plusieurs de ses proches estiment que le député de Corrèze agit avec la même habileté que François Mitterrand en son temps. D'où le cloisonnement au sein de son équipe de campagne. D'où le travail en parallèle de plusieurs experts. D'où l'appel à différents conseils en communication.
Du coté du gouvernement la période de stress qui avait précédé le G20 avec l'hypothèse très forte d'un remaniement semble avoir disparu. En fait, elle ne serait que mise entre parenthèses. Nicolas Sarkozy veut se garder la possibilité de constituer un gouvernement de crise au cas où la zone Euro volerait en éclats (thèse de The Economist). Dans ce cas, il ferait appel à Alain Juppé comme premier ministre et l'équipe gouvernementale compterait au maximum 10 à 12 ministres. Il s'agirait d'un gouvernement de combat destiné à gérer cette situation inédite.
PLAN B POUR L'EURO
Pas tant inédite que cela, si l'on en croit certaines informations rapportées ces derniers jours par différentes agences de presse étrangères. Il en ressort que pendant tout le mois d'octobre des émissaires d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy se sont rencontrés de manière très régulière, avec ou sans la présence de fonctionnaires de Bruxelles pour mettre au point un plan B consistant à recréer une zone Euro resserrée. La plupart de ces réunions, d'abord politiques, puis techniques se sont déroulées à Paris, Francfort et Bruxelles. Seuls, jusqu'ici des représentants de la Commission Européenne ont confirmé l'existence de telles rencontres.
Tous ces sujets sont naturellement au menu des rencontres de la Trilatérale qui se déroulent ce week-end, à La Haye, au Pays-Bas, probablement en l'absence de Mario Monti, pourtant le responsable de la branche européene de cette organisation, qui compte également dans ses membres, le nouveau premier ministre grec, Lucas Papademos. Parmi les français attendus à cette rencontre, on note la présence de Jean-Louis Bourlanges, Patrick Buffet, le patron d'Eramet, Patrick Combes, p-dg de Viel, Clara Gaymard, présidente de General Electric France, Anne Lauvergeon, Benoit Potier, patron de L'Air Liquide et Denis Ranque, président de Technicolor. Une grande partie de cette convention sera naturellement consacrée à la crise de l'Europe.
BONNAFE S'INSTALLE
Du côté du monde des affaires, l'heure est à la préparation des budgets pour 2012, en fonction notamment de ce que laissent apparaître les résultats pour le troisième trimestre 2011. Partout les plans d'économies se multiplient et voient leurs montants augmentés. Ce qui va se traduire par des réductions d'effectifs, y compris en France, et sans doute avant les élections présidentielles. Certaines entreprises redoutent, en effet, qu'en cas d'alternance, les plans de sauvegarde de l'emploi soient rendus bien plus compliqués. On le voit même pour une maison comme BNP Paribas qui devrait rendre publc, cette semaine, à l'occasion d'un comité de groupe, son plan d'ajustement d'effectifs.
La banque présidée pour encore quelques jours par Michel Pébereau prépare, par ailleurs son changement de gouvernance. Le 1 er décembre, Baudouin Prot devrait endosser les habits de président et Jean-Laurent Bonnafé, ceux de Directeur Général. Ce mouvement d'échelle de perroquet devrait amener à la nomination d'un nouveau directeur général délégué aux côtés de Georges de Courcel. C'est François Villeroy de Galhau, polytechnicien, énarque et inspecteur des finances, qui devrait, en toute logique, être promu à cette occasion. Cette nomination ne serait d'ailleurs pas exclusive de la création d'un autre poste de directeur général délégué. De son côté, Michel Pébereau continuera à siéger au conseil d'administration et devrait reprendre les commandes de la Fondation BNP Paribas.
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