éditorial
En un mois la France s'est repliée sur elle-même, au point de ne même pas prendre la main tendue par les allemands
par Yves de Kerdrel
Le climat électoral accentue un peu plus le déni de la crise économique par le nouveau gouvernement. Bien sûr, il est très actif sur le front des entreprises en difficulté. Mais il reste que, dans les grandes discussions concernant le sauvetage des banques espagnoles ou l'avenir de la Grèce, voire les réponses aux dernières propositions d'Angela Merkel, la France n'est plus présente.
10/06/2012 - 08:25

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Le taux de participation au premier tour des élections législatives qui se déroule aujourd'hui devrait être médiocre, en dépit d'une météo peu favorable. Cette abstention devrait profiter aux deux principaux partis, le PS et l'UMP, et limiter le nombre de triangulaires. En effet, pour être présent au second tour, un candidat doit, soit être dans les deux premiers au premier tour, soit avoir obtenu un nombre de voix égal au moins à 12,5% du nombre des inscrits. Cela signifie que, si la participation n'est que de 60%, taux attendu par certains instituts de sondage, il devra recueillir près de 21% des voix pour participer au second tour.
On comprend, dans ces conditions, pourquoi le dernier sondage Ipsos n'attribue que 0 à 3 sièges possibles à des petits partis n'ayant pas d'accord de désistement, comme le Modem ou le Front National. Cette même enquête laissait espérer 243 à 285 députés pour le Parti Socialiste, c'est-à-dire moins que la majorité absolue requise à l'Assemblée nationale (289 sièges). Le PS devrait donc être contraint de composer avec ses alliés. Tant qu'il s'agit du Parti Radical de Gauche, pour lequel les sondages laissent attendre une petite quinzaine de sièges, ce n'est pas un problème. En revanche si les socialistes doivent négocier en permanence avec le Front de Gauche - qui espère avoir 25 députés - ou avec les Verts (une quinzaine de députés possibles), la situation risque d'être plus compliquée.
PAS D'ADHESION AU PROJET SOCIALISTE
C'est bien pourquoi, tant François Hollande que Jean-Marc Ayrault ou Martine Aubry ont battu le rappel des troupes tout au long de la semaine passée. C'est aussi ce qui explique que Cécile Duflot a pris un malin plaisir à relancer le débat sur la dépénalisation du cannabis afin de se démarquer du Parti Socialiste et de mobiliser son électorat. Il reste qu'à l'issue du premier tour, les prévisions pour le second tour seront difficiles à faire, dans la mesure où la particularité du scrutin législatif, cette année, c'est que 336 circonscriptions sur 577 ont été redécoupées, afin de tenir compte des évolutions démographiques tout en créant onze circonscriptions pour représenter les Français de l'étranger.
A droite on se prépare donc à montrer dés les débats de ce dimanche soir que les français n'adhèrent pas au projet socialiste et que si François Hollande a été élu le 6 mai, avec une minorité des inscrits, c'est seulement par rejet du sarkozysme. Il reste que pour l'opposition, la partie ne s'annonce pas plus facile. Primo parce que le front adverse risque d'être multiforme et plus difficile à contrer que si le Parti Socialiste avait été majoritaire à lui tout seul. Secundo, parce que la trêve dans la guerre des chefs, au sein de l'UMP, va prendre fin dimanche prochain. Avec à la clé une bataille sévère entre Jean-François Copé, François Fillon et Alain Juppé.
LE GREXIT, HYPOTHESE PRINCIPALE
Ce climat électoral accentue un peu plus le déni de la crise économique par le nouveau gouvernement. Bien sûr, il est très actif sur le front des entreprises en difficulté. Bien sûr le ministre du redressement productif fait preuve d'un activisme redoutable et s'amuse à empiéter régulièrement sur les terres du Ministre de l'Economie. Bien sûr ce dernier s'est contraint à tenir une conférence de presse, la semaine passée, afin de montrer qu'il existait encore. Il reste que dans les grandes discussions concernant le sauvetage des banques espagnoles ou l'avenir de la Grèce, voire les réponses aux dernières propositions d'Angela Merkel, la France n'est plus présente. L'absence d'un Xavier Musca à l'Elysée, avec une vision à la fois économique, financière et européenne et une capacité d'anticipation, se fait gravement sentir.
Concernant la Grèce, son sort se jouera dans une semaine à l'occasion des élections législatives. Les banques multiplient les notes sur les conséquences économiques et boursières d'une sortie de la Grèce de la Zone Euro et donc de l'Union Européenne. Dernière en date : la Société Générale estime que les indices boursiers ont déjà largement pris en compte cette hypothèse et que leur repli serait limité à 10 %, tandis que l'euro s'échangerait sur la base de 1,10 dollar. Le Club des trente qui réunit les directeurs financiers des principales entreprises françaises s'est récemment réuni en présence de grands investisseurs étrangers. Ils ont réalisé un sondage interne à cette session. Un peu moins de la moitié des membres du Club des Trente s'attendent à une sortie de la Grèce de l'Euro, alors que les grands investisseurs étrangers étaient bien plus pessimistes.
MESURES FISCALES EN PREPARATION
Pour l'heure ce sont surtout les américains qui s'inquiètent des désordres de la zone Euro. Tant Barack Obama que Ben Bernanke ont tous les deux sommé les pays européens de régler rapidement les problèmes grecs et espagnols et de relancer la croissance. L'idée que développent de plus en plus d'économistes réside dans une hausse de 4 % des salaires en Allemagne qui représenterait une injection de liquidités deux fois supérieure aux recours aux fonds de tiroirs européens, comme cela est évoqué. C'est également une thèse que défend Laurent Parisot et sur laquelle elle aura l'occasion de revenir demain matin sur BFM où elle est l'invitée de 8 h 15.
Coté hexagonal, les principaux travaux du gouvernement sont maintenant d'ordre fiscal, une fois l'annonce de la réforme de la retraite formulée. Une salve de hausses d'impôts est en préparation pour ce mois de juillet à répartir entre le collectif budgétaire et une réforme fiscale de grande ampleur. C'est à cette occasion que les niches devraient être sérieusement plafonnées et que sera instaurée la tranche d'imposition à 75 % pour les personnes gagnant plus de un million d'euros par an. De manière à ne pas faire retoquer cette mesure par le conseil constitutionnel, Jérome Cahuzac, le Ministre du budget, envisagerait de faire en sorte que cette tranche ne fonctionne que par part et non par foyer fiscal. Ce qui en diminuerait l'impact et la portée.
NOMINATIONS A PROBLEMES
Concernant les nominations à venir, il n'y a désormais plus de suspense. C'est bien Jean-Pierre Jouyet qui devrait prendre la direction générale de la Caisse des Dépôts avec une annonce qui devrait être faite juste au lendemain du second tour. Du coup, Xavier Musca va se voir proposer la présidence de l'AMF qu'il pourrait bien refuser pour partir dans le privé. Preuve de la " hollandomania " qui s'est emparée de la plupart des médias, rares sont ceux qui ont souligné l'importance des conflits d'intérêt dans certaines nominations. Par exemple, comme l'a souligné Mediapart, il est incroyable que ce soit Pierre Lescure, administrateur de Havas et de Lagardère qui a été chargé par François Hollande de repenser la loi Hadopi. De la même manière la nomination de David Kessler, homme-lige de Matthieu Pigasse, et patron du Huffington Post (filiale du Monde), comme conseiller culture du nouveau Président en dit long sur un mandat qui devait être "irréprochable".
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