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Yves de Kerdrel
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L'état de grâce est désormais terminé pour François Hollande
par Yves de Kerdrel
Fidèle à sa tradition, François Hollande, évite les sujets qui fâchent à l'occasion des sommets internationaux de manière à montrer qu'il ne perd pas la face. Les jours qui viennent seront plus difficiles avec le sommet social à Matignon du 29 mai et des syndicats qui ne veulent pas fléchir sur les modalités du retour à la retraite à 60 ans.
27/05/2012 - 08:25
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Trois semaines après son élection, François Hollande ne bénéficie déjà plus d'état de grâce. C'est ce qu'ont montré cette semaine deux enquêtes différentes révélant, toutes les deux, qu'au début de son quinquennat Nicolas Sarkozy bénéficiait dans l'opinion d'une bien meilleure adhésion alors que les seuls 53 % qui se déclarent toujours en phase avec les décisions du locataire de l'Elysée. Ce qui est le taux le plus faible jamais vu pour un Président de la République à peine élu.
Pourtant la presse est toujours comme envoutée par la "Hollando-mania." Les mêmes qui se souciaient des "affaires" durant le quinquennat précédent ne sont guère traumatisés à l'idée que trois ministres du gouvernement souffrent d'une condamnation judiciaire. Tous les médias saluent à longueur de journée le "président normal" qui prend le train mais utilise bien volontiers l'airbus présidentiel pour aller à Camp David et aucun ne note qu'à l'Elysée, la modestie et l'austérité du nouveau régime n'ont pas empêché le recrutement de 39 conseillers...
LES SILENCES DU SOMMET DE L'OTAN
Pour l'heure dans l'entourage du nouveau Chef de l'Etat on se félicite que François Hollande a remis à l'agenda mondial le thème de la croissance. Sauf qu'aux Etats-Unis, celle-ci est justifiée par l'approche des élections présidentielles et facilitée par les injections de liquidités de la Réserve Fédérale. Quant à Angela Merkel ou à Mario Monti ils ne parlent "croissance" qu'en liant ce mot à la rigueur budgétaire et aux réformes de structure.
S'agissant du Sommet de l'OTAN, la décision de la France n'est pas passée comme une "lettre à la poste" ainsi que les proches de Laurent Fabius ont cherché à le faire croire. Bien sûr personne n'a contesté la décision française. Mais il a été demandé à François Hollande de s'acquitter d'un versement d'argent complémentaire et d'assurer une présence civile, bien au-delà de l'année 2012. Surtout, alors que le Président de la République, avait marqué ses réserves, pendant la campagne électorale, sur le projet de bouclier anti-missiles sur l'Europe (l'autre grand sujet du sommet), il n'a montré aucune opposition, signant un chèque en blanc aux propositions de l'OTAN.
BRAS DE FER SUR LES RETRAITES
Ces débuts en demi-teinte ne signifient pas que l'UMP peut limiter les dégâts au cours des prochaines élections législatives. Selon les différents sondeurs interrogés le nombre de triangulaires pourrait s'élever à 150, en fonction du taux d'absentéisme. Mais il n'est pas certain que l'on assiste à un raz de marée socialiste, comme ce fût le cas en 1981. Au contraire la situation pourrait davantage ressembler à celle de 1988, lorsque Michel Rocard a dû gouverner avec une majorité socialiste très juste.
L'agenda des prochains jours va redevenir davantage hexagonal avec d'une part la rencontre organisée le 29 mai entre le Premier Ministre et les syndicats et d'autre part la préparation des premiers balisages budgétaires. Sur le premier point, le sujet épineux concerne le retour de la retraite à soixante ans. Une mesure qui ne concerne que 150.000 personnes en année pleine et coûterait 1 milliard d'euros la première année, mais 5 milliards d'euros en 2017, sans compter les effets sur les retraites complémentaires estimés à 2 milliards par Laurence Parisot. Un sujet que devrait dénoncer ce soir la patronne du Medef, invitée du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.
Force Ouvrière qui avait eu tendance à faire preuve de modération, ces dernières semaines, veut à tout prix une version extensive de ce décret incluant les années non travaillées. Comme la CGT. Mais les marges financières étant limitées Jean-Marc Ayrault ne souhaite pas céder. Ce qui risque de créer un certain nombre de mécontentements.
SILENCE ASSOURDISSANT SUR LA GRECE
Concernant les mesures fiscales, la probabilité de faire appel à une contribution exceptionnelle sur l'ISF cette année à la place du relèvement du barême, comme cela était initialement prévu, témoigne de l'impréparation du gouvernement, sur un sujet majeur. Puisque le retour à l'ancien barème devait rapporter, dés 2012, plus de deux milliards d'euros. A condition que l'assiette reste constante. Or les notaires confirment une véritable fuite des patrimoines, depuis quelques semaines, y compris des petits patrimoines (autour de 5 millions d'euros).
Là où le gouvernement fait preuve d'un silence assourdissant, c'est sur la Grèce. Le seul discours tenu par les uns et par les autres consiste à dire que la France est favorable au maintien de la Grève dans la zone Euro. Mais personne n'est capable de dire comment. Et comme il n'y a plus de moteur franco-allemand, il n'y a plus de possibilité de prendre des initiatives, et éventuellement de transgresser la lourdeur des fonctionnements européens. Comme cela a été le cas en juillet dernier. Si bien que le "bank-run" se poursuit à Athènes et que la probabilité de voir la Grèce s'exclure de l'Euro devrait continuer à augmenter d'ici le 17 juin. C'est ce qui justifie que les asiatiques ont décidé de réduire au minimum leur exposition en euros. C'est ce qui explique aussi la chute du rendement des bunds, les investisseurs achetant massivement des "euro-marks".
AUCUNE PROPOSITION POUR MUSCA
Du côté des affaires, la semaine qui vient sera marquée notamment par l'assemblée générale de Natixis et celle de Publicis. Cette dernière risque d'être marquée par l'affaire du "bonus de 16 millions d'euros" attribué à Maurice Lévy et qui ne fait pas l'objet d'une convention réglementée soumise au vote des actionnaires. Il y aura sûrement contestation de "petits porteurs" lors de cette grand-messe actionnariale. D'autant que certaines des dernières assemblées qui se sont tenues récemment ont été assez mouvementées.
L'autre sujet tient à la nomination surprise de Jean-Paul Faugère, l'ancien directeur de cabinet de François Fillon, à la présidence de la CNP, à la place d'Edmond Alphandéry. C'est pour l'heure le seul "grand serviteur" de l'ancien régime que le nouveau pouvoir ait "recasé". A droite, et même à gauche, certains s'offusquent, à juste titre, que rien n'ait été proposé à Xavier Musca dont la loyauté et les compétences suffisent à justifier une nomination prestigieuse. La déclaration de Jean-Marc Ayrault affirmant de manière péremptoire qu'il était inenvisageable de le nommer à la tête de la Caisse des Dépôts a redonné de l'espoir à Dominique Marcel (actuellement à la tête de la Compagnie des Alpes) qui est très soutenu par Lionel Jospin. Mais il se peut toujours que Jean-Pierre Jouyet hérite du poste, sinon il ne lui restera plus que la solution de devenir Commissaire Européen.
Par ailleurs il se confirme que Guillaume Pépy, actuellement à la tête de la SNCF, déploie une intense activité afin d'être nommé à la tête d'EDF. Mais Henri Proglio est loin d'avoir dit son dernier mot. Il bénéficie du soutien explicite et implicite de nombreux élus socialistes. Notamment de barons de la "Hollandie" comme Gérard Collomb, le Maire de Lyon, ou Bernard Cazeneuve qui vient d'être nommé Ministre des affaires européennes.
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