éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Un début de quinquennat de François Hollande marqué par des bisbilles entre le Président élu et le Parti Socialiste
par Yves de Kerdrel
La course aux nominations, aussi bien pour les postes ministériels, que pour le futur état-major de l'Elysée donne lieu à des discussions difficiles entre le nouveau Président de la République et la Rue de Solférino. Mais in fine, François Hollande, entend bien rester libre de tous ses choix. D''où le mystère qui entoure l'avenir de chacun de ses proches.
13/05/2012 - 08:04
Lecture 8 mn.
C'est un Nicolas Sarkozy soulagé, et pas du tout amer, que ses proches ont pu voir cette semaine à l'Elysée. Le Chef de l'Etat, qui cessera ses fonctions, ce mardi, et qui a déjà réservé de nouveaux bureaux Rue de Miromesnil, à un jet de pierres de l'Elysée, a pris beaucoup de recul en l'espace de quelques jours. Il a reçu très peu de visiteurs et consacré l'essentiel de son temps à parler avec les autres chefs d'états ou de gouvernements qui tenaient à le saluer avant son départ. La seule préoccupation qu'il a évoquée avec ses plus proches conseillers concerne la nouvelle crise grecque. D'où son soulagement de n'avoir plus à monter au front pour tenter de déminer cette nouvelle "bombe à retardement".
Au sein de l'ex-quartier général de campagne de François Hollande, devenu l'antenne présidentielle, on fait mine de "traiter" d'ores et déjà cette crise grecque. D'où l'importante publicité médiatique faite autour des rencontres organisées entre François Hollande et Herman Von Rompuy, puis Jean-Claude Juncker. "Le problème, explique un membre de cette antenne, c'est que le nouveau Président n'a aucune idée sur la question grecque, et n'a dans son entourage direct ou indirect, aucun Xavier Musca capable d'avoir à la fois une vision prospective et une expertise technique de ce type de problèmes politico-économiques".
JOUYET "PERE JOSEPH"
François Hollande se méfie beaucoup de Jacques Attali, qui cherche à revenir dans le jeu et aimerait s'installer comme le Alain Minc du nouveau Président. Il n'a ni confiance ni proximité avec Pierre Moscovici, qui fait davantage de l'agitation pour son avenir personnel que pour commencer à esquisser des solutions. De fait, la seule personne vers laquelle le Président élu se confie et sollicite des avis est Jean-Pierre Jouyet, l'actuel président de l'Autorité des Marchés Financiers, qui voit son rôle de "père Joseph" se construire spontanément.
Jusqu'à présent, François Hollande n'a procédé qu'à une seule nomination officielle : celle de son futur conseiller diplomatique : Paul-Jean Ortiz, qui a travaillé notamment auprès d'Hubert Védrine et dirigeait la cellule Asie du Quai d'Orsay, mais qui n'a jamais été ambassadeur. C'est lui qui devrait donc remplacer Jean-David Levitte, comme responsable de la diplomatie à l'Elysée. Il a d'ores et déjà assisté, la semaine passée, aux rencontres avec Herman Von Rompuy et Jean-Claude Juncker.
TENSIONS AVEC SOLFERINO
Si les autres nominations tardent, donnant une image "brouillon" de ce début de quinquennat, cela est lié à deux raisons. La première, c'est que François Hollande a un mode de fonctionnement très solitaire, et qu'il aime bien procéder étape par étape. C'est pourquoi il a prévu de nommer dans l'ordre le futur premier ministre, puis le secrétaire général de l'Elysée et son adjoint. Et c'est naturellement lui qui choisira le futur directeur de cabinet du locataire de Matignon, poste stratégique dans tout le processus interministériel, avec le même soin qu'il portera au choix de son propre directeur de cabinet.
La seconde raison est liée au fait que Martine Aubry est venue, en délégation, expliquer au Président élu que l'ensemble de l'état-major de l'Elysée, au sens large, avec tous les futurs conseillers techniques, devaient représenter les différents courants du Parti Socialiste. Une initiative inattendue, qui a donné lieu, d'emblée, à quelques explications entre l'ancien député de Corrèze et la Maire de Lille. Ces tensions fortes entre la Rue de Solférino et l'Avenue de Ségur expliqueraient que certains aient pu trouver un intérêt à rappeler une ancienne condamnation qui a frappé Jean-Marc Ayrault.
L'ALTERNATIVE SAPIN
Pourtant, ce dernier fait toujours figure de favori dans la course à Matignon, d'autant plus qu'il dispose d'un très gros atout dans la période actuelle : il parle couramment allemand. Par ailleurs, dans la perspective des élections législatives, il semble le mieux à même de "tenir les troupes", surtout si la tension devait perdurer entre les cadres du Parti Socialiste et le nouveau pouvoir. Si pour une raison ou pour une autre, le Maire de Nantes, qui a réglé le problème de son futur aéroport, pour être prêt à exercer pleinement cette fonction, devait y renoncer, alors François Hollande choisirait très probablement Michel Sapin, pressenti jusqu'ici pour aller à Bercy. c'est Pascal Lamy qui serait nommé, dans ce cas, au Ministère de l'Economie et des Finances.
Parmi les principaux postes ministériels, il ne semble plus y avoir aujourd'hui de hiatus. En dehors de l'industrie revendiquée par Alain Rousset, le président de la Région Aquitaine, mais aussi par Arnaud Montebourg qui a exigé (sic) un ministère du redressement industriel. Jérôme Cahuzac se prépare à prendre le Budget (également brigué par Nicole Bricq. André Vallini se dirige vers la Chancellerie, à moins qu'il faille y faire une place pour Bertrand Delanoe. Jean-Yves Le Drian prendrait le Ministère de la Défense. Manuel Valls irait bien à l'Intérieur. Aurélie Filipetti serait Ministre de la Culture. Vincent Peillon, Ministre de l'Education. Najat Belkacem Ministre de la jeunesse (une priorité du nouveau Président). Stéphane Le Foll (un très proche de François Hollande) devrait hériter du Ministère de l'Agriculture. Marisol Touraine rejoindrait la Rue de Grenelle (affaires sociales). Reste le cas de Martine Aubry qui n'est pas tranché (ce pourrait être la Culture). Pas plus que celui de Laurent Fabius. Selon certains caciques du parti socialiste, il se pourrait bien que l'ancien Premier Ministre de François Mitterrand reste sans portefeuille, témoignant ainsi d'un premier acte d'émancipation de François Hollande. Dans ce cas, c'est Pierre Moscovici qui occuperait le Quai d'Orsay, qu'il connait bien.
L'ACTIVISME DE SAADA
Dans le monde des affaires, on reste relativement insensible à ces discussions d'antichambre, préférant surveiller comme le lait sur le feu, l'évolution de la relation franco-allemande. En ce sens, la rencontre de mardi soir à Berlin entre François Hollande et Angela Merkel sera suivie de très près, de même que les mots utilisés par les deux protagonistes pour la commenter. Les dirigeants du CAC 40 vont surveiller avec au moins autant d'intérêt la manière dont un grand serviteur de l'état comme Xavier Musca, sera "recasé" par le nouveau pouvoir. De nombreux socialistes s'opposent déjà à ce qu'il soit nommé à la tête de la Caisse des Dépôts, en raison du rôle politique que la majorité présidentielle entend faire jouer à l'institution de la Rue de Lille. L'intéressé ne se voit pas du tout à la tête du Mécanisme Européen de Stabilité, où certains spéculent sur son arrivée. Reste la Banque de France où il ferait un excellent Gouverneur.
Beaucoup s'agitent autour du sort de certaines entreprises ou institutions publiques. La plus active, en la matière, est sans nul doute Anne Lauvergeon, qui souffre de n'avoir reçu aucune proposition en l'espace d'un an. Mais François Hollande a clairement pris ses distances avec elles, et n'entend pas toucher à Henri Proglio, très apprécié de nombreux élus socialistes. Guillaume Pépy, ne cache pas qu'il profiterait bien de cette alternance pour changer d'horizon, voire prendre un portefeuille ministériel. Autre activiste forcené, Gilbert Saada, ancien d'Eurazeo, qui se voit déjà nommé à la tête du FSI et mène une campagne sans équivoque, auprès de Michel Sapin, pour démonter l'action de cette filiale de la Caisse des Dépôts.
Parmi les principales assemblées générales d'actionnaires de la semaine à venir, on surveillera plus spécifiquement celle de Lafarge qui se tient mardi 15 mai. Après les bons chiffres du premier trimestre, les analystes financiers attendent un discours à tonalité positive de la part de Bruno Lafont. Autre assemblée à la fois importante et symbolique, celle de Veolia, mercredi 16, qui sera l'occasion, pour Antoine Frérot, de revenir sur le programme de cessions d'actifs et la mise en oeuvre de son plan stratégique. Ces deux titres figurent parmi les meilleures performances de ce début d'année avec une hausse de 12 % pour Lafarge depuis le 1 er janvier et de 24 % pour Veolia.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Qui pourrait rejoindre l'Elysée avec François Hollande ?
06/05/2012 - 07:28
Éditorial / Yves de Kerdrel
29/04/2012 - 08:44

