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Yves de Kerdrel
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Qui pourrait rejoindre l'Elysée avec François Hollande ?
par Yves de Kerdrel
Le député de Corrèze qui s'est préparé, au cours des quinze derniers jours, à endosser les habits de Président de la République a beaucoup de mal à constituer une garde rapprochée à l'Elysée, tant les meilleurs talents de la Gauche craignent d'être associés à une aventure qui tourne mal après l'été. Et malgré tout, il souhaite forcer l'allure et précipiter le calendrier.
06/05/2012 - 07:28
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Cela ne fait plus guère de doute. François Hollande qui vote aujourd'hui à Tulle, et qui attendra les résultats dans son bureau du conseil général de Corrèze (avant de rentrer en avion privé de Brive au début de la nuit), devrait être élu - sauf immense surprise de dernière minute - Président de la République, avec toutefois un score beaucoup plus serré que ce que promettent depuis des semaines tous les instituts de sondage. Ne serait-ce qu'au cours des cinq derniers jours le "rolling" mis en place de manière quotidienne par l'Ifop pour Paris-Match a fait revenir le score potentiel du candidat socialiste de 55 à 52 %.
D'autres instituts évoquaient, vendredi soir un effondrement à 51 % du score de François Hollande. Ce qui serait finalement une grosse déception pour la gauche, dans la mesure où Nicolas Sarkozy, en 2007, a recueilli 53,06 %. Lors d'une dernière réunion qui s'est tenue vendredi soir autour du Chef de l'Etat, il a été évoqué que le sort de cette élection puisse reposer sur 200.000 électeurs, tellement le resserrement des courbes se précipite depuis quelques jours. Un phénomène que les politologues attribuent à deux faits. Le premier réside dans la désormais fameuse "anaphore" de François Hollande déclamée lors du débat et qui commençait seize fois par les mots "Moi Président de la République". Cet effet de manche - au ton sectaire - aurait eu un impact très défavorable sur l'image du candidat socialiste, alors qu'il faisait un bon débat. Le second point réside dans le ralliement personnel de François Bayrou, qui serait très mal vu par de nombreux électeurs de gauche (notamment mélenchonnistes) et encore plus par ceux du Centre. D'autant que, contrairement à ce qu'affirment les intéressés, il y a bien eu négociations, afin que le parti socialiste ne présente pas de candidat contre le patron du Modem, lors des législatives.
Une intéressante étude faite par Ipsos pour Le Monde au cours de la semaine passée sur la crédibilité comparée des deux finalistes du second tour montre bien à quel point François Hollande risque de porter longtemps cette image du "président élu par défaut" et de souffrir de ne pas recevoir de vote d'adhésion. Sur seize questions prioritaires, les 4.000 français interrogés continuent de penser que Nicolas Sarkozy reste le plus crédible des deux candidats s'agissant d'au moins neuf thèmes dont : "prendre des décisions difficiles, protéger les français contre la crise, faire mieux fonctionner l'Europe ou réduire les déficits publics." Tout cela montre bien que l'on pourra dire de Nicolas Sarkozy, s'il subit une défaite, ce que l'on a dit, il y a un peu plus de trente ans de Valéry Giscard d'Estaing : "il a fait battre ses idées sur sa seule personne".
LE ROLE CLE DE NACER MEDDAH
Comme le veut le processus républicain, c'est Xavier Musca, le Secrétaire Général de l'Elysée et Christian Frémont, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy qui, le cas échéant, vont se mettre en contact, dés demain avec les proches de François Hollande. C'est Nacer Meddah, nommé juste après les primaires socialistes, secrétaire général de la campagne de François Hollande, qui devrait servir de vis-à-vis d'autant plus qu'il est préfet et qu'il connait bien le fonctionnement de la machine administrative. Cette forte personnalité, couvée par Philippe Séguin qui l'a "découvert" et "promu" à la Cour des Comptes devrait jouer un rôle important au cours du nouveau quinquennat. C'est d'ailleurs lui qui a eu à gérer les très nombreuses demandes de rendez-vous des patrons du CAC 40 avec François Hollande, au cours des toutes dernières semaines.
En principe le Conseil Constitutionnel devrait se réunir dés vendredi prochain, le 11 mai, afin de proclamer les résultats de l'élection présidentielle. Et la passation de pouvoirs pourrait avoir lieu le mardi 15 mai, sinon le mercredi 16 mai. François Hollande a déjà exprimé une préférence pour cette première date. Mais il se pourrait que le calendrier soit accéléré. Ce qui permettrait une première rencontre franco-allemande officielle dés le week-end prochain. Toutefois, on ignore encore de quelle manière se passera la cérémonie du 8 mai.
Mais il demeure surtout une grande incertitude sur la composition de la garde rapprochée qui va accompagner François Hollande à l'Elysée. A commencer par le choix du Secrétaire Général de l'Elysée, poste hautement stratégique et très prenant, que le futur président aurait bien aimé confier à Jean-Pierre Jouyet, l'actuel président de l'Autorité des Marchés Financiers. Cependant, ce dernier préfèrerait un rôle de conseiller politique. De plus beaucoup de socialistes auraient vu d'un mauvais oeil cette nomination, dans la mesure où l'intéressé a accepté de faire partie d'un gouvernement Sarkozy.
LE VIVIER DE LA PROMOTION VOLTAIRE
De fait, le nom le plus souvent cité, actuellement, est celui de Dominique Villemot, qui offre un parcours original dans la mesure où il est avocat. Agé de 58 ans, il a fait partie de la fameuse promotion Voltaire de l'ENA (1978-1980), comme Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet, Frédérique Bredin, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Sylvie Hubac (l'épouse de Philippe Crouzet), Pierre Mongin (patron de la RATP), Henri de Castries, Jérome Bédier (qui rejoint Carrefour) ou Renaud Donnedieu de Vabres. Administrateur civil au Ministère de l'Economie, il a ensuite travaillé à la Direction des Impôts avant de quitter en 1990 la fonction publique pour rejoindre le cabinet de conseil juridique et fiscal Coopers & Lybrand. Il est inscrit au barreau depuis 1992, et il a fondé son propre cabinet en 1999. Passionné d'histoire grecque et romaine il est réputé pour la qualité de sa plume et pour sa culture. S'il n'est pas Secrétaire Général, il pourrait occuper une autre fonction proche de celle qu'exercaient Henri Guaino ou Camille Pascal.
L'autre candidat possible est Pierre-René Lemas, actuellement directeur de cabinet de Jean-Pierre Bel à la Présidence du Sénat. Agé de 59 ans, issu lui aussi de la promotion Voltaire de l'ENA, il a tout de suite opté pour la préfectorale. Après des postes de cabinet auprès de Gaston Deferre ou de Pierre Joxe, il obtient sa première préfecture dans l'Aisne en 1992. Plus tard il est nommé préfet de Corse, puis préfet de la région Lorraine. Son nom avait déjà été cité pour diriger, sur le plan administratif, la campagne de François Hollande.
AUTORITAIRE ET BROUILLON
Enfin, il reste un outsider en la personne de Pierre Moscovici, au moins jusqu'aux élections législatives. D'abord parce que le directeur de campagne du candidat socialiste a beaucoup d'exigences qui vont de Bercy au Quai d'Orsay en passant par un ministère régalien. Ensuite, parce qu'il a une bonne connaissance de l'appareil étatique. Le problème est que tous les candidats sollicités pour le poste stratégique de Secrétaire Général Adjoint (chargé notamment des affaires économiques) ne veulent pas travailler avec "Mosco" compte tenu de son caractère autoritaire et brouillon.
Pour ce qui est des affaires économiques, un calme étonnant régnait sur les marchés à la veille du week-end électoral, avec des taux français à 2,81 % et un spread inférieur à 125 points de base. Bien sûr, cela est dû surtout à la faiblesse des taux allemands, descendus à 1,58 %, qui ont entraîné avec eux, le rendement des OAT à dix ans. Les tensions risquent de réapparaître très vite dés que le nouveau gouvernement cherchera à parler pacte budgétaire et "eurobonds" avec l'Allemagne. Ce qui explique pourquoi la demande de CDS sur la dette souveraine française n'a jamais été aussi forte qu'au cours des tous derniers jours, témoignant d'un important besoin de couverture des investisseurs.
Du côté des chefs d'entreprise, l'heure est à l'attentisme, d'autant plus que la conjoncture n'est pas euphorique, comme l'ont montrés les derniers chiffres américains de l'emploi. En revanche ils multiplient les opérations patrimoniales : exercice de stock-options, donations et donations-partage avant que la nouvelle majorité modifie le régime en vigueur dés les premières semaines de juillet. Selon des informations en provenance de Belgique, confirmées à Paris par les plus grands cabinets d'expertise juridique et fiscale, plus de 1.200 foyers français ont d'ores et déjà entamé, depuis deux à trois mois, les formalités pour s'installer à Bruxelles aussi vite que possible. Ils afficheraient un patrimoine moyen compris entre 7 et 10 millions d'euros. Cela représenterait donc en quelques semaines un exil de près d'une dizaine de milliards !
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