éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Nicolas Sarkozy compte sur le débat du 2 mai pour affaiblir un François Hollande, qui prépare de près son gouvernement
par Yves de Kerdrel
Pour tous les sondeurs, la victoire du candidat socialiste est acquise, même si elle sera beaucoup moins spectaculaire qu'attendue. D'autant que les reports de voix du Front National en faveur de Nicolas Sarkozy sont à un niveau élevé. Le débat du 2 mai jouera, un rôle, crucial, surtout pour François Hollande, qui se voit déjà adoubé.
29/04/2012 - 08:44
Lecture 7 mn.
Il reste une semaine à Nicolas Sarkozy pour tenter d'inverser une tendance qui reste largement en faveur de son adversaire, si l'on se fie aux derniers sondages publiés. CSA (groupe Bolloré) qui a toujours sur-estimé le score de François Hollande - y compris pendant la soirée électorale de dimanche dernier - lui attribue désormais 54 % des intentions de vote pour le second tour. BVA table, de son côté, sur un score de 54,5 % pour le candidat socialiste. Quant à TNS Sofres, l'Ifop et Harris Interactive, ils estiment que François Hollande devrait l'emporter avec un taux de 55 %.
Bien sûr la plupart des sondeurs confirment la remontée des reports de voix des électeurs du Front National. Il seraient actuellement prêts, pour 53 à 55 % d'entre eux, à voter en faveur de Nicolas Sarkozy, alors qu'au début du mois de mars, cette proportion n'était que de 33 %. Elle est ensuite montée au delà de 50 %, après la tuerie de Toulouse, avant de redescendre autour de 41 % à la veille du premier tour. Reste à savoir quel sera l'impact d'un probable appel au vote blanc lancé par Marine Le Pen le premier mai.
LE CAS DU VOTE OUVRIER
L'une des questions qui fait débat dans l'entourage de Nicolas Sarkozy ne réside pas tant dans la "drague" des votants "frontistes", mais plutôt dans les thèmes à développer en leur faveur. Car la grande surprise du premier tour a été l'importance du vote ouvrier en faveur de la fille de Jean-Marie Le Pen. 29 % des ouvriers ont voté pour elle, alors que 12 % seulement ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. De la même manière 22 % des employés ont glissé un bulletin Marine Le Pen, alors que moitié moins ont choisi le leader du Front de Gauche. Par ailleurs, les chiffres du premier tour révèlent que le Front National a fortement progressé dans les départements ruraux et dans ceux où le taux de chômage a fortement progressé. La demande de ces électeurs porte donc davantage sur les thèmes sociaux, que sur les questions sécuritaires ou immigratoires.
Quant aux électeurs de François Bayrou, qui sont un enjeu moins important en valeur absolue, ils semblent davantage prêts à voter en faveur de François Hollande (pour 41 % d'entre eux) selon Harris Interactive. Le même institut estime que 36 % se reporteraient sur Nicolas Sarkozy. Quoi qu'il en soit le président du Modem qui a affirmé "qu'il prendrait ses responsabilités" ne devrait pas choisir de candidat officiel pour le second tour, comme cela avait été le cas il y a cinq ans.
UN DEBAT TRES PREPARE
Dans ces conditions les proches du Chef de l'Etat tablent beaucoup sur le débat du 2 mai qui a déjà fait l'objet de plusieurs réunions de préparation au cours des derniers jours au siège du CSA, en présence de Manuel Valls pour le camp Hollande et de Franck Louvrier pour l'équipe Sarkozy. Si le choix des deux présentateurs, Laurence Ferrari et David Pujadas a été vite réglé, ce n'était pas le cas pour le réalisateur. En revanche, le tirage au sort réalisé en fin de semaine, a déterminé François Hollande comme premier intervenant. D'autres réunions devraient se tenir jusqu'à lundi pour trancher des questions techniques (niveau de la climatisation, hauteur de la table) et définir les thèmes qui seront abordés. Enfin, en début de semaine, les deux candidats se rendront sur le plateau (dans les studios de la Plaine Saint-Denis) avec leurs équipes pour repérer les lieux.
Si l'actuel Président de la République attend beaucoup de ce débat, c'est notamment, parce qu'en 2007, il n'avait pas mis longtemps à mettre Ségolène Royal "hors-jeu". La partie sera plus difficile cette fois-ci. Même si Nicolas Sarkozy va surtout s'évertuer à relever toutes les ambiguïtés du programme de François Hollande. Mais il a le gros avantage de se retrouver dans la situation du "challenger" qui n'a rien à perdre, face à un candidat socialiste qui vient de passer une semaine à jouer au "Président".
LES EXIGENCES DE DELANOE
Dans l'entourage du candidat socialiste, où personne ne doute que la victoire est acquise, la course aux postes est entamée, quelque fois avec âpreté. Si Jean-Marc Ayrault a reçu de solides assurances concernant sa nomination à Matignon, il doit faire face aux exigences de Bertrand Delanoë, qui fort du bon score de la capitale en faveur de François Hollande, a demandé, lundi dernier, le poste de premier ministre. Une manoeuvre très personnelle, dans la mesure où le Maire de Paris ne cache pas sa lassitude après dix ans de mandat, et surtout parce que cela lui permettrait de faciliter la succession en faveur d'Anne Hidalgo, qui se sent menacée par la prochaine arrivée à Paris de Cécile Duflot.
En dehors de la séance de lundi dernier, les marchés ont réagi dans le calme à l'annonce des résultats du premier tour. Mais la nouvelle dégradation de la note de l'Espagne et la hausse des taux italiens montrent à quel point la fébrilité est toujours de mise dans la zone Euro. Les organismes chargés de lever des bons du trésor pour le compte de l'Etat ont noté chez les acheteurs des signes de nervosité au cours des derniers jours qui pourraient s'aggraver en fonction des "petites phrases" post-élections et pendant toute la longue période qui ira jusqu'à la déclaration de politique générale du premier ministre.
FONTANET INTRONISE CHEZ SCHNEIDER
Du côté des entreprises, l'heure est à surveiller l'état de la mer compte tenu d'une conjoncture mondiale qui ne fait pas apparaître le rebond attendu. On l'a vu cette semaine avec les mauvais chiffres américains, les mauvais indicateurs britanniques, et les déclarations de Mario Draghi sur la croissance. Ce qui n'empêche pas les opérations de fusions et d'acquisitions - notamment les offres hostiles - de marquer un redémarrage.
Cette semaine sera marquée par l'assemblée générale de Lagardère, jeudi 3 mai, qui sera sans doute agitée sur au moins deux points : l'énorme destruction de valeur subie par le groupe dans le domaine sportif avec la filiale Lagardère Unlimited et les velléités de l'Emirat du Qatar, désormais premier actionnaire du groupe, d'être représenté au conseil de surveillance. Tout cela, avec comme homme de l'ombre, Sébastien Bazin, le patron de Colony, qui aurait aimé effectuer un ramassage de titres Lagardère, et qui conseille de près l'Emir du Qatar, au point de concocter des plans sur l'évolution de la gouvernance du conglomérat.
Autre assemblée à suivre de près, ce 3 mai, celle de Schneider, au cours de laquelle Xavier Fontanet, l'ancien patron d'Essilor, verra sa cooptation comme membre du conseil de surveillance définitivement ratifiée. Cela devrait donner à Henri Lachmann, l'occasion d'en dire plus sur le rôle que va jouer ce grand patron. Puisque, selon les informations de WanSquare, c'est bien Xavier Fontanet qui a été choisi, avec l'assentiment de Claude Bébéar, pour succéder dans un an à Henri Lachmann, l'actuel président du conseil de surveillance. Un poste d'autant plus stratégique, que la plus grande partie de l'état-major de Schneider s'est installée à Hong Kong, et n'est pas prête de revenir, compte tenu des évènements hexagonaux.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Les marchés n'attendront pas le second tour pour réagir
22/04/2012 - 07:17
Éditorial / Yves de Kerdrel
15/04/2012 - 07:38

