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Yves de Kerdrel
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Le doute s'installe dans l'équipe de Nicolas Sarkozy. Celle de François Hollande se prépare aux vives attaques des marchés.
par Yves de Kerdrel
En dépit de mauvais sondages de fin de semaine, Nicolas Sarkozy continue à y croire, soulignant l'importance de tous ceux qui n'ont pas encore choisi, sa sous-estimation dans les sondages et l'importance de l'entre-deux tours. Du côté de François Hollande, on estime l'élection jouée au point de composer le gouvernement et de gérer le cas Mélenchon.
15/04/2012 - 07:38
Lecture 6 mn.
Rue de la convention, au siège de campagne de Nicolas Sarkozy, tout le monde faisait triste mine cette semaine, où l'on prenait conscience que la dynamique positive qui s'était installée depuis deux mois était stoppée. Déjà les premiers sondages réalisés pour le compte de l'UMP révélaient en début de semaine ce qui a été rendu public à la veille de ce week-end avec une érosion plus ou moins nette du score du Chef de l'Etat au premier tour, pour quatre instituts et une victoire très nette de François Hollande au second tour avec des intentions de vote comprises entre 54 et 57 %. Le problème de ces publications simultanées de sondages est qu'elles ont fait apparaître, pour la première fois un "décroisement" des courbes des deux principaux candidats. Avec l'hypothèse, pour trois instituts sur quatre que le vainqueur du premier tour sera François Hollande.
Nicolas Sarkozy garde, cependant, un moral d'acier. Il a bluffé tout le monde vendredi matin dans les coulisses d'I-Télé, où il était l'invité, avant un déplacement express en Corse, continuant d'affirmer que les sondages sous-estiment son score et qu'il gagnera le second tour. Pour l'actuel Président de la République, deux postulats s'imposent. Primo : c'est le débat de l'entre-deux tours qui lui permettra de faire la bascule. Secundo : son but est de commencer une autre campagne au soir du premier tour en remettant en selle un clivage gauche-droite.
BATAILLE DE RASSEMBLEMENTS
Le "président-candidat" conserve une énergie et un optimisme incroyables de l'avis de ceux qui travaillent au quotidien avec lui. "Il arrive à la réunion de 8 h 30 où tout le monde a la tête des mauvais jours, raconte l'une de ses très proches collaboratrices, et après une demi-heure de discussion, chacun est regonflé à bloc." Il reste qu'une grosse inquiétude persiste sur le succès du rassemblement qui doit se tenir aujourd'hui Place de la Concorde en contrepoint de celui organisé par François Hollande sur l'Esplanade de Vincennes. L'équipe de Nicolas Sarkozy aimerait réunir au moins 80.000 participants. Mais hier après-midi, seulement 58.000 sympathisants avaient répondu à la campagne d'e-mailing.
Face à un François Hollande, qui a réussi à "se présidentialiser" vraiment en devenant plus rugueux et plus mordant, Nicolas Sarkozy n'entend pas flatter seulement une partie de l'électorat de droite, comme le lui conseille Jean-Louis Borloo. Ce n'est pas au moment où François Bayrou s'écroule dans les sondages qu'il juge utile de recentrer sa campagne. En revanche, ce dimanche, il devrait annoncer plusieurs propositions-surprises.
Du côté de François Hollande, où désormais tout s'organise pour gouverner le pays dés le 7 mai, la priorité des priorités concerne la réponse aux éventuelles attaques des marchés. D'un côté le candidat socialiste sait qu'il lui faudra très vite renoncer à une partie de son programme (côté dépenses). Mais il va attendre l'audit demandé à la Cour des Comptes pour effectuer ce virage. D'après certains économistes de son équipe, cet audit devrait faire apparaître un "trou" de près de 20 milliards d'euros dans le budget 2012. Toutefois la publication d'un tel chiffre par la Rue Cambon pourrait affoler un peu plus les marchés, s'ils sont déjà nerveux.
Le candidat le plus probable pour Matignon, en cas de victoire de François Hollande, est désormais Jean-Marc Ayrault. Plus pour ses qualités de nécessaire patron de la majorité que pour celles de technicien. Il aura notamment la charge de négocier avec le Parti Communiste, celui-ci reprenant la main sur Jean-Luc Mélenchon après le premier tour. En revanche, il semble acquis que le leader du Front de Gauche ne fera pas partie d'un gouvernement et qu'il obtiendra une circonscription gagnable (probablement dans le Val de Marne) afin de pouvoir prendre la tête d'un groupe parlementaire.
LE MYSTERE BOLLORE CHEZ VIVENDI
Tous ces évènements politiques à venir commencent à peser sur l'environnement économique. Cela se voit sur les transactions dans l'immobilier, sur les demandes de crédit de la part des ménages et maintenant sur le moral des chefs d'entreprise, en raison des turbulences espagnoles. Par ailleurs le rythme de la croissance chinoise, plus faible qu'anticipé, commence à inquiéter les investisseurs. Ce chiffre reflète notamment une faible progression des exportations. De fait les cambistes craignent qu'un ralentissement trop marqué de la croissance chinoise mette en péril des économies fragiles de la zone euro. Ce qui justifiait en fin de semaine le repli de la monnaie européenne face au dollar.
Du côté des entreprises, il est toujours beaucoup question de l'avenir de la Caisse des Dépôts, où Antoine Gosset-Grainville a vite endossé le rôle de directeur général par intérim. L'équipe de François Hollande ne fait pas de cette institution une priorité en cas de changement de pouvoir. Du coup la nomination du successeur en titre d'Augustin de Romanet pourrait n'avoir lieu qu'en septembre prochain. Il semble que Jean-Pierre Jouyet ne fasse pas acte de candidature. En revanche François Villeroy de Galhau, actuellement numéro trois de BNP Paribas, serait prêt à s'installer Rue de Lille, où Dominique Marcel, un ancien du cabinet de Lionel Jospin a également fait acte de candidature. Mais les proches de François Hollande excluent de nommer à ce poste Xavier Musca, même s'ils affirment qu'il sera bien traité. Tout cela ne devrait pas gêner, la nomination d'Augustin de Romanet à la direction générale de la CNP.
Autre sujet à la mode chez les investisseurs : tenter de savoir quelle est la part exacte du capital de Vivendi, actuellement détenue par le groupe de Vincent Bolloré. Officiellement l'industriel breton a acheté, avec un prêt de la Société Générale, un peu plus de 1,1 % des titres en fin d'année 2011. Lorsque l'apport des chaines Direct 8 et Direct Star à Canal + sera concrétisé, il recevra 1,8 % supplémentaires. Et selon les informations de WanSquare, Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi l'aurait autorisé à détenir 5 % du capital. Si bien qu'aujourd'hui il détiendrait déjà près de 3 % du capital, après avoir fait une moyenne à la baisse, lorsque le titre a décroché après la publication des résultats. Mais chez Vivendi, on précise qu'aucune déclaration statutaire de franchissement de seuil (pourtant nécessaire pour chaque portion de 0,5 % du capital) n'a été formulée. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les supputations.
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