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Yves de Kerdrel

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Les principaux candidats, dans un faux-plat, au milieu d'une campagne qui passionne de moins en moins les français
par Yves de Kerdrel

A trois semaines du premier tour, la campagne présidentielle semble enlisée. Même si la dynamique reste clairement en faveur de Nicolas Sarkozy à droite et de Jean-Luc Mélenchon à gauche. C'est peut-être maintenant que les sondages vont vraiment se mettre à bouger. Notamment en ce qui concerne le second tour.
01/04/2012 - 07:45 Temps Lecture 7 mn.
Après une semaine très dense, en raison de la tuerie de Toulouse, les derniers jours ont semblé constituer une pause dans la campagne présidentielle. François Hollande a ralenti son rythme de meetings et de déplacements - pour cause de fatigue ! - même s'il était ce week-end à La Réunion, précédant d'une semaine un voyage de Nicolas Sarkozy sur cette ile. Surtout, il a décidé de ne pas bouger d'un iota sa ligne politique, en dépit de sa perte de vitesse pour le premier tour face au Chef de l'Etat, et malgré la très forte montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon. Ses experts en études politiques l'ont convaincu que les reports de voix des électeurs du Front de Gauche seront massifs au second tour, et qu'il n'avait donc pas à "gauchir" son discours. Il n'empêche que du côté de Nicolas Sarkozy on savoure les succès de Jean-Luc Mélenchon. Pas tant parce qu'ils pèsent sur le score de François Hollande au premier tour. Mais surtout parce qu'ils témoignent de l'absence de dynamique du candidat socialiste qui semble s'être endormi. Nous évoquions, la semaine passée, le fait qu'Avenue de Ségur, des voix de plus en plus nombreuses commençent à évoquer le spectre d'une défaite de François Hollande. Alors que quinze jours plus tôt, un grand patron français, assis dans le même wagon de train que l'ensemble de l'état-major du candidat socialiste, était stupéfait d'entendre la dizaine de ses plus proches composer à voix haute le futur gouvernement. Il reste qu'un Jacques Attali, qui soutient ouvertement François Hollande, se répand dans tout Paris en pronostiquant la victoire de Nicolas Sarkozy. TOUT DEPENDRA DE BAYROU Tout dépendra des reports de voix des électeurs de François Bayrou. Pour l'heure, les différents indicateurs montrent que près de 40 % d'entre eux se rallieraient à François Hollande, alors que seuls 25 % pencheraient du côté de Nicolas Sarkozy. Mais ces chiffres peuvent évoluer rapidement entre les deux tours. D'abord parce que François Hollande sera, malgré tout, contraint de donner des gages de "gauchisme" à Jean-luc Mélenchon, surtout si son score tutoie les 15 %. Un phénomène qui effraierait, de fait, des électeurs centristes. Ensuite, il faut se rappeler, qu'en dépit de ses nombreuses déclarations de vertu, François Bayrou n'hésitera pas à vendre ses voix entre les deux tours contre un rôle de premier plan dans l'après 6 mai. Il ne faut jamais oublier sa tentative de rendez-vous nocturne avec Ségolène Royal en 2007, qui en dit long sur le personnage. Comme les dernières statistiques font apparaître un très bon report de voix entre le Front National (plus de 50 %) et Nicolas Sarkozy, alors qu'ils n'étaient que de 30 % il y a un mois, Nicolas Sarkozy n'entend pas exploiter à fond le discours sécuritaire. Au contraire, il compte faire intervenir davantage Jean-Louis Borloo dans ses meetings, comme il l'a fait à Nantes mardi dernier. De surcroit, il devrait enregistrer dans les jours qui viennent le ralliement de Rama Yade. Par ailleurs sur le plan logistique, les équipes de la Rue de la Convention ont, enfin, mis au point une brochure d'une quinzaine de pages qui rassemble la vision de la France par Nicolas Sarkozy plutôt qu'un catalogue de mesures dans lequel il ne veut pas se laisser enfermé. UN VRAI PARE-FEU EUROPEEN Du côté des nouvelles économiques, la très bonne performance concernant la réduction du déficit public, revenu à 5,2 % au lieu d'un 5,7 % inscrit dans la trajectoire transmise à Bruxelles, va être naturellement exploitée. De même que l'amélioration générale du climat économique, avec une consommation des ménages élevée en février, un pouvoir d'achat encore en hausse en 2011 et un moral des chefs d'entreprises qui progresse. Ce qui ne laisse au candidat socialiste que des arguments sur le chômage. Au terme d'intenses tractations, les 17 pays de l'Union monétaire se sont mis d'accord pour se doter d'un pare-feu contre la crise de 800 milliards d'euros. La décision prise est moins ambitieuse qu'espéré: la zone euro ne disposera en réalité que de 500 milliards d'euros d'argent frais, une somme modeste pour venir en aide à un pays comme l'Espagne, dont les dérapages budgétaires suscitent des inquiétudes. Mais cet accord - maintes fois reporté - est avant tout un sésame pour que les 17 puissent recevoir de l'aide de leurs partenaires internationaux. Fin 2011, les Européens avaient lancé un appel désespéré au reste du monde pour donner davantage de moyens au FMI afin d'en finir avec la crise de la dette. En réponse, l'institution de Washington et plusieurs pays du G20 avaient fait du renforcement du pare-feu de la zone euro une condition sine qua non. Un message bien reçu dans son ensemble. A Washington, les premières réactions ont été positives: la directrice générale du FMI Christine Lagarde - qui avait fait campagne pour un renforcement du pare-feu de la zone euro - a salué une décision qui "soutiendra les efforts" de son institution "pour accroître ses ressources disponibles". Mais aucune précision n'est disponible sur le montant envisagé. RIFIFI A L'AFEP EN PERSPECTIVE Du côté des sociétés, la semaine a été marquée par ce que l'on a appelé "l'affaire Maurice Lévy" dont Laurence Parisot devrait parler ce matin sur Europe 1. Le versement d'un bonus accumulé depuis 2003 et différé jusqu'en 2011 de plus de 16 millions d'euros a presque davantage secoué le monde patronal que le paysage politique. Ce devrait être l'occasion pour les organisations patronales d'appeler une nouvelle fois à la "modération". Un mot que ne semblent pas connaître - sauf chez PSA - les comités de rémunérations et les patrons du CAC 40 dont le seul baromètre est, hélas, fait des salaires pratiqués à l'étranger, plutôt que du pacte social à l'intérieur de l'entreprise dont ils ont la charge. Toujours est-il que du côté de l'AFEP, où l'initiative de Maurice Lévy, il y a quelques mois, sur le thème "Taxez nous !" avait créé quelques émois - Denis Kessler s'était alors vivement interrogé sur cette initiative personnelle - les langues se délient. Les membres les plus actifs de cette organisation : Serge Weinberg, Patrick Kron, Jean-Bernard Lévy, Benoit Potier, Christophe de Margerie et Pierre-André de Chalendar se sont beaucoup parlés toute la semaine sur un éventuel après-Maurice Lévy... Autre feuilleton qui réserve chaque semaine de nouveaux épisodes : celui des Galeries Lafayette. La décision de Jean-Charles Naouri de ne pas reconduire les mandats d'administrateur de Philippe Houzé et du brésilien Abilio Diniz, fait grimper un peu plus la tension dans les discussions de Casino avec ces deux groupes, privant le conseil de deux spécialistes de la distribution. S'agissant des Galeries Lafayette, la prochaine étape judiciaire aura lieu au tribunal de commerce où Jean-Charles Naouri a fait élire juge son ami Patrick Careil, ancien, comme lui, du cabinet de Pierre Bérégovoy, administrateur de la banque du groupe Casino et de la filiale CDiscount. Un beau conflit d'intérêt en perspective !
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