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Yves de Kerdrel
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A deux semaines du premier tour, l'enjeu des reports de voix
par Yves de Kerdrel
Les deux principaux candidats se sont affrontés cette semaine à travers leur catalogue de mesures. Nicolas Sarkozy en a profité pour corriger son image en termes de rigueur budgétaire. De manière à s'assurer plus de reports de voix en provenance des électeurs de Bayrou.
08/04/2012 - 07:39
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Peu de changements au cours des derniers jours sur le front de la campagne électorale, où la dynamique reste clairement en faveur de Nicolas Sarkozy. Le sondage quotidien réalisé par l'IFOP pour Paris-Match a fait apparaître, à la veille du week-end pascal, un nouveau resserrement des intentions de vote pour le second tour. Désormais François Hollande n'est plus crédité que de 53 %, alors qu'il y a un mois exactement, ce même institut lui assurait un score de 57 %. Tout cela traduit l'ampleur des mouvements qui affectent les éventuels reports de voix entre les deux tours.
C'est bien pour cette raison que Nicolas Sarkozy a cherché à corriger son image de "dépensier", lors de la présentation de sa lettre au peuple français, et de ses 32 mesures prioritaires. Son programme fait désormais clairement apparaître 40 milliards d'euros d'économies qui viendront réduire la dépense publique et plus de 13 milliards de recettes supplémentaires. Une manière de "draguer" les fidèles de François Bayrou et de ramener à lui certains abstentionnistes de droite déçus par quelques années de laxisme budgétaire.
LE CAC 40 VISITE HOLLANDE
Une enquête qualitative réalisée par Ipsos et Logica pour Le Monde a montré cette semaine que les électeurs tentés par le président du Modem étaient désormais plus nombreux à se déclarer prêts à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour. Même chez les électeurs "populaires" de Jean-Luc Mélenchon, une partie grandissante d'entre eux pourraient, en fin de compte, voter pour le président-candidat au second tour. Surtout s'il parvient à creuser un écart significatif avec François Hollande, lors du premier tour. Ce que les sondeurs expliquent par un phénomène de "valorisation" de ces électeurs.
Il demeure qu'Avenue de Ségur, la confiance reste de mise au quartier général de campagne de François Hollande, où l'on reste très impressionné par le nombre de demandes de rendez-vous émanant des patrons du CAC 40. En tête des solliciteurs d'audiences figurent l'ancien patron d'un groupe d'assurances français et le dirigeant, très sarkozyste, d'une entreprise liée au secteur de l'énergie. Cet intérêt de la part du patronat pour le candidat Hollande explique, en grande partie, la petite phrase du député de Corrèze à Paris-Match, se déclarant prêt à dialoguer, dés son élection, avec les dirigeants du CAC 40.
Pour l'heure Nicolas Sarkozy a pris quelques jours de recul à l'occasion du week-end pascal, au Cap Nègre, tout en accordant une interview au JDD. Le week-end suivant, il réunit tous ses partisans à un grand rassemblement, Place de la Concorde, pendant que son principal adversaire conviera les siens sur l'Esplanade de Vincennes.
CRAINTES SUR L'ESPAGNE ET LE BARIL
Sur le front économique les inquiétudes qui grandissent du côté de l'Espagne n'impactent pas encore la campagne électorale, alors qu'elles commencent à faire souffler un nouveau vent de panique sur les marchés. Jusqu'à peser sur le fameux spread entre le Bund et l'OAT. De plus en plus de notes très "noires" circulent, notamment en provenance de courtiers britanniques, sur une évolution catastrophiste de la situation espagnole. Ce qui explique la défiance qui renaît sur les valeurs bancaires et sur les marchés.
A cela s'ajoutent des craintes sur une flambée des prix du pétrole dans les mois à venir, notamment à l'approche des élections américaines. Car une période propice risque de s'ouvrir à Israël pour faire monter la pression sur l'Iran sans crainte de répercussions trop fortes de l'administration Obama. Dans ces conditions beaucoup d'analystes commencent à tabler sur un prix du baril d'au moins 150 dollars, pendant l'été.
SPECULATIONS SUR LAGARDERE
Du côté des affaires, deux dossiers intéressent plus particulièrement la Place de Paris, actuellement. Le premier concerne le groupe Lagardère, avec des rumeurs insistantes de discussions entre les qataris (actionnaires à hauteur de 12 % du capital) et Arnaud Lagardère en personne sur une évolution du statut du groupe ou bien un changement de rôle du fils de Jean-Luc Lagardère. Un nouveau-venu a fait son apparition dans ce dossier : Sébastien Bazin, très en cour, auprès de l'émir du Qatar et de son fils. Il a étudié de près la possibilité d'un ramassage de titres, avant de laisser agir, seuls, ces investisseurs moyen-orientaux.
Pour l'heure, chez Lagardère on reste serein face à ces agitations. Aucun poste de membre du conseil de surveillance ne sera proposé aux représentants du Qatar, lors de la prochaine assemblée générale du groupe, alors qu'ils en avaient exprimé le voeu de manière implicite. En revanche, Arnaud Lagardère s'est résolu à faire entrer au conseil de sa filiale "sport" , Lagardère Unlimited, un émissaire du Qatar, qui ne sera pas le fils de l'émir, pourtant très préoccupé par les questions sportives.
L'IMPUNITE DE FREE ETONNE
L'autre dossier très épidermique est celui des opérateurs télécoms, avec les bouleversements entraînés par l'arrivée de Free Mobile. La semaine passée a vu Virgin Mobile dévoiler sa riposte. Juste après que Jean-Bernard Lévy ait repris en direct les commandes de SFR. Du côté de Bouygues Telecom on ne reste pas inactif non plus, à la fois sur le plan commercial, comme sur celui des réductions de coûts. Mais toute l'attention des opérateurs est focalisée sur l'attitude plus qu'ambigüe des pouvoirs publics.
Qu'il s'agisse de l'Arcep qui se permet de sortir de sa neutralité de régulateur et d'intervenir, deux fois en une semaine, dans des "roadshows" pour vanter l'offre Free Mobile. Qu'il s'agisse de l'instance de contrôle des fréquences qui ne semble pas se soucier réellement de la manière dont fonctionnent les antennes du groupe de Xavier Niel. Qu'il s'agisse de l'Autorité de la Concurrence qui fait preuve d'une inertie étonnante, alors que le nouvel entrant bénéficie, notamment sur les SMS, de tarifs susceptibles de relever de la distorsion de concurrence. Qu'il s'agisse enfin de l'Autorité des Marchés Financiers qui semble peu pressée de demander à Iliad (propriétaire de Free Mobile) de communiquer des chiffres susceptibles de ramener un peu d'efficience et de calme sur le marché boursier.
En attendant la casse sociale va commencer. Bouygues Télécoms a signifié à quatre gros sous-traitants son souhait de résilier des contrats. Et la chaine de distribution The Phone House serait dans une situation complexe avec ses deux principaux donneurs d'ordre : Orange et Bouygues.
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