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Les marchés n'attendront pas le second tour pour réagir
par Yves de Kerdrel

La semaine promet d'être agitée pour les investisseurs qui vont regarder non seulement l'écart entre les deux candidats du second tour, mais aussi la marge de manoeuvre de François Hollande par rapport au Front de Gauche, l'importance des voix qui se seront portées sur les partis extrémistes et l'attitude de François Bayrou.
22/04/2012 - 07:17 Temps Lecture 6 mn.
"Jusqu'au bout, Nicolas Sarkozy aura porté son équipe, alors que cela aurait du être l'inverse" nous déclarait hier encore l'un de ses plus proches conseillers à l'Elysée. Jamais, au cours de ces derniers jours, le président-candidat n'a montré le moindre signe de lassitude ou d'abattement. Tout juste une grimace en début de semaine, lorsqu'on lui a fait part du sondage de CSA donnant François Hollande très largement en tête au premier tour. Depuis le moral s'est un peu raffermi Rue de la Convention, dans la mesure où le sondage quotidien de l'IFOP, a fait apparaître une progression de 0,5 %, pendant trois jours, pour Nicolas Sarkozy, avant de rebaisser. Il reste qu'à l'UMP, peu de dirigeants se font d'illusion sur l'après-6 mai. Au point que la guerre est d'ores et déjà déclarée entre François Fillon et Jean-François Copé pour mettre la main sur le parti. Avec en embuscade, d'une part, Xavier Bertrand, qui a sillonné toutes les fédérations de province pendant la campagne et sans lequel aucune OPA sur l'appareil ne sera possible et d'autre part Alain Juppé qui entend bien continuer à jouer un rôle. Avec surtout comme premier enjeu : les législatives des 10 et 17 juin prochains. DES POSTES PREEMPTES Du côté du parti socialiste, l'heure n'est pas à l'euphorie, mais plutôt à la raideur. Curieusement certains prétendants à des postes ministériels ont fait preuve d'une certaine légèreté dans leurs déclarations à quelques jours du premier tour. C'est le cas de François Rebsamen, qui a été sévèrement taclé par le candidat socialiste sur la question du cannabis ou de Jérôme Cahuzac qui a invectivé les marchés, alors qu'il y a de fortes chances pour qu'il se retrouve au Ministère du Budget dans le premier gouvernement. Pour Bercy, c'est Michel Sapin qui devrait l'emporter au grand désespoir de Pierre Moscovici. Parmi les autres postes d'ores et déjà préemptés figurent le Quai d'Orsay pour Laurent Fabius, l'éducation pour Vincent Peillon, les affaires sociales pour Marisol Touraine et la culture pour Aurélie Filipetti. André Vallini et Arnaud Montebourg veulent tous les deux la Chancellerie. De la même manière François Rebsamen et Manuel Valls sont en concurrence féroce pour l'Intérieur, avec sans doute un net avantage pour le second. LE SPREAD VERS LES 200 PB Officiellement le choix du locataire de Matignon n'est pas encore fait. Et certains assurent que Martine Aubry a encore une chance, surtout si Jean-Luc Mélenchon fait un bon score et que François Hollande n'arrive pas aussi haut que prévu dans les sondages. Mais c'est bien Jean-Marc Ayrault qui se prépare à cette tâche. Ce qui explique, depuis quelques jours, "son silence prudent". Comme l'explique un cacique de la Rue de Solférino, le candidat socialiste est convaincu que les maires de grandes villes sont ses meilleurs soutiens. Et que leur gestion est un gage pour les investisseurs ! Car la réaction des marchés est la principale obsession des proches du candidat socialiste. Dés ce lundi, le "spread" entre l'OAT française et le Bund allemand sera l'indicateur le plus suivi. La semaine passée, il s'est écarté jusqu'à 149 points de base, notamment à la suite des rumeurs de dégradation de la note de la France. Plusieurs banquiers voient cet écart de taux de rendement franchir allègrement les 150 points de base dés ce lundi et les 200 points de base dans deux semaines. LE CHOIX DE DANONE Une note confidentielle d'une très grande banque américaine, à laquelle Wansquare a eu accès, donnait, il y a quelques jours le conseil suivant à ses clients : "Short France versus Long Italy/Spain may be an attractive call any time soon and more and more market participants are getting ready for that next trade". Ce qui revenait à faire "vendre des actifs français de manière à être acheteur sur l'Italie ou l'Espagne" ! De son côté Barclays a émis un avis de dernière minute, pour ses principaux clients afin de les prévenir que l'OAT française à 10 ans était partie pour sous-performer nettement les obligations d'état autrichiennes ou finlandaises. Du côté des entreprises, l'heure est à surveiller le business au plus près et à pousser les feux à l'international de manière à être le moins dépendant possible du climat des affaires dans l'Hexagone. Le revirement surprise de Danone, en fin de semaine, sur les activités de nutrition infantile de Pfizer, en est une preuve marquante. Si le groupe français a décidé de surenchérir fortement, avec l'aide très active de Stéphane Droulers chez Lazard, alors que les jeux semblaient faits avec Nestlé, c'est en raison de la prédominance des pays émergents dans les actifs cédés par le groupe américain. A moins que la transaction soit conclue en tout début de semaine, Franck Riboud devra être amené à s'expliquer sur cette opération, à l'occasion de la prochaine assemblée générale de Danone qui se tient jeudi prochain. Il devra notamment dire si son alliance de circonstance avec l'américain Mead Johnson, pour cette acquisition, est toujours d'actualité. Car plusieurs notes confidentielles de brokers, accusent le groupe français, de n'avoir "pas dit la vérité au marché". DES ASSEMBLEES TRES ATTENDUES Autre assemblée qui sera très suivie cette semaine : celle d'Axa dans un contexte de décollecte continue de l'assurance-vie, qui va sans doute s'accélérer, compte tenu des mesures promises par Michel Sapin concernant la fiscalité de ce placement favori des français. Ce sera aussi l'occasion, pour Henri de Castries, de faire le point sur le projet de cession d'Axa Private Equity. De son côté Gérard Mestrallet n'aura pas de mal à se faire applaudir par ses actionnaires après l'opération rondement menée sur International Power. Enfin du côté des réunions plus tendues il y aura l'assemblée de PSA-Peugeot-Citroën alors que le cours vient de dévisser et que les rumeurs d'une fermeture d'Aulnay se mutiplient. La valeur du groupe, après l'augmentation de capital récente, n'est plus que de 3,2 milliards d'euros. Il sera intéressant de voir quelle sera l'attitude de General Motors, qui est devenu le deuxième actionnaire, mais ne participe pas à la gouvernance. Mais c'est encore l'assemblée de Bouygues, jeudi prochain, qui devrait retenir l'attention en raison des déclarations qui seront faites, notamment par Martin Bouygues sur les conséquences de l'arrivée de Free Mobile. Avec tout l'impact en termes de réductions de coûts pour la filiale du groupe, et peut-être de nouveaux chiffres sur le "churn" des abonnés, qui semblait s'être ralenti. Une chose est certaine, qui n'a pas de lien avec Bouygues : de très nombreux plans sociaux ont été mis en réserve depuis plusieurs semaines, et devraient ressortir des cartons dés le second tour passé.
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