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Yves de Kerdrel

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La crise grecque met de l'ombre sur le début du quinquennat
par Yves de Kerdrel

François Hollande a composé son gouvernement de la même manière qu'il établissait le bureau national du Parti Socialiste, lorsqu'il en était le premier secrétaire. Avec un savant dosage entre les différents courants. Heureusement, une majorité de sociaux-démocrates occupent Bercy. Mais l'ampleur de la crise grecque semble échapper complétement au nouveau pouvoir.
20/05/2012 - 07:49 Temps Lecture 6 mn.
Tout le monde en convient : " Nicolas Sarkozy a réussi sa sortie ". Cela pourrait paraître peu important, voire anecdotique. Mais comme il s'agit du dernier souvenir que les français garderont de lui, cela revêt une certaine densité, surtout si d'ici un à deux ans, la droite ne s'est pas redressée et continue d'être le théâtre d'une guerre des chefs. L'ancien Chef de l'Etat se repose actuellement à Marrakech, après une passation de pouvoirs, dont on laisse dire dans l'entourage de François Hollande qu'elle ne s'est pas bien passée. Après quoi, il s'installera au 77 rue de Miromesnil dans des bureaux où devraient le suivre sept collaborateurs. Le début du nouveau quinquennat n'a pas été aussi réussi. Beaucoup, y compris parmi les proches de François Hollande, ont reproché ses attaques " en creux " contre son prédécesseur à l'occasion du discours d'investiture (ce qui n'était ni le lieu, ni le moment, surtout de la part d'un Président qui veut rassembler). Le rendez-vous de Berlin avec Angela Merkel, qui était tant attendu, a évité tous les sujets qui fâchent, donnant à cette rencontre si importante, un caractère purement mondain. Enfin le coup de pied de l'âne donné par Martine Aubry, qui a refusé d'entrer au Gouvernement a montré à quel point les rancoeurs étaient fortes au sein du Parti Socialiste (lire sur ce sujet le dernier livre de Franz-Olivier Giesbert, paru cette semaine). RAPPEL A L'ORDRE Quant au Gouvernement lui-même, il ressemble trait pour trait à un bureau politique de la Rue de Solferino lorsque François Hollande était premier secrétaire du Parti socialiste : c'est-à-dire qu'il donne le sentiment de n'être qu'un savant dosage des représentants de l'ensemble des courants et des alliés écologistes. La principale surprise est venue de la nomination de Laurent Fabius au Quai d'Orsay alors qu'il était attendu à Bercy. Ce qui a créé une certaine amertume chez Pierre Moscovici qui se voyait déjà Ministre des Affaires étrangères, et qui surtout n'a pas du tout envie de se voir piétiner par Arnaud Montebourg tous les quatre matins. A la différence de la passation de pouvoirs présidentielle, les passations de pouvoirs ministérielles se sont toutes passées dans un bon climat, à l'exception de l'arrivée Place Beauveau de Manuel Valls. Ce dernier a cru bon de faire un discours " de campagne " là où la tradition républicaine veut que l'on fasse un instant une pause dans les joutes politiques. Cela lui a valu un rappel à l'ordre de Jean-Marc Ayrault dans les heures qui ont suivi. Preuve que le Premier Ministre compte bien faire respecter la discipline dans son Gouvernement. PREMIER HIATUS A BERCY Les milieux économiques sont, pour le moment, rassurés par ces premières nominations, dans la mesure où les occupants de Bercy (à l'exception d'Arnaud Montebourg) sont des sociaux-démocrates. La présence annoncée de Jérôme Cahuzac au Budget constitue un élément positif. Chacun sait qu'il est un opposant farouche à la mise en oeuvre d'une tranche d'imposition à 75 % applicable au-delà du premier million de revenus. A l'inverse, dès son investiture, Pierre Moscovici a affirmé que cette mesure serait appliquée le plus tôt possible. Au-delà de ces nominations ministérielles, la communauté des affaires a appris avec soulagement la nomination d'Emmanuel Macron, jusqu'ici associé-gérant de Rothschild & Cie, comme Secrétaire Général Adjoint de l'Elysée. Beaucoup comptent sur cet inspecteur des finances talentueux pour éviter le pire à l'occasion du prochain collectif budgétaire, et de la réforme fiscale qui doit être étudiée par le parlement dès le mois de juillet. Tout dépendra également de l'audit demandé à la Cour des Comptes sur les conditions d'exécution de la loi de finances pour 2012. Dans l'entourage de Jérôme Cahuzac, qui était jusqu'ici président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale, on évoque un " manque à financer " de 23 milliards d'euros pour respecter la trajectoire budgétaire signifiée à Bruxelles. DES SUJETS BANCAIRES A TRAITER Au grand étonnement des banquiers le nouveau gouvernement est complètement absent du sujet grec, qui constitue une " bombe à retardement " sur le point d'exploser. Aucune déclaration de Bercy, de Matignon ou de l'Elysée, alors qu'Athènes vit une effrayante course aux dépôts auprès des guichets bancaires. Comme si le nouveau gouvernement n'était pas préparé à gérer ce type de dossiers. De fait le climat s'est nettement dégradé ces derniers jours dans les milieux financiers, d'autant que les taux italiens et espagnols sont repassés au-dessus de la barre des 6 %. Quant au spread entre les taux français et allemands il s'est de nouveau élargi, même si le taux de rendement des OAT françaises à dix ans reste proche de 2,9 %. Parmi les principaux sujets dont Pierre Moscovici va avoir à s'occuper figure notamment le cas Dexia, car les belges ont profité du changement de gouvernement pour chercher à renégocier la part des garanties revenant à chaque pays. Un sujet très sensible, d'autant plus que ces garanties sont considérées comme de la dette par les agences de notation. Mais cela intervient à un moment où c'est justement un belge qui s'apprête à prendre la place de Pierre Mariani à la tête de la banque des collectivités. Ce qui laisse envisager un bras de fer et des discussions de " marchands de tapis ". Autre sujet délicat : l'avenir du Crédit Immobilier de France. Moody's a clairement affirmé, en fin de semaine que la banque n'est désormais plus viable sans soutien financier, n'ayant désormais qu'un accès très limité aux marchés privés du refinancement. Enfin, parmi les entreprises du CAC 40, il est de plus en plus question de "délocalisations fiscales". Un grand groupe d'ingénierie s'apprêterait à annoncer son intention de déménager son siège social au Luxembourg. Quant à l'une des principales capitalisations boursières de la Place, elle réfléchit à installer son Comité éxécutif à Londres. Seul le président-directeur général, et principal actionnaire, resterait à Paris en se versant un salaire symbolique. D'autres entreprises réfléchissent à des schémas comparables. Comme Schneider Electric l'a déjà mis en oeuvre depuis quelques mois en installant à Hong Kong la majeure partie de son comité éxécutif. Chez L'Oréal, on constate une grande difficulté à faire revenir à Paris les jeunes diplômés à haut potentiel envoyés pour quelques années à l'étranger. Plutôt que de revenir en France, ils préfèrent aller travailler chez des concurrents. Ce qui pose, à moyen terme, un vrai problème pour la gestion des carrières.
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