éditorial
La relation franco-allemande se déteriore de jour en jour sur fond de crise grecque et espagnole
par Yves de Kerdrel
Le nouveau gouvernement est absorbé par les questions de politique intérieure et par le respect de certaines promesses électorales, dans la perspective des élections législatives. D'où le peu d'intérêt qu'il porte à la relation franco-allemande, dans un moment pourtant crucial pour l'Europe.
03/06/2012 - 07:51

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Les élections législatives des 10 et 17 juin prochains ne devraient pas révéler de surprises au plan national. Les derniers sondages montrent que s'il ne faut pas s'attendre à une "marée rose", en revanche le risque de cohabitation est très faible. D'autant que les caciques de la droite semblent absents de la campagne, comme s'ils regardaient déjà vers l'objectif de 2017. Bien sûr, tant Jean-François Copé que Xavier Bertrand ou NKM font une campagne intensive dans leurs propres circonscriptions où leur réélection n'est pas assurée. Mais leur absence du paysage médiatique donne l'impression de vide à leur électorat traditionnel.
C'est dans la perspective de ce scrutin que François Hollande accélère la mise en oeuvre de certaines mesures phares de son programme. Le prochain conseil des ministres devrait entériner les modalités du retour à la retraite à 60 ans pour ceux ayant cotisé plus de 41 ans. On commence à évoquer le contrat de générations. Manuel Valls s'est livré à une violente chasse aux sorcières, et a déjà réussi à se mettre à dos les forces de police avec son idée de récepissé pour lutter contre le délit de faciès. La circulaire Guéant a été abrogée. C'est aussi ce climat qui a amené le gouvernement à adopter une posture aussi dure à l'égard des patrons d'entreprises publiques et sur la prime de non-concurrence versée à l'ancien directeur général d'Air France.
PARALLELISME DES FORMES
Beaucoup s'étonnent que le parallélisme des formes n'ait pas amené le gouvernement à demander à Anne Lauvergeon à ce qu'elle rende son indemnité de départ non justifiée par des résultats éclatants (2,4 milliards d'euros de pertes). Elle semble très soutenue par Pierre Moscovici au grand dam de Jérôme Cahuzac. Certains lui ont conseillé de se présenter aux élections législatives, dans la circonscription de Hénin-Beaumont, puis de briguer le Quai d'Orsay. Mais elle est obsédée par l'idée d'obtenir la tête d'Henri Proglio chez EDF.
Il reste que coinçé par ces problèmes de politique intérieure François Hollande accorde peu d'importance à la crise qui secoue la Grèce et qui s'empare désormais de l'Espagne. D'emblée, il a voulu rompre avec le système "Merkozy". Du coup la zone Euro ne gère même pas ses crises. Elle les commente. En outre, l'Allemagne qui a fait la preuve de sa bonne volonté sur la croissance s'agace de voir François Hollande organiser un mini-sommet avec les premiers ministres italien et espagnol quelques jours avant le grand sommet européen et s'étonne de voir la nomination de Wolfgang Schäuble à la tête de l'EuroGroupe, bloquée par les français.
INQUIETUDES AMERICAINES
Cette glaciation des rapports entre Paris et Berlin tombe au plus mal compte tenu de la crise bancaire espagnole. Une crise qui n'a pas encore été résolue en termes de recapitalisation. Par ailleurs cette crise, outre qu'elle provoque une tension des taux de rendement au delà de 7 %, a provoqué une forte remontée des taux à court terme qui sont repassés au dessus des taux à dix ans.
La crise de l'Euro commence à inquiéter sérieusement l'administration Obama et le trésor américain qui vient de dépêcher pour la première fois des émissaires sur le vieux-continent. C'est également ce qui explique la sortie de Christine Lagarde dans le Guardian de dimanche dernier, destinée à "secouer les grecs". Une interview qui a eu pour conséquence de faire remonter le parti de gauche extrème dans les sondages pour les législatives du 17 juin.
LE BILDERBERG EN SESSION
Il est largement question de l'Euro et des banques européennes au cours de la réunion annuelle du groupe de Bilderberg qui se déroule ce week-end à Chantilly en Virginie, comme c'est la tradition lors des années électorales américaines. C'est Henri de Castries qui préside désormais cette session qui réunit 130 des personnalités mondiales les plus influentes. S'agissant de la France, elle est représentéée par Nicolas Baverez, Pierre-André de Chalendar, le patron de Saint-Gobain, Jean-Dominique Senard, le nouveau gérant de Michelin (et cousin proche d'Henri de Castries), Erik Izraelewicz, du journal Le Monde, un représentant de Terra Nova, Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, et Pierre Vimont, ancien ambassadeur de France à Washington et désormais adjoint de Lady Ashton à Bruxelles.
Parmi les fidèles de ce cénacle on retrouve John Elkann, le chairman de Fiat, et le patron d'Exor, Vernon Jordan, associé gérant de Lazard New-York, Bob Zoellick, président de la Banque Mondiale sur le départ, Henry Kravis (patron du fonds KKR) et son épouse Marie-José, membre du conseil de LVMH, Tom Enders, le patron d'EADS, Peter Mandelson, Henry Kissinger et Jacob Wallenberg, héritier de la célèbre et riche dynastie.
JOUYET EN PISTE POUR LA CAISSE
Du côté des affaires, il se confirme que le second trimestre sera très mauvais, compte tenu des risques que fait peser la crise gecque, de la peur des plans sociaux, de la très mauvaise tenue du marché automobile, et de la chute des transactions immobilières (la demande de crédits immobiliers en France est en baisse de 30 % depuis le début de l'année). Autant dire que l'audit que la cour des Comptes va remettre au gouvernement fin juin devrait faire apparaître un "trou" de l'ordre de 25 milliards d'euros par rapport à ce dont le budget à besoin pour respecter la trajectoire budgétaire.
En ce qui concerne les nominations, il se confirme que Jean-Pierre Jouyet devrait être nommé à la tête de la Caisse des Dépôts juste après les législatives. Ce qui devrait permettre de débloquer aussitôt le dossier du directeur général de la CNP où certains voient bien atterrir Dominique Marcel. Ce qui permettrait à Jean-Pierre Jouyet de s'en débarrasser, les deux hommes n'étant pas au mieux. De fait, le seul poste que le gouvernement aurait à offrir à Xavier Musca, serait celui de président de l'AMF. Une fonction pour laquelle il est très nettement sur-dimensionné.
Parmi les principales assemblées d'actionnaires de la semaine à venir figurent celle de Valeo avec une résolution déposée par le fonds Pardus critiquant la gestion de l'équipementier. Comme cela avait déjà été le cas l'année dernière. Depuis le fonds a fortement allégé sa position grâce à la bonne tenue du cours de Valeo en 2011. Autre assemblée à surveiller : celle de Wendel après le dépôt d'une nouvelle plainte contre "X" visant Ernest-Antoine Seillière, le président du conseil de surveillance de la holding et l'ancien président du directoire, Jean-Bernard Lafonta. Plainte pour abus de biens sociaux, délit d'initié et manipulation de cours...
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