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Macron et les dangers de l’apolitique
par Yves de Kerdrel

La popularité du Chef de l’Etat continue de chuter nettement. Un phénomène durable pour quelqu’un qui s’est affranchi de la politique pour créer une forme d’apolitisme. Une menace surtout pour les réformes de structure et pour le choc de confiance qui a été créé.

10/09/2017 - 07:23 Temps Lecture 12 mn.

L’interview-fleuve accordée au Point il y a une dizaine de jours, qui marquait un tournant dans la politique de communication du Chef de l’Etat, n’a pas empêché sa cote de popularité de continuer à glisser de manière très nette. Selon le baromètre Elabe pour Les Echos et Radio Classique, la cote de confiance d'Emmanuel Macron a encore baissé de 3 points en septembre, après une chute de 5 points en août. Si bien que les Français ne sont plus que 37% à faire confiance au président de la République, contre 45% au moment de son élection en mai. A l’inverse, ils sont désormais 58% à ne pas lui faire confiance.

Le Premier ministre voit sa popularité descendre parallèlement à celle du président de la République. Les Français sont 32% à lui faire confiance, en baisse de 5 points. En revanche, il est intéressant de noter qu’Edouard Philippe bénéficie toujours assez nettement de la confiance des électeurs de la droite dont il est issu. De la même manière, c’est surtout à gauche qu’Emmanuel Macron a vu sa popularité diminuer. Comme si les électeurs de droite voulaient à tout prix lui laisser sa chance. Ce qui est encore plus le cas après les ordonnances concernant la réforme du code du travail qui ont été largement saluées par le patronat et par les représentants des PME.

PAS DE PARATONNERRE POUR MACRON

Selon la plupart des sondeurs interrogés par WanSquare, cette glissade du couple éxécutif dans les sondages devrait progresser, quelque soit le contenu de la loi de finances et les prochaines réformes. Car tout le problème d’Emmanuel Macron aujourd’hui est qu’il a construit un système pyramidal qu’il contrôle entièrement. Ce qui l’amène à prendre tous les coups. Et qu’il ne bénéficie d’aucun éléphant politique au sein du de son gouvernement susceptible de prendre la foudre à sa place. « Le monde ancien » dont il parlait dans l’interview au Point est en train de se recomposer avec une droite qui va se droitiser et une gauche qui va se gauchiser. Et les électeurs d’En Marche se sont volatilisés ou bien rejoignent progressivement leur famille d’origine.

C’est le danger de cet a-politisme que le Chef de l’Etat avait théorisé avec son ni-droite, ni gauche et surtout avec un parti qui n’a rien d’un parti, puisqu’il n’a pas de militants. Petit à petit le monde ancien reprend ses droits et la politique revient en force. Ce qui trouble la construction, pourtant bienvenue d’Emmanuel Macron. Mais le danger le plus important aujourd’hui est que cela perturbe aussi sa capacité à réformer, et comme l’a très intelligement souligné Jean-Pierre Robin, dans le Figaro, que cela menace le choc de confiance que son élection avait provoquée dans le pays, et surtout auprès des acteurs économiques.

LE TEST DE LA RUE

Le prochain test sera la journée de mobilisation de la CGT qui a lieu mardi, et qui devrait déjà lourdement pénaliser la distribution de journaux. Le rapprochement du syndicat ouvrier avec la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon pourrait donner plus de poids qu’on ne le pensait à cette journée. D’autant que, maladroitement, Emmanuel Macron a annoncé ses projets de réforme concernant les retraites des cheminots il y a quelques jours. Ce qui a entrainé la colère de Sud-Rail de la CGT et d’autres organisations propres à la SNCF. Avec à la clé une armée de réserve pour la journée de protestation du 12 septembre. Et ensuite pour le 21 septembre.

Curieusement Emmanuel Macron a pris conscience de ses problèmes de communication avec les français et du décalage entre les ses annonces, ses discours et les préoccupations des citoyens. Mais cela ne l’a pas empêché de partir à Athènes cette semaine faire un grand discours ultra-théorique sur l’Europe au moment où toute la communauté nationale n’avait d’yeux que pour les dégâts causés par l’ouragan à Saint-Barthélémy et à Saint-Martin. Un discours d’autant plus inutile qu’une possible coalition du CDU d’Angela Merkel avec les libéraux ruinerait tous les efforts du Chef de l’Etat afin de réformer l’Union européenne.

L’ENIGME WAUQUIEZ

La principale chance d’Emmanuel Macron de retrouver un peu d’oxygène dans les mois qui viennent passe par la droite et par la très probable élection de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains. D’abord parce que cela va fracturer le parti et ramener un certain nombre de personnalités libérales vers le centre de l’échiquier politique. Comme on l’a vu récemment avec le net appel de Xavier Bertrand à voter en faveur des ordonnances réformant le code du travail. Ensuite parce que le discours ultra-droitier et quelquefois caricatural de Laurent Wauquiez devrait vite lasser les français et redonner un coup de jeune à Emmanuel Macron. D’ailleurs son entourage laisse dire volontiers que l’élection de Laurent Wauquiez serait une excellente nouvelle pour l’Elysée.

Face à lui le président de la Région Rhône-Alpes a donc désormais cinq petits candidats. Et surtout il a réussi à constituer un ticket avec Virginie Calmels comme WanSquare l’avait annoncé en avant-première dés le mois de juillet. Toute la question – qui est sempiternelle à droite – sera ensuite de déterminer la ligne politique qui permettrait une alternance. Car la droite à cette fâcheuse habitude de toujours commencer par désigner son chef avant de se demander où celui-ci veut – ou peut – l’emmener. Certains s’interrogent déjà sur le contenu des futurs bureaux politiques des Républicains une fois Laurent Wauquiez porté à la tête du parti.

LA BCE A UN TOURNANT

Au chapitre économique l’actualité a été marquée par la réunion de jeudi des responsables de la Banque centrale européenne. Il semble qu’un large consensus se soit dégagé à cette occasion pour faire du ralentissement des achats d'actifs la prochaine étape de leur politique monétaire. Il reste désormais à savoir quelle va être la méthode utilisée. Les options possibles comprennent notamment une réduction des achats mensuels à 40 milliards ou à 20 milliards d'euros et leur prolongement pendant six ou neuf mois. Il serait également possible d'avoir recours à un nouveau cycle d'opérations ciblées de refinancement à très long terme via les fameux LTRO.

Une chose est acquise aujourd’hui, c’est que toute décision devra faire l'objet d'un large consensus. Car les gouverneurs sont soucieux d'éviter une répétition des dissensions publiques qui ont pu se manifester après certaines décisions prises par le passé, lorsque des gouverneurs de banques centrales nationales voire des membres du directoire en avaient ouvertement critiqué certaines. C’est sans doute ce qui explique que le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui a multiplié les appels en faveur d'une sortie de l'assouplissement quantitatif, s'est voulu plus conciliant vendredi. Il a toutefois prévenu que la BCE devrait prendre garde à ne pas rater le bon moment pour normaliser.

ACTIVITE SOUTENUE EN FRANCE

De fait, l'euro est reparti de l'avant en réaction à ces indiscrétions pour repasser brièvement le seuil de 1,2060 dollar. Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d'Etat de la zone euro s'orientaient parallèlement à la hausse, à plus de 0,31% pour le dix ans allemand, qui était tombé en début de séance sous le seuil de 0,3%. Son équivalent français est remonté à 0,62% contre 0,605% environ quelques minutes avant. Tout en s'inquiétant des effets de l'appréciation de l'euro sur les perspectives de remontée de l'inflation, la BCE a annoncé jeudi qu'elle prendrait en octobre l'essentiel de ses décisions sur les suites à réserver à son programme d'achats massifs d'actifs portant sur 60 milliards d'euros par mois jusqu'à la fin décembre.

Comme l’indice Markit l’avait laissé envisager, la production industrielle de la France a rebondi de 0,5% en juillet, soutenue par les secteurs de l'énergie et des matériels de transport, selon les données publiées vendredi par l'Insee. La seule production manufacturière a progressé de 0,3% sur le mois. L'Insee a parallèlement confirmé les évolutions de juin pour la production industrielle (-1,1%) comme pour la production manufacturière (-0,9%). Depuis novembre 2016, la production industrielle de la France alterne mois après mois hausses et baisses. Mais sur les trois mois à fin juillet, elle enregistre une franche augmentation (+1,5%), tout comme la production manufacturière (+1,5% également). Leurs évolutions sur un an (par rapport aux trois mêmes mois de 2016) ressortent en hausse de 3,1% et 3,5% respectivement.

UNE BULLE SUR LES LICORNES

En revanche sur les marchés l’inquiétude grandit au regard de la constitution d’une bulle sur les licornes de la Silicon Valley, à la manière de ce que le Nasdaq avait connu en 2000. De nombreux investisseurs professionnels cherchent à se désengager de ce secteur depuis quelques semaines. Et les journaux américains n’excluent pas une sorte de mini-krach sur ces valeurs. Cela aurait un effet marginal sur les grands groupes de technologie comme Google, Amazon ou Apple qui sont tous rentables. Mais cela pourrait stopper ce choc de confiance et d’optimisme qui a porté les marchés financiers depuis un an.

D’autant que les sociétés de l'indice S&P 500 devraient clore la période de juillet à septembre sur une hausse de seulement 4,9% de leurs bénéfices, selon le consensus élaboré par le fournisseur de données financières Factset. Une progression deux fois inférieure à celle de 10,3% enregistrée au deuxième trimestre, alors que les analystes tablaient sur une hausse de 6,4%. Avec ce nouveau très bon cru pour la période d'avril à juin, qui s'ajoute à un premier trimestre de grande qualité, c'est la première fois depuis six ans que les poids lourds de la cote américaine enchaînent deux trimestres consécutifs de croissance à deux chiffres de leurs résultats.

Cela est lié au processus de révision en baisse des perspectives bénéficiaires de l'industrie énergétique qui en est sans doute qu'à ses débuts, en raison des coûts que les ouragans Harvey et Irma risquent d'engendrer pour le secteur. D'après le Livre Beige publié mercredi par la Réserve fédérale, le passage d'Harvey il y a deux semaines a eu des répercussions sur un cinquième de la production de pétrole et de gaz naturel du Golfe du Mexique. Une quinzaine de raffineries ont dû fermer et d'autres ont été contraintes de réduire le volume de leur activité. Des éléments de mauvais augure pour le prochain bal des trimestriels aux États-Unis.

UNE ISSUE PROCHAINE POUR LA CAISSE

Sur le front du business, l’actualité a été marquée par les derniers déboires de PSA dans le diesel. Selon les informations rapportées par Le Monde, la Direction de la répression des fraudes accuserait le constructeur d'avoir vendu près de deux millions de véhicules équipés de moteurs frauduleux en matière d'émissions polluantes. Selon le quotidien, la DGCCRF évoque dans son rapport « une stratégie globale visant à fabriquer des moteurs frauduleux, puis à les commercialiser ». Naturellement l'action PSA a plongé après la publication de l'article du Monde. Le Monde ajoute que PSA est cité comme personne morale prise en la personne de son représentant légal, Carlos Tavares, actuel président du directoire, tandis que le rapport met en cause trois anciens dirigeants, Jean-Martin Folz, Christian Streiff et Philippe Varin, comme responsables présumés.

L’autre grand sujet du moment reste celui de la nomination du prochain directeur général de la Caisse des Dépôts. Emmanuel Macron aurait aimé régler cela avant la rentrée. Mais la surprise a été que toutes les personnes auxquelles ce poste, pourtant très prestigieux a été proposé, ont décliné la proposition. Cela tient à la faiblesse de la rémunération et au fait que la Caisse des Dépôts est beaucoup moins indépendante qu’elle ne l’a été dans le passé vis à vis du pouvoir politique. Un nom reste en course, qui pourrait être retenu d’ici la fin du mois de septembre, c’est celui de Marguerite Bérard-Andrieu, en charge de la stratégie chez BPCE après avoir été directrice de cabinet de Xavier Bertrand et collaboratrice de Raymond Soubie à l’Elysée. Elle a notamment été major de la promotion Senghor dont est issu Emmanuel Macron. Et tous deux ont fait l’inspection des finances ensemble.

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