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Macron tente de reconquérir l’opinion
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’état est tétanisé par la chute vertigineuse de sa popularité qui pourrait fragiliser le choc de confiance provoqué par son élection et qui pourrait le brider dans son ambition de transformer le Pays.

03/09/2017 - 07:40 Temps Lecture 14 mn.

Emmanuel Macron a entamé son opération de reconquête de l’opinion cette semaine. D’abord par un séminaire gouvernemental largement médiatisé avec les portes de la salle de réunion grandes ouvertes aux caméras de télévision. Un séminaire marqué par le mot de volontarisme, mais sans annonce particulière. Ensuite le Chef de l’État a procédé mercredi à la nomination d’un porte-parole de l’Élysée en la personne du journaliste de Challenges Bruno Roger-Petit. Cela fait plusieurs mois que ce dernier faisait le siège à la fois du Président et de Brigitte Macron afin d’expliquer qu’il était la solution aux problèmes de communication du locataire de l’Élysée.

Il faut croire que le dernier sondage du Journal du dimanche faisant apparaître une chute phénoménale de la popularité du Chef de l’État a fini par convaincre ce dernier de la nécessité de changer son dispositif de communication. Selon les informations de WanSquare, le rôle de Bruno Roger-Petit sera de dialoguer avec les patrons de rédaction, d’anticiper leurs besoins, de faire du off et de donner aux éditorialistes radio, télé et presse écrite des éléments de langage. Notamment afin de défendre la personne du Chef de l’État dans les débats télévisés quitte à reporter la responsabilité des problèmes sur Édouard Philippe et Bruno Le Maire.

MACRON DE PLUS EN PLUS SEUL

La troisième étape de cette rentrée présidentielle a été constituée par l’interview fleuve accordée au magazine Le Point. Une très belle opération pour l’hebdomadaire mais une nettement moins bonne pour le Chef de l’état qui apparait très ennuyeux d’abord, très verbeux ensuite et qui finalement affiche le discours d’un simple chef de gouvernement. Tout cela semble plus destiné à réparer les erreurs du passé qu’à préparer un avenir de réformes et de « réparation de la France ». Tout cela corrobore parfaitement le récit fait par Nicolas Sarkozy à une grande personnalité de droite après son diner en compagnie de Carla Bruni avec le couple Macron. L’ancien président aurait déclaré : « Ce type est sympa. Mais il est complètement seul. Et c’est ce qui va le planter. »

Il reste que la semaine a été marquée par la révélation du contenu des ordonnances. Une tâche effectuée de concert par Édouard Philippe et Muriel Pénicaud. Le Premier Ministre, dont l’image avait été esquintée par une interview catastrophique de Gérard Bourdin, s’est plutôt bien sorti de cet exercice d’explication. D’abord devant les partenaires sociaux, ensuite devant les journalistes et le soir au 20 h de France 2 devant les français. Sur la forme cette première étape a été jugée réussie avec un texte équitable et équilibré.

PEU D’INQUIETUDE SUR LA FRONDE SOCIALE

Cela n’empêche pas que sur le fond, ce texte, qui bénéficie surtout aux TPE et aux petites PME, contrairement à ce que l’on attendait, a été assez critiqué par la CFDT alors qu’il était plutôt bien traité par FO. Sans doute parce qu’il préserve les prérogatives des branches. C’était là l’une des principales inquiétudes du syndicat dirigé par Jean-Claude Mailly. L’autre déception majeure de ce texte est qu’il ne touche pas aux seuils qui brident la croissance des PME. Alors qu’Emmanuel Macron, lorsqu’il était membre de la Commission Attali, était l’un des plus fervents supporters de la mise entre parenthèses de ce seuil. Au moins pour une période d’expérimentation de trois ans.

Désormais il reste trois semaines aux partenaires sociaux pour faire valoir leurs arguments et leurs critiques éventuelles avant que le texte définitif des ordonnances soit présenté au Conseil des Ministres du 20 septembre prochain. Pour la CGT, cela va surtout se faire par une grande manifestation qui aura lieu le 12 septembre. Mais il est probable que cette tentative de coup de force soit un coup d’épée dans l’eau pour la centrale syndicale. En revanche la mobilisation de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon pourrait être davantage suivie, bien qu’elle soit prévue pour le 23 septembre, soit après la publication du texte définitif.

L’ASSURANCE-VIE DANS LE PIEGE FISCAL

L’autre sujet majeur du gouvernement pour les jours qui viennent consiste à boucler le budget pour 2018. Un budget qui doit tenir compte de la baisse de certains impôts même si l’on ne connait pas encore les modalités précises. Il y a aujourd’hui trois grands points d’interrogation. D’abord la date effective de suppression de l’ISF et sa transformation en un impôt sur la fortune immobilière. Actuellement le rendement de l’ISF est de 5 milliards d’euros et il devrait passer à 1 milliard soit une perte conséquente de recette fiscale à combler. Ensuite il y a les modalités de la baisse de l’impôt sur les sociétés promise par Emmanuel Macron. Non seulement cette baisse pourrait être différée, mais en plus les sociétés pourraient se voir réclamer une contribution exceptionnelle de 2 milliards d’euros destinée à palier la suppression de la taxe sur les dividendes.

Mais le gros sujet de la semaine a concerné la question de la taxation sur les revenus de l’épargne et du patrimoine. Pendant sa campagne Emmanuel Macron a promis une flat tax de 30 %, qui est satisfaisante pour presque tout le monde. Seuls les bénéficiaires de contrats d’assurance-vie tordent le nez, puisque leur fiscalité passerait de 23 à 30 %. Bruno Le Maire a eu beau expliquer que les contrats d’assurance-vie en dessous de 150.000 euros ne seraient pas touchés, soit plus de 95 % des souscripteurs, la Fédération française de l’assurance que préside Bernard Spitz, le patron des Gracques, a marqué son mécontentement. Il a été suivi dans ce combat par David Chamboredon, l’ancien initiateur du mouvement des Pigeons.

TAPIS ROUGE POUR WAUQUIEZ

Le gouvernement justifie cette mesure en affirmant qu’il veut privilégier le risque au détriment de la rente. C’est oublier que tous les contrats d’assurance-vie comprennent des actions (12 % en moyenne) et que la fiscalité, liée à la durée de détention, tient compte implicitement de cette prime donnée au risque. De surcroit le Ministre de l’économie a menti en expliquant que seuls 5 % des souscripteurs seraient concernés. Leur nombre est bien plus important, car beaucoup d’épargnants éclatent leur assurance-vie en plusieurs contrats de moins de 150.000 euros.

A droite l’accueil des ordonnances a été plutôt bienveillant. Il faut dire que tous les yeux des ténors sont fixés sur la prochaine élection du Président des Républicains. Une élection désormais jouée d’avance après que Laurent Wauquiez a déclaré sa candidature dans le Figaro avant son escalade du Mont Mezenc qui doit avoir lieu aujourd’hui sur ses terres avec ses partisans. Le seul suspense le concernant est de savoir si il sera élu au premier ou au second tour. La deuxième hypothèse reste possible dans la mesure où les petites candidatures se multiplient. Avec Daniel Fasquelle, Laurence Saillet, Florence Portelli (qui a été déçue de ne pas être retenue dans l’équipe de campagne de Laurent Wauquiez et enfin le souverainiste Julien Aubert qui doit déclarer sa candidature en ce début de semaine.

CROISSANCE TOUJOURS SOUTENUE EN FRANCE

Au chapitre économique le fait marquant de cette semaine a résidé dans la poursuite et la fin des publications de résultats semestriels des entreprises du CAC 40. Pour la première fois depuis longtemps elles ont renoué avec la barre des 50 milliards d’euros (un peu plus de 51 milliards). Cela grâce à une croissance économique soutenue qui a agi comme un effet de levier sur des entreprises qui avaient ajusté leurs coûts à la baisse au cours des trois ou quatre dernières années. De fait la plupart des experts s’attendent désormais à voir les groupes du CAC 40 afficher en fin d’année des résultats définitifs cumulés supérieurs au seuil des 100 milliards d’euros. Elles auront donc mis près de 10 ans à retrouver leur rentabilité d’avant-crise, alors que les groupes américains affichent déjà des résultats en moyenne supérieurs de 40 % à ce qu’ils étaient en 2007.

Pour l’heure, l’économie française reste assise sur un petit nuage. La croissance de l'activité dans le secteur manufacturier a accéléré en août, sous l'effet d'une nette hausse des nouvelles commandes qui ont atteint leur plus haut niveau depuis fin 2010, selon la version définitive de l'indice IHS Markit publiée vendredi. Le mois dernier, l'indice synthétique du secteur manufacturier s'est établi à 55,8 en nette hausse par rapport à la marque de 54,9 du mois de juillet. Il retrouve ainsi son meilleur niveau depuis avril 2011 et se maintient pour le onzième mois consécutif au-dessus du seuil de 50 qui distingue croissance et contraction de l'activité. Cette nouvelle amélioration de l'activité du secteur manufacturier en juillet repose sur une croissance soutenue de la production ainsi que des nouvelles commandes, y compris celles en provenance de l'étranger, dont la croissance est la plus forte enregistrée depuis décembre 2010.

LES GALERIES LAFAYETTE SE RENFORCENT SUR LE NET

Du côté des États-Unis les investisseurs attendaient avec impatience les chiffres de l’emploi. Attendus en hausse de 0,2 % sur un mois, soit un petit peu moins que l'augmentation de 0,3 % du mois précédent, les salaires sont finalement restés quasi stables (+0,1 %), ce qui ramène la progression sur un an à 2,5 %, contre 2,6 % espéré. Les créations d'emplois, anticipées à 180.000, ressortent à 156.000. Le taux de chômage remonte de 0,1 point à 4,4 % de la population active, contre une stabilité attendue à 4,3 %. Plus que les créations de postes en elles-mêmes, voire le taux de chômage, dont on sait que, depuis de nombreux mois, il traduit une situation de plein emploi aux Etats-Unis, c'était la composante de l'évolution des salaires réels qui était la plus attendue. Un peu de tension inflationniste sur les rémunérations donnerait en effet à la Réserve Fédérale toute la légitimité pour accompagner ce mouvement de graduelles hausses de taux, avant que des signes d'affaiblissement de l'économie lui laissent beaucoup moins de marge de manoeuvre en la matière.

Du côté du business la semaine a été marquée par une forte activité dans le domaine de la distribution. D’abord avec l’annonce du rachat de La Redoute par les Galeries Lafayette. Ce rapprochement permettra aux Galeries de passer à la vitesse supérieure dans l’imbrication du commerce physique et numérique. L’activité de commerce en ligne des Galeries Lafayette, qui existe depuis une dizaine d’années sur son propre site Internet, est une priorité du nouveau management. Les deux acteurs sont complémentaires, en matière d’offre de produits, de positionnement, de logistique, et de datas. Ce rachat permettra aussi d’accélérer le développement à l’international. Les Galeries ont déjà sept magasins hors de l’Hexagone et de nombreux projets d’ouvertures, tandis que l’ancien La Redoute réalise 30 % de son activité à l’étranger.

CARREFOUR SÉVÈREMENT SANCTIONNÉ

Mais c’est Carrefour qui a tenu les investisseurs en haleine après avoir lancé un avertissement sur ses résultats annuels mercredi. Le deuxième distributeur mondial, qui avait déjà vu son résultat opérationnel courant reculer de 3,8% en 2016, a dit prévoir une chute d'environ 12% de ce résultat en 2017, aux environs de 2,07 milliards d'euros, très loin des 2,4 milliards attendus par les analystes. Il a également révisé en baisse sa prévision de croissance des ventes à +2%-4%, contre +3%-4% auparavant. Pour enrayer l'érosion de ses parts de marché en France, le groupe s'est lancé dans des baisses de prix et des promotions massives qui lui ont permis de renouer avec la croissance dans ses hypermarchés au deuxième trimestre mais qui ont lourdement pesé sur sa rentabilité. Sur les sept premiers mois de 2017, sa part de marché a reculé à 20,6% dans l'Hexagone derrière son grand concurrent Leclerc, qui a vu la sienne grimper à 21,2%.

Les investisseurs ont maintenant les yeux rivés sur le plan stratégique d'Alexandre Bompard, arrivé le 18 juillet. Le nouveau PDG vient d'entamer le renouvellement de ses équipes avec le remplacement du secrétaire général Jérôme Bédier par Laurent Vallée, haut fonctionnaire passé comme lui chez Canal plus. C’est peu de dire que la bourse s’impatiente. Le titre Carrefour, revenu à ses niveaux du début 2013, à 19,50 euros en clôture mercredi, accuse une baisse de 15,7% depuis le début de l'année. Il a de nouveau chuté lourdement jeudi accusant sa plus forte baisse historique en une séance, après l'avertissement lancé par le géant de la distribution sur ses résultats annuels. Même la rumeur d’un intérêt fort d’Amazon pour Carrefour n’a pas suffi à calmer l’hystérie des vendeurs ou des amateurs de position short.

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