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Yves de Kerdrel
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La rentrée gouvernementale est marquée par les couacs, les contradictions les hésitations et les revirements intempestifs
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République, comme le Premier Ministre, sont désormais sous la surveillance étroite des milieux patronaux, comme des syndicats auprès desquels ils ont multiplié les promesses. Sur le plan politique, ils sont également dans le viseur des écologistes, du Front de gauche, et des partisans de Martine Aubry.
02/09/2012 - 08:01
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Accusé d'être devenu un "hypo-président" à force de s'effacer derrière son premier ministre et ses ministres, François Hollande a décidé d'occuper, à nouveau, le terrain international. La traditionnelle conférence de rentrée des ambassadeurs a constitué une bonne "mise en jambes". Puis le Président de la République est parti jeudi à Madrid, apporter son soutien à Mariano Rajoy, de plus en plus en difficulté après la demande d'aide financière de la Catalogne, et la nouvelle hausse des taux de rendement du trésor hispanique. Mardi 4 septembre, il déjeunera à Rome, à la villa Madama, avec Mario Monti, avant de s'entretenir le lendemain avec Herman Von Rompuy. Enfin le 6 septembre, il devrait se rendre de nouveau à Londres à l'occasion des jeux paralympiques. Et vendredi prochain, il pourrait faire une apparition aux entretiens franco-allemands d'Evian. Ce qui est très rare pour un Président de la République.
Tout cela ne signifie pas que le locataire de l'Elysée prend ses distances avec la politique intérieure. Mais en cette rentrée, il était convenu de redonner le premier rôle à Jean-Marc Ayrault, critiqué lors de l'Université d'été de La Rochelle pour son charisme insuffisant et son incapacité à s'imposer. Le Président de la République a tenté, vendredi dernier, de reprendre la main sur le terrain national, face à la chute des sondages. Et ce mouvement va s'amplifier, d'abord à l'occasion d'une probable intervention télévisée prévue au 20 heures de TF1 du dimanche 9 septembre, à la veille de l'ouverture de la session extraordinaire du parlement. Deux jours plus tôt il aura eu l'occasion d'intervenir devant la Cour des comptes. Et enfin pour clôturer le chapitre de cette rentrée quelque peu désordonnée, une conférence de presse pourrait intervenir le 20 septembre à l'Elysée.
UN COURANT "HOLLANDAIS"
Après ses fameux cent jours, durant lesquels il a déroulé les mesures les plus "faciles" à prendre, François Hollande se sait surveillé de très près à la fois par les patrons et par les syndicats auxquels il a tenu des discours très différents, comme notamment sur les fameux accords compétitivité-emploi qui ont déchainé la colère de Bernard Thibault et de Jean-Claude Mailly. D'où la journée d'action syndicale du 9 octobre prochain. Par ailleurs, le Président en est à essayer de constituer un "courant hollandais" à l'Assemblée afin de ne pas laisser la parole aux seuls opposants de la majorité, comme les écologistes, les partisans de Benoit Hamon, et les communistes. D'autant plus que Martine Aubry ne fait rien pour l'aider à disposer d'une majorité unie et cohérente. Qui sera particulièrement importante pour le vote du pacte budgétaire.
Côté économique, Pierre Moscovici a ouvert la porte, à son tour, la semaine passée à une légère révision de l'estimation de croissance pour 2013, qui sera donc bien de 1 %, au lieu de 1,2 % en juin dernier et 1,7 % lorsque François Fillon était aux commandes. Cette prévision - forcément peu fiable à l'heure où la croissance mondiale ralentit - va jouer très largement dans la crédibilité du budget que prépare Jérôme Cahuzac, et qui devrait compter environ dix milliards d'euros de réduction de la dépense publique et vingt milliards d'euros de prélèvements, notamment en raison de la limitation des niches fiscales.
LE PROBLEME DES CADRES ETRANGERS
L'un des projets fiscaux qui inquiète le plus les dirigeants d'entreprise concerne la non-déductibilité des intérêts d'emprunts liés à l'achat de participations financières. Une mesure qui vise notamment les fonds d'investissement, mais pas seulement, et qui pourrait rapporter en année pleine 4 à 5 milliards d'euros. Par ailleurs, la direction du Trésor a débuté ses consultations avec les organisations patronales concernant un projet d'encadrement des rémunérations des dirigeants, d'interdiction des stock-options ou actions gratuites et de mise en oeuvre du "say on pay". Ce qui relance les projets de délocalisation de grands sièges sociaux. Pour l'heure, si aucun groupe du CAC 40 n'est prêt à franchir le Rubicon, en revanche toutes ces entreprises étudient bien les différents cas de figure possibles. Ne serait-ce que parce qu'ils ne parviennent plus à faire venir à Paris des cadres étrangers. Un grand groupe industriel coté est également très embarrassé, car il avait trouvé un acheteur pour une de ses filiales "non-core". Mais ce dernier vient de lui faire savoir qu'il était prêt à finaliser l'acquisition, à condition que les activités françaises de cette société ne figurent pas dans la transaction. Ambiance !
Du côté de la droite, Jean-François Copé est sorti nettement gagnant de la confrontation, par médias interposés, de la semaine écoulée. Alors que François Fillon, handicapé par son accident à la cheville, n'a ni la possibilité, ni l'envie de battre la campagne, le secrétaire général de l'UMP a commencé son tour de France des fédérations. Et c'est désormais un secret de polichinelle que Nicolas Sarkozy le soutient discrètement. C'est pourquoi beaucoup parient sur un ralliement de Xavier Bertrand, pourtant son ennemi viscéral, et de Nathalie Kosciusko-Morizet. Ralliement de pure forme, puisque les statuts de l'UMP prévoient qu'ils n'ont pas le droit d'apporter leurs propres parrainages.
LA BONNE GOUVERNANCE DE RICARD
Toujours est-il que le temps et l'énergie passés par l'opposition à se trouver un nouveau chef, se font aux dépens de la guérilla que les électeurs de droite attendent à l'égard de la nouvelle majorité. D'autant que le soi-disant état impartial de François Hollande commence à se lézarder. C'est pourquoi des voix s'élèvent contre la possible nomination de Jean-Marc Janaillac, numéro deux de la RATP, et intime de François Hollande, à la tête d'Aéroports de Paris, pour laquelle Florence Parly est désormais pressentie. Et ce n'est rien par rapport à la future Banque Publique d'Investissement dont la présidence serait accordée comme lot de consolation à Ségolène Royal, ou par défaut à Anne Lauvergeon. De quoi amener Dominique Marcel, donné comme futur directeur général, à se demander si le jeu en vaut bien la chandelle, compte tenu de cette future gouvernance pour le moins baroque.
Comme WanSquare a été le premier à le révéler, c'est donc Danièle Ricard qui a été choisie par le conseil d'administration de Pernod-Ricard pour en prendre la présidence, à la suite de son frère Patrick, brutalement décédé. Le conseil a cherché à la fois à faire en sorte que le groupe reste présidé par quelqu'un portant le patronyme de Ricard, sans gêner pour autant Pierre Pringuet qui a fait un excellent travail comme directeur général, ainsi qu'en ont témoignés les derniers résultats, et sans mettre en avant, trop vite, Alexandre Ricard, qui est tout de même promu coadjuteur. Autant dire que la bonne gouvernance a parfaitement fonctionné dans un groupe qui n'est ni complètement familial, ni complètement ouvert.
ENTREE REUSSIE POUR PLASSAT
Le moindre que l'on puisse dire, c'est que Georges Plassat a largement réussi sa première intervention - pourtant surveillée de près en raison de l'annonce d'un plan social - même s'il est resté vague sur les objectifs chiffrés de Carrefour à moyen terme. Le plus important, pour l'heure, c'est que le marché lui accorde son crédit, et ne doute pas de sa capacité à redresser le groupe. Et surtout de concilier les intérêts des deux principaux actionnaires.
Enfin, le dossier Vivendi continue d'agiter le microcosme, surtout après les déclarations faites lors de la présentation des résultats semestriels. Aucun projet de scission - ou spin-off - n'est effectivement à l'ordre du jour. En revanche ce sont les cessions les plus rentables pour les actionnaires qui sont regardées de près par le directoire et par Jean-René Fourtou. D'aucuns évoquent maintenant l'idée d'une vente de Maroc Telecom en plus du brésilien GVT. Une chose est sûre : les réflexions s'accélérent comme en témoigne le discret rendez-vous que Jean-François Dubos, le président du directoire, aura cette semaine avec Pierre Moscovici. Et dans l'élaboration des scénaris possibles, Bertrand Méheut joue un rôle important. Il semble même qu'Alexandre Bompard, ancien de Canal +, aujourd'hui patron de la Fnac, soit largement consulté. Ce qui laisse dire à certains que les jours de Rodolphe Belmer au sein de la chaine cryptée sont peut-être comptés.
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