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Yves de Kerdrel

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François Hollande peine à accepter une inéluctable révision à la baisse de la croissance économique attendue pour 2013
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République, comme le Premier Ministre, ont voulu montrer que le gouvernement avait bien repris ses marques dés la semaine passée avec des annonces sur le Livret A ou sur le prix des carburants et des fuites sur la réforme fiscale. Mais le plus dur reste à faire : accepter la révision à la baisse de la croissance pour 2013 avec ses conséquences budgétaires. Au moment où les sondages deviennent très défavorables pour le couple éxécutif.
26/08/2012 - 07:59 Temps Lecture 7 mn.
Cette semaine de rentrée du gouvernement avait été bien orchestrée sur le plan de la communication. Beaucoup de rendez-vous présidentiels. Une déclaration de Jean-Marc Ayrault concernant l'agenda du gouvernement pour les mois à venir. Et quelques annonces, précipitées, mais qui ne prêtent pas trop à conséquence, comme le relèvement de 25 % du plafond du Livret A, ou cette curieuse hypothèse d'une baisse des taxes pétrolières de manière à jouer à la marge sur le prix des carburants. Au milieu de tout cela, et notamment de fuites sur une réforme de l'ISF, François Hollande a reçu une délégation de l'Afep, composée de membres du conseil d'administration de ce lobby patronal, de manière à rassurer les entrepreneurs. Un rendez-vous primordial, dans l'esprit de ses équipes, qui s'inquiètent de la baisse des investissements depuis six mois et qui voudraient créer un choc de confiance et de compétitivité. LA TRANCHE A 75 % ECORNEE PEU A PEU Pour l'instant, ce choc est plutôt un coup de massue sur la tête des dirigeants d'entreprises qui ont appris vendredi, par la presse, que la question des biens professionnels n'était plus sanctuarisée dans le cadre d'une réforme de l'ISF. Autant les oeuvres d'art sont assurées de rester exonérées de cet impôt sur le patrimoine, autant certains à Bercy plaident pour une forme de taxation de l'outil de travail. D'un autre côté, Jérôme Cahuzac s'emploie à vider de sa substance la mesure concernant l'établissement d'un taux marginal à 75 % pour les personnes gagnant plus d'un million d'euros. Selon les informations de WanSquare, s'il est toujours question de faire un curieux distinguo entre les artistes, les sportifs, les créateurs et les dirigeants d'entreprises (dont on se demande bien comment il sera apprécié par le conseil constitutionnel), en revanche le million d'euros serait regardé de manière "nette" de toute fiscalité (notamment la CSG et la CRDS). Surtout il exclurait les revenus financiers, alors même que François Hollande avait promis, dans ses soixante propositions, un alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Enfin cette tranche de 75 %, qui pourrait être acquittée, par les employeurs pour le compte de leurs cadres dirigeants, aurait un statut provisoire, le temps que le déficit budgétaire revienne à zéro. On estime à 2.000 le nombre de français concernés par cette taxation. La CROISSANCE POUR 2013 REVISEE A 1 % ? Il reste qu'à l'Elysée, la principale préoccupation aujourd'hui réside dans le taux de croissance attendu pour 2013, qui constitue l'élément essentiel de l'équation budgétaire. Si Jean-Marc Ayrault a ouvert la porte à une possible révision en baisse (probablement à 1 %), François Hollande entend "donner du temps au temps" et reste dans une école de pensée très keynésienne. Il répète à l'envi, que le coup de pouce au smic ou la hausse de l'allocation de rentrée de scolaire vont finir par se traduire dans la reprise de la consommation. Le problème, c'est que la croissance s'effondre partout ailleurs : en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, et même au Japon. Ce qui n'aide pas les grands groupes à avoir une vision optimiste de l'avenir à l'heure où les budgets pour 2013 commencent à s'établir. Et ce qui concourt à la panne de l'investissement, en général. L'autre grand sujet d'actualité, pour François Hollande, c'est l'Euro. La visite de jeudi dernier à une Angela Merkel de plus en plus sous la pression de son opinion publique n'a rien apporté de neuf. Pas plus que l'entrevue d'hier avec le premier ministre grec qui demande du temps. Pour l'heure le couple franco-allemand se contente de dire qu'il attend le rapport de la Troïka (Bruxelles, BCE et FMI) sur la mise en oeuvre des mesures d'austérité engagées, avant de faire éventuellement un geste. Ce qui risque de repousser ce calendrier fatal pour la Grèce au moment où la Cour de Karlsruhe donnera sa sentence sur le mécanisme de solidarité. LA COTE DE COPE A LA BAISSE Il reste que la question européenne et notamment le vote du pacte budgétaire est, ce week-end, au centre de toutes les discussions en marge de l'Université d'été du Parti socialiste à La Rochelle. Le camp des "nonistes" qui avait été largement sous-estimé en 2005, lors du référendum sur le Traité Constitutionnel semble se reconstituer à la vitesse V, sous le regard d'une Martine Aubry insaisissable. Et une poignée de députés socialistes se sont adressés directement à François Hollande pour lui demander de livrer sa vision de l'Europe. Du côté de l'opposition, l'heure est aujourd'hui à la déclaration de candidature de Jean-François Copé dont la cote de popularité s'est nettement dégradée au cours des derniers jours, mais qui se voit rejoindre par quelques libéraux comme Luc Chatel. Pour sa part, François Fillon, qui a fait sa rentrée politique dans Le Point, en se posant, plus comme un candidat pour 2017, que comme un éventuel chef de parti, a engrangé, de nouveaux ralliements, dont notamment celui de Dominique Dord, le trésorier de l'UMP. Les prochains mouvements intéressants à observer émaneront de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Xavier Bertrand, qui sont tous les deux très populaires, dans les fédérations, et qui s'apprécient mutuellement. Quant à Nicolas Sarkozy, il se garde bien de prendre parti, et a même demandé à Brice Hortefeux de rester en dehors de cette guerre des chefs. VIVENDI ATTEND BOLLORE Dans le monde des affaires, on attend cette semaine la seconde vague de publication des résultats semestriels. Avec peut-être du nouveau du côté du Crédit Agricole, qui est face à trois acheteurs pour sa filiale grecque Emporiki. Cette annonce interviendra quelques jours avant que Jean-Paul Chifflet, le Directeur général de la banque verte prenne les commandes, pour un an, de la Fédération Bancaire Française, après un an de mandat de Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale. Jean-Paul Chifflet s'est déjà largement préparé à cette tâche grâce à de premiers contacts, durant l'été, avec les nouveaux pouvoirs publics, notamment Jean-Marc Ayrault. Une nouvelle rencontre avec le Ministre de l'Economie est d'ailleurs prévue jeudi matin. C'est cette semaine également que Vincent Bolloré va publier ses résultats semestriels, sans doute dopés par la hausse des cours des matières premières (pour les plantations) et différentes plus-values. Tous les analystes attendent de savoir si l'industriel breton a profité de l'été pour accroître sa participation au capital de Vivendi. D'autant plus que le "closing" de la vente de Direct 8 à Canal + approche. Ce qui va lui permettre de récupérer un gros paquet d'actions du groupe présidé par Jean-René Fourtou. Une bonne occasion pour faire son entrée au conseil de surveillance de Vivendi, sans que cela ne soulève d'émotion particulière. Selon les informations de WanSquare, les contacts discrets entre patrons et représentants de la nouvelle majorité s'intensifient. Mercredi prochain, Pierre Moscovici recevra notamment Robert Peugeot, le patron de la holding familiale FFP, qui détient une minorité de blocage au capital de PSA. Les deux hommes se connaissent bien, le locataire de Bercy ayant été longtemps élu du Doubs. Après cela, ce sera au tour de Pierre Pringuet, le nouveau président de l'Afep, et directeur général de Pernod-Ricard, d'aller prêcher la bonne parole auprès du Ministre. P.S. : vous avez été très nombreux à apprécier le feuilleton d'été de WanSquare sur la trentaine de portraits de personnalités plus ou moins connues qui composent "la hollandie". Pour ceux qui ont manqué tout ou partie de cet épisode, une version "papier" reliée est disponible sur commande pour un prix unitaire de 90 euros. Les bons de commande sont à adresser à ademontalembert@wansquare.com.