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Yves de Kerdrel

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L'entrée de la France en récession profonde rend impossible le respect de l'objectif d'un déficit budgétaire de 3 % en 2013
par Yves de Kerdrel

Si François Hollande a pu savourer la décision du conseil constitutionnel ne l'obligeant pas à réunir le Congrès pour ratifier le pacte budgétaire européen, il commence à se demander comment la trajectoire des finances publiques pourra être respectée. Et consulte tous azimuts depuis Brégançon en attendant son prochain retour à Paris.
12/08/2012 - 08:15 Temps Lecture 7 mn.
Le nouveau Président de la République a déjà pratiquement terminé ses vacances au fort de Brégançon qu'il quittera ce mercredi pour reprendre le travail à l'Elysée. Et du travail il y en a avec deux dossiers chauds : la Syrie et le projet de loi de finances pour 2013. Nicolas Sarkozy a profité du silence assourdissant de la France à propos du sort réservé aux insurgés d'Alep pour souligner "en creux" la passivité de son successeur. Une déclaration qui a provoqué un tollé à gauche, mais a été largement saluée par Bernard-Henri Lévy. Le problème n'est pas tant la question d'une opération militaire, mais celle d'une coalition européenne à l'image de l'accord franco-britannique conclu pour aider les insurgés libyens. La diplomatie française, qui est pourtant à l'oeuvre, en assurant la présidence du Conseil de sécurité, montre à la fois une certaine incurie et une grande faiblesse, alors que les massacres syriens commencent à affecter largement l'opinion publique française. Ce qui n'empêche pas la France de participer, avec les américains et les britanniques à l'entrainement militaire des insurgés avec du matériel occidental, sur des bases militaires turques situées non loin de la frontière nord de la Syrie. Mais il n'est pas encore question pour les occidentaux de procurer du matériel et des armes aux insurgés syriens, qui continuent à se faire massacrer par les migs de Bachar-El-Assad. Alors que les libyens avaient pu se défendre avec des missiles sol-air. LE CASSE-TETE DU BUDGET François Hollande va donc devoir reprendre la main sur ce dossier, géré jusqu'ici par Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian. Au risque de voir monter dans l'opposition de nouvelles critiques sur son incapacité à analyser, à décider et à agir. Comme on a pu le constater à l'occasion du sondage réalisé par l'Ifop pour le Figaro en fin de semaine. Mais à côté de ce dossier, l'équation budgétaire pour 2013 commence à tourner au casse-tête. La Banque de France a confirmé cette semaine que la France était entrée en récession pour la première fois depuis 2008-2009. Et les perspectives pour 2013 sont toutes revues à la baisse. En France bien sûr, comme dans le reste de la zone Euro. Selon les informations de WanSquare, le dernier tour d'horizon fait par la BCE auprès d'un panel d'économistes fait apparaître une diminution de 0,3 % du PIB pour 2012 (jusqu'à présent il était question de -0,2 %). Pour 2013 la nouvelle prévision porte sur une croissance de 0,6 % alors que fin juin il était encore question d'une croissance de 1 %. Dans ces conditions, il est impossible pour la France de s'en tenir à une croissance de 1,2 % en 2013, surtout compte tenu des mesures fiscales déjà prises ou annoncées qui pèseront sensiblement sur la création de richesses et qui freinent d'ores et déjà la consommation, comme l'a souligné la semaine passée Michel-Edouard Leclerc. Cela, l'Elysée en est bien conscient. Tant Emmanuel Macron qu'Aquilino Morelle qui se soucie très largement des dossiers économiques. Et cela d'autant plus que Pierre Moscovici est largement absent de ces questions, faute de travail et de compréhension. LA CONSOMMATION S'EFFONDRE En dépit d'arbitrages budgétaires très sévères, comme nous le révélions la semaine passée, en dépit de recettes nouvelles et de la réforme fiscale annoncée pour la rentrée, les 33 milliards d'euros exigés par la Cour des comptes pour respecter la trajectoire des finances publiques, ne seront pas là, car l'assiette fiscale générale fond comme neige au soleil avec la récession. De surcroit si le scénario économique pour 2013 reste aussi noir, ce ne sont pas 33 milliards d'extras qu'il faudra, mais bien plus compte tenu de la baisse des recettes fiscales, notamment de la TVA. Rappelons qu'en 2011, celle-ci a contribué à hauteur de 51 % à l'ensemble des recettes fiscales avec un rapport de 131 milliards d'euros (contre 52 milliards pour l'impôt sur le revenu). Par ailleurs le dernier collectif budgétaire a discrètement acté un manque-à-gagner de plus de 2 milliards d'euros en matière de recettes fiscales ordinaires. Seul Jérôme Cahuzac est réellement conscient de ces contraintes qui s'accumulent et qui devraient logiquement amener le gouvernement à discuter avec Angela Merkel et avec Bruxelles d'un allongement du calendrier concernant le retour à l'équilibre budgétaire. D'autant que parallèlement aux problèmes hexagonaux, la zone Euro est loin d'être stabilisée, même si l'Espagne joue la montre. Au point que quelques parlementaires français de toutes tendances ont demandé il y a quelques jours à Bercy à ce qu'un point précis leur soit fait à la rentrée concernant les engagements français dans le soutien à la zone Euro (ce qui a déjà été décaissé et ce qui pourrait encore l'être). Cela au moment même où Jean-Claude Juncker président de l'eurogroupe jugeait "gérable" une sortie de la Grèce de l'Euro. Un mot qui aurait été improbable dans sa bouche, au mois de mars dernier... Tout cela ne fait pas peser pour autant de suspense sur la ratification du pacte budgétaire par le parlement. L'improbable coalition des souverainistes, des écologistes et des communistes ne devrait pas suffire à faire échec à un texte négocié par Nicolas Sarkozy. FOURTOU DECIDE SEUL En dépit de cet environnement façonné d'incertitudes, le marché boursier fait plutôt bonne figure, soutenu à la fois par les financières et par certaines valeurs de croissance. Le Crédit Agricole a été notamment l'objet d'un rebond spectaculaire au cours des dernières séances, alors que la vente de sa filiale grecque s'organise progressivement. De la même manière, la Société Générale a gagné près de 10 % en une semaine, soutenue par l'annonce de la cession de sa très belle filiale américaine de gestion d'actifs, TCW. Ce qui n'a pas empêché le broker Kepler de souligner en fin de semaine dernière que sur le plan de l'analyse technique le marché actions pourrait bien être à la veille d'un krach, soulignant un "syndrôme d'Hindenburg" déjà vu à l'été 2007. Du côté des affaires, le silence qui entoure le dossier Vivendi traduit tout simplement une reprise en mains de la société par Jean-René Fourtou, qui entend mener seul la re-définition de la stratégie du groupe, voire une partie de son désendettement, avant de recruter à la fin de l'année un nouveau président du directoire. Selon les informations de WanSquare, après avoir tenté en vain de céder rapidement les 61 % du groupe dans Activision, l'ancien patron de Rhône-Poulenc étudierait un nouveau projet de cession réalisable vite de manière à donner satisfaction au marché. Par ailleurs les rumeurs se multiplient concernant la possible expatriation de comités éxécutifs de grands groupes. Si PPR a démenti vouloir s'installer à Londres, son créateur Hedi Slimane vient de déménager les studios de création d'Yves Sain-Laurent à Los Angeles. Quant à Gilles Pélisson, l'ancien président d'Accor, qui siège au comité éxécutif du Medef, il vient de s'installer à Bruxelles !
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