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Yves de Kerdrel

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Le mois d'août s'annonce difficile sur les principales places financières ... mais aussi pour le ministre du Budget
par Yves de Kerdrel

Officiellement le gouvernement est en vacances depuis mercredi dernier. Mais pour Jérôme Cahuzac, le ministre délégué au Budget, les congés seront brefs et entrecoupés d'aller-retours à Paris, avec comme seule préoccupation, la confection du projet de loi de finances pour 2013. Pendant ce temps-là, l'euro est à nouveau bousculé après une conférence de presse décevante de Mario Draghi.
05/08/2012 - 08:07 Temps Lecture 7 mn.
Les financiers en ont désormais pris l'habitude : la période du 15 août n'est jamais de tout repos. Cela a commencé le 15 août 1971 lorsque Richard Nixon a décidé de l'inconvertibilité du dollar en or, à la surprise générale, entraînant des troubles considérables sur la plupart des places boursières. Si bien que beaucoup d'investisseurs ont désormais pris l'habitude d'accroître la part des liquidités dans leurs portefeuilles à la fin du mois de juillet. L'été 2011 leur a largement donné raison C'est encore plus vrai cette année après les propos tenus par Mario Draghi au cours des tous derniers jours. Il y a une dizaine de jours il assurait que la BCE ferait tout pour sauver l'euro. Une déclaration improvisée, qui a semé le trouble auprès du conseil des gouverneurs de la Banque Centrale. Les allemands ont émis un rappel à l'ordre à l'égard du successeur de Jean-Claude Trichet, lui rappelant que son mandat n'était pas celui-là et qu'il ne disposait pas d'un chéquier ouvert pour racheter les obligations souveraines espagnoles ou italiennes. LE DILEMNE ESPAGNOL Ces discussions byzantines justifient le "rétro-pédalage" du président de la BCE, à l'occasion de sa conférence de presse de jeudi dernier. Il a clairement lié l'intervention de la Banque Centrale Européenne à de nouvelles réformes de structures en Espagne ou en Italie, voire des mesures d'ajustement. Par ailleurs, il a évoqué la possibilité de faire intervenir le FESF. Ce que ni Madrid, ni Rome, ne souhaitent car les gouvernements espagnols et italiens craignent qu'on leur impose en contrepartie de nouvelles mesures d'austérité. Toute la question est donc de savoir aujourd'hui combien de temps l'Espagne pourra tenir sans faire une demande d'aide officielle. Pour l'heure Mariano Rajoy réfléchit avant de passer sous les fourches caudines des mécanismes de sauvetage européen. Mais les pressions se multiplient à son endroit, d'autant plus que les dernières statistiques espagnoles sont mauvaises. Par ailleurs, il existe en Europe un certain scepticisme à l'égard des déclarations espagnoles, soupçonnées d'être bien trop optimistes. D'aucuns estiment même que l'Espagne ment, comme elle a menti sur l'état de ses banques et comme la Grèce a longtemps menti. D'où la méfiance des représentants de la BundesBank qui ont demandé à Mario Draghi de ne pas se précipiter au secours de la péninsule ibérique. Ou en tous cas, en imposant de sérieuses contreparties. Ce sont celles-ci que le premier ministre espagnol évalue actuellement. Mais il semble céder progressivement. Dans ce cas, après l'Irlande, la Grèce et le Portugal, l'Europe aura à voler au secours de la quatrième de ses économies (11 % du PIB européen). Ce qui risque de faire secouer les marchés. SILENCE HEXAGONAL Dans cet environnement tourmenté, le silence de la France est assourdissant. Là où le couple Merkel-Sarkozy, tentait de solutionner les problèmes avant qu'ils dégénèrent, François Hollande semble absent des questions européennes. Autant que son Ministre de l'économie, Pierre Moscovici, ou son ministre des affaires européennes, Bernard Cazeneuve. La question de l'Euro, qui a pourtant des conséquences importantes sur les anticipations des chefs d'entreprises, et sur la conjoncture économique, ne semble pas une priorité pour ce gouvernement, comme elle l'était pour le précédent. Pour l'heure, François Hollande, son staff de l'Elysée, et Bercy sont entièrement mobilisés sur la confection du projet de loi de finances pour 2013. Avec un paramètre important à la clé : le niveau de la croissance économique attendu pour l'année prochaine, principal déterminant des recettes fiscales. La dernière prévision officielle de 1,2 %, rendue publique par Jean-Marc Ayrault apparait déjà trop optimiste. Mais l'on voit mal le gouvernement se déjuger en l'espace de deux mois. C'est donc ce chiffre qui va servir de base pour l'élaboration du budget avec comme but ultime de cette équation, un déficit budgétaire de 3 %. SARKOZY PREPARE SA RENTREE Tout cela nécessite des coupes sombres, dont risquent d'être victimes les Ministères de la Défense ou de l'Economie et des Finances. Les marchandages avec le Ministère du Budget s'avèrent plus que virils, d'après ce que rapportent les différents ministères, qui utilisent le chantage de fermeture d'établissements dans des circonscriptions sensibles ou dans des villes tenues par des "éléphants" socialistes. D'où le recours fréquent à l'arbitrage de Matignon, voire de l'Elysée. C'est Jérome Cahuzac lui-même et Julien Dubertret (ancien conseiller de François Fillon à Matignon), le successeur de Philippe Josse à la Direction du Budget, qui reçoivent les différents ministres et leurs doléances. Du côté de l'opposition, Jean-François Copé, qui n'est toujours pas candidat à la présidence de l'UMP, fait un tour actif des fédérations. De même que Nathalie Kosciusko-Morizet qui semble engranger un nombre important de parrainages. L'accident de scooter de François Fillon à Capri a montré, une fois encore, à quel point l'ancien premier ministre n'avait pas envie de faire campagne et pariait surtout sur sa popularité. Nicolas Sarkozy, qui vient de rejoindre le Cap Nègre, après un second séjour à Marrakech, continue de se tenir au courant de la bataille pour la tête de l'UMP. Par ailleurs, son cabinet, lui prépare une série de grandes conférences internationales, pour la rentrée, à l'occasion desquelles il pourrait commencer à sortir de son silence. Notamment s'agissant de la Syrie, si les évènements n'évoluent guère d'ici là. MARIANI TRES SOLLICITE Dans le domaine des affaires, la semaine écoulée a été marquée par la fin de la première salve de publication de résultats semestriels. Avec de nouvelles déceptions, notamment la Société Générale ou Veolia Environnement. Globalement les comptes intérimaires du CAC 40 traduisent la déterioration de la conjoncture et l'excès de prudence des dirigeants, compte tenu des incertitudes en matière monétaire ou fiscale. A ce propos, il convient de noter que les polémiques sur les plans sociaux de PSA ou d'Alcatel se sont totalement volatilisées, preuve que le gouvernement a pris acte qu'il ne pouvait rien faire en la matière, comme Lionel Jospin en 1999. Du côté des nominations, le "renvoi" du commissaire aux participations de l'Etat, Jean-Dominique Comolli, pourtant connu pour ses sympathies socialistes, a suscité l'étonnement dans le Landerneau des affaires. D'autant plus que l'intéressé n'a été averti que la veille du fameux conseil des ministres, à la mi-journée. Ce débarquement laisse envisager d'autres changements à la tête de grandes entreprises publiques. Quant à Pierre Mariani, qui a tiré sa révérence chez Dexia, avec une élégance de moins en moins répandue, après avoir mené une tâche titanesque pendant presque quatre ans, il pourrait rejoindre une grande banque d'affaires. Il aurait d'ores et déjà reçu de nombreuses sollicitations.
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