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Yves de Kerdrel

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Le projet de loi de finances pour 2013 s'annonce un casse-tête au moment où la récession-déflation pointe son nez
par Yves de Kerdrel

L'essentiel de la session extraordinaire est désormais effectué avec tout le détricotage du paquet fiscal de Nicolas Sarkozy. Mais déjà de nouveaux rapports de force apparaissent à l'Assemblée Nationale avec notamment le courant de Benoit Hamon qui n'entend pas approuver le pacte budgétaire et va se rapprocher du front de gauche.
22/07/2012 - 07:55 Temps Lecture 7 mn.
La semaine écoulée a été chargée pour les députés qui ont eu à approuver les principales mesures du collectif budgétaire. C'est-à-dire à la fois le détricotage des mesures prises par l'ancienne majorité comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou bien la baisse du barème de l'impôt sur la fortune, mais aussi des mesures nouvelles et inscrites dans le programme de François Hollande comme la diminution des abattements en cas de donation et surtout la contribution exceptionnelle demandée aux contribuables imposés à l'ISF. Ce train d'amendements a permis de voir dans quelle confusion la nouvelle majorité abordait ces questions pourtant graves. Puisque la défiscalisation des heures supplémentaires - sujet important et annoncé depuis des mois - a d'abord été annoncée comme étant rétroactive au premier janvier dernier. Devant le tollé provoqué auprès des députés de l'opposition, mais aussi de certains élus de la majorité, Christian Eckert, le nouveau rapporteur général du Budget, après une réunion de concertation à Bercy, a avancé la date du premier juillet. Avant de se voir "retoquer" par Jean-Marc Ayrault, qui, en réunion de groupe socialiste a donné le dernier mot avec la date du premier août. Quant aux cotisations salariales et patronales, elles reprendront le premier septembre. BERNARD ARNAULT CHEZ CAHUZAC Cet incident a laissé des traces, notamment au sein de la nouvelle majorité où beaucoup considèrent que Jean-Marc Ayrault exerce de plus en plus un pouvoir solitaire, au détriment de ses ministres, et des parlementaires. Même à l'Elysée, le Premier Ministre est jugé "scolaire" et sans subtilité, comme si l'exercice du pouvoir se résumait à l'application de mesures décidées à l'avance. Comme l'assure un proche de François Hollande : "il faut au contraire faire bouger les lignes et accompagner le mouvement, quitte à dévier un peu des soixante propositions." Pour l'heure, chez Jérôme Cahuzac, à Matignon, comme à l'Elysée, l'heure est à préparer le projet de loi de finances de 2013. Un exercice hautement difficile dans la mesure où pour l'instant il n'est pas question de toucher à l'objectif d'un déficit de 3 %, mais en même temps, il existe une immense inconnue sur le niveau des recettes fiscales, dans la mesure où d'une prévision officielle de 1,2 % de croissance, l'économie française pourrait très bien renouer avec la récession. Car comme l'assure un éminent membre de la Cour des Comptes, et l'un des meilleurs économistes de France, si l'investissement s'est arrêté, depuis plusieurs mois, un phénomène nouveau se déroule : l'arrêt brutal de la consommation des ménages, avec à la clé, une importante perte de TVA. Signe de frilosité devant l'avenir et devant les mesures fiscales annoncées. A noter que Bernard Arnault, qui va rarement à la rencontre des pouvoirs publics, prendra, demain matin son petit-déjeuner avec Jérôme Cahuzac. SIGNE AVANCE DE DEFLATION Certains, à gauche, commencent à plaider - sans succès - auprès du Chef de l'Etat, le fait qu'au lieu de rajouter de la déflation à la récession, il serait plus opportun de négocier avec Bruxelles et Angela Merkel un report de deux ans de l'objectif de 3 %. Tant pour la France que pour d'autres pays, notamment d'Europe du Sud. Un marchandage qui pourrait se faire en échange d'un calendrier précis concernant un certain nombre de réformes structurelles. Mais compte tenu des portes fermées par Jean-Marc Ayrault lors de la grande conférence sociale sur l'Acte II de la réforme du marché du travail, une telle négociation n'est pas encore dans l'air du temps. Mais il n'est pas exclu qu'elle le redevienne. Contrairement à l'idée que les médias répandent : le fait que la moitié des pays de la zone Euro empruntent désormais à des taux négatifs est bien le signe avancé d'une déflation. Signe auquel il faut ajouter le rétrécissement marqué des crédits bancaires, le "deleveraging" des établissements financiers, et la perspective d'une CSG qui viendrait amputer le pouvoir d'achat d'au moins 5 à 10 % au cours des quatre années qui viennent, si l'on en croit l'économiste Philippe Aghion, très proche de François Hollande. DECEPTION A L'EGARD DE JUPPE Dans ce contexte, les effets de manche d'Arnaud Montebourg tant à l'égard de Philippe Varin - qui a fait un sans-faute en matière de communication - que de la famille Peugeot relèvent de Don Quichotte dans un théâtre d'ombres. Le Ministre du redressement productif sait très bien que "le roi est nu". Mais sa seule raison d'être est de faire croire qu'il peut faire évoluer les évènements. Tout au plus obtiendra-t-il de PSA-Peugeot-Citroën une sécurisation du plan d'accompagnement des salariés licenciés. Mais Aulnay fermera bien, en dépit de toutes les rodomontades. De la même manière que Sergio Marchionne se pose la même question à propos d'une seconde usine Fiat dans la péninsule. L'opposition, qui n'a pas brillé par ses prises de position dans cette affaire d'Aulnay, comme il y a une dizaine d'années, dans le dossier Lu (groupe Danone) est toujours en prise avec ses luttes intestines. Fort d'une importante popularité, François Fillon engrange les ralliements et ne juge pas utile de faire campagne. Alors que Jean-François Copé, qui ne s'est toujours pas déclaré, multiplie ses déplacements dans les fédérations. Comme WanSquare le laissait envisager la semaine passée, Nathalie Kosciusko-Morizet pousse ses pions et, après avoir créé son propre mouvement "la France droite" s'est déclarée candidate à la présidence de l'UMP. La député de l'Essonne ne cache pas sa déception face à l'inertie d'Alain Juppé, qui avait une bonne occasion de jouer un rôle et de remettre l'UMP dans la bataille. LES DOSSIERS CHAUDS DE JOUYET Du côté des affaires, les investisseurs attendent maintenant les résultats semestriels, avec pour l'instant quelques indicateurs plutôt meilleurs que prévu en provenance de Publicis ou d'Hermès. Mais les scénarii bearish se multiplient de la part des analystes qui ne voient aucune raison pour que les marchés reprennent du poil de la bête. Le récent repli du Nasdaq qui avait fait bonne figure depuis quelques mois, apporte de l'eau à leur moulin. La seule bonne nouvelle est la baisse de l'euro qui devrait passer rapidement sous la barre des 1,20 dollars. Ce qui devrait donner un peu d'air à la compétitivité des entreprises européennes. Mais à un moment où la Chine et les Etats-Unis sont moins acheteurs de biens d'équipement. Maintenant que le décret de nomination est paru au Journal Officiel, Jean-Pierre Jouyet devrait enfin s'installer dans le grand bureau de la Caisse des Dépôts qui domine la Seine et offre le Louvre comme ligne d'horizon. Avec plusieurs dossiers à régler d'urgence : la cession de Transdev par Veolia et la montée au capital de la Caisse aux côtés du fonds Cube, le financement des collectivités locales qui crient toutes misère, les contours de la future banque publique d'investissement qui va regrouper quelques beaux morceaux de la Caisse et la réforme du Livret A. Sans compter la nomination du futur directeur général de la CNP !