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Yves de Kerdrel

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Quand les inquiétudes économiques s'ajoutent aux craintes sur l'efficacité du plan de rigueur du nouveau gouvernement
par Yves de Kerdrel

Si le plan de rigueur est, pour l'instant, bien accueilli par les marchés, les agences de notation et l'opinion, il risque d'être vite dépassé à cause de la chute des recettes fiscales liée à la forte dégradation de la conjoncture économique. Ce qui laisserait Jean-Marc Ayrault sans munition pour atteindre l'objectif d'un déficit budgétaire de 3 % en 2013.
08/07/2012 - 07:26 Temps Lecture 6 mn.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Jean-Marc Ayrault n'a pas fait un tabac - notamment chez ses amis - avec sa déclaration de politique générale. Bien sûr, celle-ci avait été précisément relue à l'Elysée. Bien sûr, il a été chaleureusement applaudi sur les rangs socialistes. Bien sûr, il a facilement obtenu la confiance de l'Assemblée Nationale. Mais une fois sortis du Palais Bourbon, les parlementaires regrettaient le manque de souffle du Premier Ministre, son côté très scolaire, et finalement bien peu visionnaire s'agissant d'une déclaration qui doit "embrasser" l'ensemble d'un quinquennat. Quant au plan de rigueur, il est pour le moment "bien accepté" par les marchés d'abord, par l'opinion ensuite, comme le montrent les sondages, et même par les chefs d'entreprises qui y voient un signe de "retour à la réalité" des socialistes. De très nombreux patrons du CAC 40 s'étaient déplacés cette semaine au dîner de la Revue des Deux Mondes où Michel Sapin a longuement défendu ce plan de redressement "des finances publiques". Leur sentiment général était plutôt positif. EN ATTENDANT LE VERDICT DU FMI En revanche tous sont très inquiets de la dégradation de la conjoncture économique et de la vitesse avec laquelle les indicateurs virent au noir. Il faut dire que le discours de Mario Draghi, le président de la BCE, jeudi dernier, destiné à expliquer sa baisse des taux, ne comportait aucun élément optimiste ou rassurant pour les six mois à venir. Le seul fait qu'il ait longuement expliqué en quoi consistait une "déflation" a jeté un froid auprès des investisseurs. Et le lendemain, nouvelle douche froide avec la publication d'un taux de chômage décevant aux Etats-Unis, même s'il est sans surprise compte tenu de la détérioration de l'indice ISM manufacturier. Tout cela laisse à penser que le FMI va être amené à réviser assez nettement et rapidement à la baisse ses prévisions de croissance. A commencer par la zone Euro. Et c'est là où réside le principal problème du plan de rigueur présenté cette semaine par le gouvernement. C'est qu'il risque d'être démodé et très insuffisant à l'horizon de trois mois. ETE AGITE SUR LES MARCHES D'autant que sur le front des dettes souveraines, après une semaine de répit, la tension est revenue sur les taux espagnols et italiens. Les effets positifs du sommet européen n'auront donc été que de courte durée. Ce qui justifie à nouveau les craintes de tous ceux qui redoutent un été très turbulent sur les marchés financiers. Avec notamment un effet boomerang sur le secteur de la grande consommation, de la distribution, de l'agro-alimentaire, voire du luxe. Dans ce contexte, la droite demeure aux abonnés absents, en se contentant de s'opposer de manière systématique, et en cherchant qui soutient François Fillon et qui soutient Jean-François Copé. Sans compter "les boules puantes" ou les "les états d'âme" tardifs d'une Roselyne Bachelot, d'une Chantal Jouanno ou d'un Patrick Buisson. Dans ces conditions, Xavier Bertrand, qui est très populaire au sein des principales fédérations de province, pourrait bien finir par tirer les marrons du feu, si cette guerre des chefs devait perdurer et s'amplifier C'est ce qui justifie sa montée au créneau en fin de semaine à l'occasion d'une interview aux Echos. UN MALUS POUR LES LICENCIEMENTS BOURSIERS Le principal évènement de la semaine à venir va résider dans la grande conférence sociale qui se tiendra demain et mardi au Palais d'Iena, sous la forme de sept tables-rondes animées par des modérateurs. Y seront abordées les grandes préoccupations du moment, avec bien sûr tout ce qui touche à l'emploi, mais aussi le financement de la protection sociale ou les conditions de licenciements. C'est François Hollande qui ouvira ces deux journées avant de s'éclipser pour un déplacement éclair en Grande-Bretagne. Devant l'avalanche de plans sociaux en gestation, le gouvernement souhaiterait proposer un donnant-donnant aux entreprises avec beaucoup plus de rapidité dans le traitement et l'exécution des plans de sauvegarde de l'emploi en échange d'une sorte de malus financier pour les plans qui concernent des entreprises bénéficiaires et qui seraient montrées du doigt comme pratiquant des "licenciements boursiers". L'autre évènement de la semaine, lui aussi social, va être la tenue du Comité central d'entreprise de PSA-Peugeot-Citroën (le 12 juillet) avec l'annonce de la probable fermeture de l'usine d'Aulnay qui tourne au ralenti. Un conseil de surveillance - auquel ne participe pas l'actionnaire General Motors - doit se réunir au préalable afin d'apprécier le plan proposé par Philippe Varin. Le président du directoire du constructeur, qui a fait l'objet de beaucoup de rumeurs et de manoeuvres de déstabilisation au cours des derniers jours (de la part des pouvoirs publics) a reçu le soutien de la famille Peugeot. Surtout il constitue toujours un tandem très étroit avec Thierry Peugeot, le président du conseil de surveillance, à la différence de ce qui se passait avec Christian Streiff. L'agitation est toujours de mise autour de Vivendi où aucun courrier n'est venu en provenance de Bolloré indiquant qu'il détenait plus de 3 % du capital, exception faite des 22 millions de titres qu'il recevra lors de la cession de Direct 8 à Canal +. Thierry Breton aurait eu effectivement des contacts très préliminaires avec Claude Bébéar et Jean-René Fourtou, tous deux au board de Vivendi. Mais le conseil n'a pas encore tranché le fait de savoir s'il se mettait à chercher un successeur à Jean-Bernard Lévy dés maintenant ou s'il commençait par mettre en vente SFR. Enfin du côté des entreprises publiques le calme règne, dans la mesure où la plupart des responsables - à commencer par Henri Proglio - ont reçu des assurances très claires sur le fait qu'ils resteraient tous en poste - sauf évènement grave - jusqu'à l'échéance de leur mandat actuel. En outre la prochaine publication du décret "plafonnant" les rémunérations de ces mandataires sociaux a calmé les velléités de certains affidés de la nouvelle majorité, qui se seraient bien vus récompenser de leurs services, par la nomination à la tête d'une entreprise publique. P.S. : ne ratez pas, à partir du lundi 16 juillet, la publication quotidienne sur WanSquare, de notre feuilleton estival sur "les coulisses de la Hollandie" écrit par Georges Valance. Il est encore temps de vous abonner par mail (ademontalembert@wansquare.com) ou par téléphone au : 01 57 08 66 67, et de rejoindre ainsi la communauté du premier français site d'intelligence financière.
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