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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Ayrault mal à l'aise face à l'équation de la dépense publique
par Yves de Kerdrel

Semaine cruciale sur le front budgétaire avec la remise de l'audit de la Cour des Comptes, la déclaration de politique générale du Premier Ministre et la finalisation du collectif budgétaire. Au moment précis où la conjoncture accélère sa dégradation avec deux indicateurs importants à surveiller, cette semaine, l'ISM manufacturier américain et le taux de chômage outre-Atlantique.
01/07/2012 - 05:11 Temps Lecture 7 mn.
C'est cette semaine que les choses sérieuses commencent sur le front budgétaire. Avec dès demain, la remise par Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes, Raoul Briet, président de la formation "Exécution du budget et comptes de l'Etat" et Denis Morin, rapporteur général de cette même formation, du rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. Un rapport qui comprend l'audit sur les finances publiques demandé par le Premier ministre, le 18 mai dernier, afin d'évaluer la situation actuelle "des comptes budgétaires et les risques pesant sur la réalisation des objectifs de finances publiques pour 2012 et 2013." Dans l'entourage de Jérôme Cahuzac, le Ministre délégué, chargé du budget, on s'attend à ce que cet audit fasse état d'une insuffisance de ressources d'au moins 10 milliards d'euros pour boucler le budget 2012, et d'un autre "trou" de 23 à 24 milliards afin d'atteindre l'objectif d'un déficit budgétaire de 3 % en 2013. Reste à savoir, bien sûr, ce qui, dans ces insuffisances, relève de la dégradation de la conjoncture et donc de la baisse des recettes fiscales et d'une éventuelle "impéritie" du précédent gouvernement. PARANGON DE VERTU COMPTABLE Bien sûr la dramatisation de ce "trou" sert les intérêts du nouveau gouvernement afin de faire passer, dans la loi de finances rectificative, un maximum de décisions désagréables et difficiles. Qu'il s'agisse du relèvement du barème de l'ISF, de la modification des abattements sur les successions, de la suppression de l'exonération concernant les heures supplémentaires (une mesure très discutée, a tel point qu'elle ne s'appliquerait pas aux TPE) ou de la taxe exceptionnelle sur les sociétés pétrolières. A cela s'ajoute le gel de un milliard d'euros de dépenses publiques sur l'année 2012. C'est-à-dire que, les gouvernements changent de couleur, mais les plans de rigueur restent toujours marqués par un déséquilibre flagrant entre les hausses d'impôts et la maitrise de la dépense publique. C'est à la fois parce que Didier Migaud devrait largement insister demain sur cette dépense publique excessive en France, et parce que François Hollande voulait apparaître comme un "parangon de vertu comptable" avant le sommet européen, que le Premier Ministre a annoncé jeudi soir que les dépenses de fonctionnement des ministères seraient réduites de 7 % en 2013, puis de 4 % les deux années suivantes. Dans la foulée il a confirmé la diminution de 2,5 % du nombre de fonctionnaires (sauf pour les trois ministères sanctuarisés). Une mesure que François Hollande démentait encore, une semaine plus tôt, depuis le sommet du G 20. Tous ces efforts sont louables, mais les dépenses de fonctionnement des ministères, représentent moins de 7 % du budget de l'Etat ! L'UMP TENTEE PAR LA BALKANISATION Il reste que François Hollande profite toujours allègrement de l'absence d'opposition et des divisions qui minent l'UMP avec la guerre qui oppose Jean-François Copé et François Fillon. Ce dernier, après avoir enregistré de nombreux ralliements, s'est enfin officiellement déclaré candidat à prendre la tête du Parti. Il a anticipé son annonce, profitant, de l'intervention de Jean-François Copé, ce soir au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, qui, de son côté, continue de capitaliser sur les parlementaires et sur l'appareil. Quant à Alain Juppé, il prépare lui aussi une candidature de "pacification", en arguant que le prochain patron de l'UMP ne pourra pas être candidat aux présidentielles de 2017. Par ailleurs la droite est entrée inévitablement dans "une période de deuil" après la double défaite électorale qui conduit certains à demander des règlements de compte, à exiger des droits d'inventaire ou à désigner à la vindicte la ligne "droitière" défendue par Patrick Buisson. Ce climat délétère fait les affaires de François Fillon, mais pas celles de l'UMP qui risque de se fragiliser, voire de se balkaniser. Ce que Nicolas Sarkozy observe avec détachement. Il rencontre beaucoup d'interlocuteurs dans ses bureaux de la Rue de Miromesnil, notamment des dirigeants de grands groupes, auxquels il confie son désir de "faire du business" comme avocat. Il aurait même commencé à prospecter pour établir des locaux professionnels à Bruxelles... VERS UN ETE A RISQUES Le sommet européen a été naturellement salué par les marchés, parce qu'il n'y a pas eu d'éclat de voix ni de blocage. Mais ce serait bien exagéré de croire que cette réunion bruxelloise a tout réglé. D'abord parce que l'intervention du MES en faveur de banques en difficulté est sujette à une litanie de conditions posées par l'Allemagne. Ensuite parce que les moyens d'action de ce MES restent modestes à l'aune du paysage bancaire européen. Enfin parce que laisser entendre que le FESF rachètera les titres italiens ou espagnols qui ne trouveront pas preneurs, n'est pas forcément un signe de vigueur adéquat à destination de la spéculation. Reste aussi la ratification du pacte budgétaire par les députés socialistes en France. La partie ne s'annonce pas aussi facile que François Hollande le laisse imaginer. C'est dire si la plupart des dirigeants d'établissements financiers ou de banques s'attendent à un été aussi "chaud" sur les marchés que l'an passé. D'autant qu'à tous ces aléas s'ajoutent les incertitudes sur l'évolution de la conjoncture. Ce qui risque de se voir de manière très crue dés demain avec la publication de l'ISM manufacturier américain pour le mois de juin attendu en baisse et vendredi prochain, avec le taux de chômage, toujours pour les Etats-Unis, qui risque de semer le trouble auprès des investisseurs. Face à ces deux indicateurs, une éventuelle baisse des taux de la BCE pourrait apparaître comme un simple non-évènement auprès des opérateurs. L'INCONNUE VIVENDI Comme prévu, le processus de nomination de Jean-Pierre Jouyet à la tête de la Caisse des Dépôts a démarré au moment précis où il rendait public le rapport annuel de l'Autorité des Marchés Financiers - institution à laquelle il rendu tout son crédit - dans une période bien troublée. Si tout se passe comme une lettre à la poste, concernant ses auditions devant les deux Commissions des Finances et l'examen de son dossier par la Commission de Déontologie, c'est le conseil des Ministres du 18 juillet prochain qui devrait le désigner. Après quoi il entend bien poursuivre le tandem qui existait jusque-là entre le directeur général de la Maison de la Rue de Lille et son numéro deux : Antoine Gosset-Grainville. Un tandem, signe d'équilibre précieux pour contrebalancer sa proximité avec le Président de la République. Quant à sa succession à la présidence de l'AMF, aucun nom crédible ne circule pour le moment. L'autre grand dossier du moment, c'est évidemment l'affaire Vivendi, avec le départ de Jean-Bernard Lévy qui survient au moment précis où SFR devait rendre public un plan d'économies. C'est dire dans quel état d'incertitude et de tourments se retrouve plongé ce groupe. D'aucuns s'interrogent même sur les problèmes de gouvernance que soulève un tel "cas d'école" avec un changement de stratégie à la clé décidé sans en référer aux actionnaires - sauf peut-être à Vincent Bolloré - avec une probable scission et in fine une priorité donnée sur le court terme aux dépens de l'équilibre des activités et des risques... PS : compte tenu du succès rencontré par notre offre d'abonnement (avec un iPad 3 offert pour 1 euro), celle-ci est exceptionnellement prolongée de quelques jours.
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