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Yves de Kerdrel
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Le gouvernement s'attend à une rentrée difficile sur les fronts de l'euro, de la conjoncture, des fonctionnaires et de la Syrie
par Yves de Kerdrel
Si la période estivale a été calme du côté des marchés financiers, la plupart des problèmes de fond subsistent : qu'il s'agisse de la conjoncture avec un chômage grandissant et l'attente de nouveaux plans sociaux, qu'il s'agisse de la gouvernance de la zone euro, et qu'il s'agisse des grands dossiers régaliens : notamment la gestion de la crise syrienne.
19/08/2012 - 07:59
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C'est finalement ce week-end, voire même dans la journée de lundi que François Hollande va réintégrer le Palais de l'Elysée après trois petites semaines de vacances au Fort de Brégançon. Le Président de la République, qui avait emmené dans ses bagages, le très bon livre de Guillaume Poitrinal, patron d'Unibail, "la France malade de son temps" a donc décidé pour ce premier été de "donner du temps au temps". Même s'il a beaucoup consulté, notamment trois ministres principaux : Laurent Fabius sur la gestion de la crise syrienne, Manuel Valls sur l'affaire des Roms, et Jérôme Cahuzac pour tout ce qui concerne la préparation du projet de loi de finances. Par ailleurs il est resté en contact étroit avec Jean-Marc Ayrault, pour préparer le calendrier de rentrée du gouvernement.
Selon les informations de WanSquare, les deux têtes de l'exécutif devraient déjeuner ensemble dès mardi afin de mettre de l'ordre dans les principaux dossiers de la rentrée, et tenter de "prioriser" les projets de loi. Pour l'heure une chose est certaine : la convocation d'une courte session extraordinaire à l'occasion de la dernière semaine de septembre, afin de ratifier le pacte budgétaire. François Hollande veut aller vite sur ce dossier d'autant plus que pour l'heure seuls sept pays sur douze ont transposé dans leur droit ce pacte conclu au début du mois de mars. Et l'Allemagne est à la peine sur ce dossier avec la double saisine de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Autant dire qu'à l'instar de l'année dernière, "le temps des marchés" risque de se confronter avec "le temps de la démocratie" et surtout avec des opinions publiques de plus en plus divisées sur la question européenne.
L'ENIGME AGHION - LAROSIERE
C'est pour cette raison que le premier rendez-vous important de cette rentrée pour François Hollande va résider dans un déplacement à Berlin, dés jeudi prochain, afin de faire le point avec Angela Merkel sur la gestion de la crise de l'euro, tout en évoquant aussi le dossier syrien. Dans ce contexte, la publication par Le Monde, à la veille de ce week-end, d'une tribune co-signée par Philippe Aghion, l'économiste préféré de François Hollande, et Jacques de Larosière, ancien patron du FMI, et représentant l'establishment financier traditionnel, a quelque peu intrigué les initiés. Cet article prêche "en creux" pour un étalement des objectifs de réduction du déficit budgétaire, afin de s'adapter à une conjoncture qui dérape totalement. Les deux auteurs, connus pour leur pondération, estiment à 8 milliards d'euros le manque-à-gagner de recettes fiscales pour 2013, en dépit des mesures que prévoit de prendre le gouvernement. Sans compter un accroissement du chômage et donc une dérive des comptes sociaux.
De là à ce que cet article ait été inspiré par l'Elysée, il n'y a qu'un pas que beaucoup d'économistes n'ont pas hésité à franchir, voyant dans cette tribune l'avertissement à une possible déflation dont Aquilino Morelle ou Emmanuel Macron n'hésitent pas à alerter le Président de la République. Le problème consiste à expliquer que le gouvernement entend rester rigoureux sur la trajectoire des comptes publics, vis-à-vis de Bruxelles et de Berlin, mais que des réformes de structures sont peut-être plus urgentes que le respect d'un strict objectif de 3 % du déficit budgétaire en 2013. Exercice compliqué à quelques semaines du vote sur le pacte budgétaire, et alors que François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici s'accrochent depuis le 6 mai à ce 3 % pour justifier certaines mesures de rigueur, impopulaires chez leurs amis.
COPE CANDIDAT DANS UNE SEMAINE
A droite, la bataille des parrainages bat son plein. Avec d'un côté Christian Estrosi qui semble récolter bon nombre de soutiens et qui s'apprête à réunir en fin de semaine, sur ses terres, l'association des amis de Nicolas Sarkozy. Avec d'un autre côté Bruno Le Maire qui peine franchement. De même que Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce qui l'a amenée à relancer haut et fort l'hypothèse d'une candidature Juppé, afin d'échapper au combat de coqs entre François Fillon et Jean-François Copé. De son côté, Xavier Bertrand travaille dans l'ombre, à Paris notamment et dans certaines fédérations qu'il a visitées pendant cet été à la place de ses traditionnelles vacances en Balagne. Resté très proche de Nicolas Sarkozy, qu'il a au téléphone, plusieurs fois par semaine, il pourrait, le cas échéant, négocier cher son ralliement au camp Copé, comme au camp Fillon. Encore faut-il que Jean-François Copé se déclare officiellement candidat. Ce qui pourrait être le cas, selon les informations de WanSquare, dimanche prochain, à l'occasion d'une journée en province avec les militants. Une manière, de rattraper le retard que les sondages font ressortir sur les intentions de vote en faveur de François Fillon.
Il reste que l'UMP va se présenter à nouveau, d'ici six semaines, devant les autres parlementaires sans idées nouvelles, sans corpus doctrinal, sans même une ligne claire d'opposition au gouvernement, trop occupée qu'elle est à préparer son congrès de novembre. Dans ces conditions le principal "caillou dans la chaussure" de François Hollande pourrait résider dans les syndicats, notamment ceux qui sont les plus représentés au sein de la fonction publique, comme Force Ouvrière. Dans une récente interview, Jean-Claude Mailly, s'il a éludé la question d'un mouvement social de grande ampleur, a tout de même critiqué vivement le gouvernement sur la question du pouvoir d'achat, et a laissé le suspense entier en déclarant qu'il attendait des éclaircissements. Une forme de mise en demeure, au moment où les ministères s'apprêtent à rogner leurs budgets et surtout leurs effectifs. Et un avertissement à prendre plus au sérieux que celui tenu ce matin par Jean-Luc Mélenchon dans le Journal du Dimanche.
VEOLIA SE RETIRE UN PEU PLUS DU MAROC
Du côté de l'actualité économique, l'heure est toujours à surveiller "l'arrivée de la récession". Si la France l'a évitée au deuxième trimestre, uniquement grâce au hasard des arrondis et de la statistique (-0,04 % pour le PIB, ce qui est compté pour 0 %), la zone Euro est encore sur le fil du rasoir, en dépit d'une Allemagne qui reste vigoureuse. Mais le fait nouveau, c'est que l'Europe n'est pas la seule à ralentir. Les Etats-Unis aussi. Les indicateurs avancés ont rechuté en août, tandis que le ratio stocks sur ventes est remonté nettement en juin. Surtout, la production chinoise, dont la publication des chiffres de mai avait été différée, confirme un ralentissement important de l'économie. Enfin le Brésil a annoncé un plan important visant à stimuler l'économie, qui a créé la surprise. Il faut dire que les brésiliens se plaignent de la remontée du dollar qui gêne leurs exportations.
Le monde patronal a été très secoué à la veille de ce week-end par l'annonce du décès brutal de Patrick Ricard. Une disparition qui va sans doute précipiter la montée en puissance de son neveu Alexandre Ricard au sein du groupe, et du conseil d'administration. En revanche les informations de presse faisant état d'un possible remplacement d'Henri Proglio par Guillaume Pepy ont été vite démenties à la fois par l'Elysée et par Matignon. Même le patron de la SNCF y est allé de son "couplet" alors que nul n'ignore son activisme dans les cabinets ministériels et auprès de François Hollande pour prendre les commandes de l'électricien français.
Puisque les opérations de fusions et acquisitions restent au point mort, ce sont les dossiers de restructuration qui font l'actualité. Il est désormais question d'un projet de cession de GVT, la très profitable filiale brésilienne de Vivendi, après que Jean-René Fourtou a été déçu du peu d'appétit suscité par la mise en vente "informelle" d'Activision. Par ailleurs, après le transport et la gestion des déchets à Rabat, Veolia serait sur le point de se désengager de la gestion déléguée des services d'assainissement et de distribution d'eau potable et d'électricité (Redal à Rabat et Amendis à Tanger et Tétouan) au Maroc. Selon les informations de WanSquare le groupe serait sur le point de céder ses parts dans la holding qui gère les deux entités au fonds d'investissement britannique Actis.
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