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Yves de Kerdrel
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L'initiative fiscale de Jean-Marc Ayrault est diversement appréciée et pourrait bien tourner court
par Yves de Kerdrel
En proposant en début de semaine une grande réforme de la fiscalité qui passe notamment par une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, le Premier Ministre a voulu desserrer l'étau qui le privait de toute capacité d'action. Mais il se heurte à Pierre Moscovici et risque de se voir bridé par l'opinion publique.
24/11/2013 - 07:47
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C'est dans le pus grand secret que Jean-Marc Ayrault a préparé son projet de remise à plat de toute la fiscalité française. Il en a parlé au Président de a République dimanche dernier juste avant que celui-ci parte en Israël. Ce n'est que la veille de son interview aux Échos qu'il a prévenu Pierre Moscovici par téléphone, à l'occasion d'une conversation qui ne s'est pas bien passée. Pour le locataire de Matignon, le but était de reprendre la main alors que la situation sociale et politique était telle que tout Paris ne parlait que d'un éventuel remaniement.
Dans un premier temps cette initiative a eu pour effet immédiat de ressouder le Parti Socialiste, les Verts et les radicaux de gauche. Elle a satisfait les partenaires sociaux qui avaient besoin d'être remis en selle. Il reste que l'exercice qu'il s'est donné de faire est d'une très grande complexité. D'abord à cause des normes fiscales françaises. Ensuite à cause de la très grande hostilité de Bercy. Enfin en raison de la difficulté de parler du mot "impôt" par les temps qui courent. Sauf à ce que cette réforme fasse plus de gagnants que de perdants. Ce qui passera par une sur-fiscalisation des plus aisés, difficilement supportable aujourd'hui ou bien par des cadeaux fiscaux, difficilement envisageables en raison de la situation budgétaire.
UN EXERCICE TRES COMPLEXE
Pierre Moscovici a profité d'une réunion de l'Eurogroupe, vendredi à Bruxelles, pour régler quelques comptes avec le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Le ministre de l'économie a d'abord tenu à s'afficher aux côtés de son directeur du Trésor, Ramon Fernandez, donné sur le départ en raison d'une vaste réorganisation de Bercy esquissée par Matignon. Il a rendu un hommage appuyé à son bras droit à Bercy, qui n'a, au plus fort de la crise des dettes, raté aucun de ses déplacements bruxellois. Mais le ministre de l'économie a dans le même temps laissé entendre qu'un changement était possible, à condition de ne pas être annoncé par voie de presse. C'est François Villeroy de Galhau, ancien directeur de cabinet de DSK à Bercy, actuellement en poste chez BNP Paribas, qui prendrait la prestigieuse Direction du Trésor.
Un peu plus tôt, l'Eurogroupe venait de rappeler, par ailleurs, dans un communiqué longuement débattu, que la France devait, comme les Pays-Bas ou la Slovénie, mettre en ?uvre "rigoureusement" ses projets budgétaires afin d'éviter toute dérive de ses comptes. "Comme le dit la Commission, il n'y pas de marge de man?uvre" en France, a commenté le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, d'ordinaire très prudent sur la deuxième économie de la zone euro. "Ce qui a été décidé à Paris jusqu'ici n'est clairement pas suffisant. Il est évident que la France doit faire davantage", avait indiqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avant même la réunion, dans un entretien à plusieurs journaux européens.
LA NOUVELLE LIGNE SARKO
Face à la pression de ses pairs, Pierre Moscovici s'est d'ailleurs engagé à corriger toute déviation des comptes français pour tenir l'objectif des 3 % en 2015, à l'issue des deux ans de délais accordés en juillet par l'Eurogroupe. Un objectif qu'il entend atteindre pour l'essentiel par le biais d'une réduction des dépenses publiques, sans alourdir davantage le niveau record de la fiscalité en France. Voilà qui devrait rendre encore plus complexe le débat sur la réforme fiscale promise par Jean-Marc Ayrault. D'autant plus que depuis cette semaine on sait qu'il manquera dans les caisses au moins 5,5 milliards d'euros de recettes fiscales. Ce qui correspond à 0,2 à 0,3 points de PIB.
Du côté de l'opposition, le front reste très calme. Surtout depuis que François Fillon a choisi de ne plus apparaître. La dernière "carte postale" envoyée au microcosme politique par Nicolas Sarkozy à cause de sa longue plaidoirie pour une politique en faveur de l'ouverture, à l'occasion d'un colloque autour de l'?uvre de Jacques Chaban-Delmas. Il semble que l'ancien Président de la République cherche aujourd'hui à se démarquer de la fameuse ligne Buisson. C'était le v?u d'Alain Minc. C'est aussi celui de Pierre Giacometti qu'il voit de plus en plus souvent et d'autres visiteurs du soir.
COPE PARIE SUR LES MUNICIPALES
Le rejet massif de l'exécutif devrait profiter mécaniquement au principal parti d'opposition. Il n'en est rien. L'UMP ne capitalise pas sur la très forte défiance à l'égard de François Hollande car elle n'apparaît pas encore comme une force d'alternance crédible. 74 % des Français pensent que l'UMP ne ferait pas mieux que la gauche au pouvoir. Si la droite reste peu attractive, c'est d'abord parce qu'elle n'a plus de chef identifié. Aucun ténor ne dispose de la légitimité nécessaire pour incarner l'opposition. Même s'il se donne beaucoup de mal, Jean-François Copé est encore trop contesté en interne pour jouer ce rôle. François Fillon, Alain Juppé et les quadras n'ont pas non plus l'autorité suffisante pour prétendre représenter l'ensemble du parti. Résultat : les militants se sentent abandonnés et ne savent plus derrière quel chef se ranger.
Le temps reste, dans ces conditions, le principal motif d'espoir de l'UMP, qui a encore trois ans pour bâtir un projet convaincant. Les scrutins intermédiaires, notamment les municipales de 2014, devraient permettre à la droite de reprendre des couleurs. Et dans ce cas, c'est Jean-François Copé, seul qui en récoltera les fruits. Il reste que la guerre des chefs risque de durer jusqu'à la primaire de 2016.
RECORD DU DOW JONES
Sur le plan social, il est intéressant de noter que Force ouvrière ne se joindra pas au front syndical uni que veulent réunir, demain, la CGT et la CFDT. Jean-Claude Mailly, secrétaire général du syndicat, a justifié son refus, expliquant qu'il ne croyait pas "aux choses artificielles". Jeudi, Laurent Berger et Thierry Lepaon, responsables de la CFDT et de la CGT, avaient appelé l'ensemble des syndicats à se réunir le 25 novembre au siège de la CFDT pour évoquer "la gravité de la situation" du pays et "échanger sur les moyens d'y remédier". Les contacts s'étaient multipliés la semaine dernière entre les numéros un des grands syndicats pour contrer les mouvements anti-impôts, notamment celui des "bonnets rouges", qu'ils jugent "populistes". Les centrales ne se sont ainsi plus réunies en intersyndicale depuis l'importante contestation à la précédente réforme des retraites de 2010, où seule FO, qui fait traditionnellement cavalier seul, avait manqué à l'appel.
Du côté des marchés financiers, la tendance reste très positive. Y compris après la publication des minutes de la Fed témoignant de l'embarras du banquier central américain. Aux États-Unis et en Europe, les acheteurs sont à la manoeuvre. Et ils marquent des points. Cette semaine, pour la première fois de son histoire, le Dow Jones a clôturé au-dessus de la barre symbolique des 16 000 points. Depuis le début de l'année, l'indice des valeurs industrielles américaines s'est apprécié de 22,59 %. Le S&P 500 n'est pas en reste, avec une progression depuis le 1er janvier de 26,54 %.
COTATIONS REUSSIES A PARIS
Bien sûr tout le monde se demande si cette phase d'euphorie peut se prolonger, alors que la Fed va finir par durcir sa politique monétaire et que le Dow Jones affiche une progression de 144 % par rapport à son point bas de mars 2009 et de 36 % par rapport à son pic de l'année 2000. Tout est entre les mains de Janet Yellen. La confirmation cette semaine par la commission bancaire du Sénat de sa future nomination à la tête de la Fed est appréhendée par les investisseurs comme un soutien à la poursuite d'une politique accommodante.
Le CAC 40, même s'il a progressé depuis le début de l'année de 17,51 %, reste encore très en deçà de son sommet atteint en septembre 2000, soit 6 944 points. Mais l'un des signes les plus positifs de ces dernières semaines, c'est la multiplication des premières cotations. Après Blue Solutions et Numericable, Tarkett, le numéro trois mondial des revêtements de sol, a fait ses premiers pas en Bourse. Au total, les investisseurs du monde entier ont misé plus de 1,3 milliard d'euros sur les trois nouvelles recrues de la Bourse. Pas encore des sommets, mais pour la Place de Paris, c'est un vrai soulagement après des années de disette.
LE PLUS FROS DEPOT DE BILAN
D'ores et déjà, de nombreux groupes ont affiché leur intention de coter, en 2014, une filiale ou une division. BPCE souhaite mettre en Bourse l'assureur-crédit Coface au premier semestre, tandis qu'Atos compte introduire le spécialiste des paiements Atos Worldline. Par ailleurs Vivendi planche sur une scission de l'opérateur télécoms SFR et l'américain Ice qui vient de mettre la main sur Nyse Euronext a promis de remettre sur le marché la Bourse pan-européenne. L'armateur CMA-CGM est aussi cité comme un possible candidat à la Bourse. Tout comme GTT, le spécialiste des membranes pour méthaniers, détenu par GDF Suez (40 %), Total (30 %) et le fonds Hellman & Friedman (30 %) qui pourrait ouvrir le bal en mars.
La principale ombre au tableau sur le plan micro-économique, c'est l'annonce du dépôt de bilan de Mory Ducros, entreprise de transport employant quelque 5 000 salariés, en dépôt de bilan. D'après le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, mobilisé sur ce dossier, de potentiels repreneurs ont manifesté leur intérêt sans qu'aucune proposition n'ait été exprimée. Il s'agit d'un des plus gros dépôts de bilan enregistrés depuis le début du quinquennat de François Hollande et l'un des plus importants qu'ait jamais connus la France depuis la faillite de Moulinex en 2001.
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