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Et si la défiance des marchés s'ajoutait à celle du peuple ?
par Yves de Kerdrel

Jusqu'à présent François Hollande était protégé par le faible niveau des taux d'intérêt dû au parapluie allemand. Mais la dégradation de la note de la France pourrait changer la donne, d'autant plus qu'elle est basée sur le contexte politique de l'hexagone
10/11/2013 - 07:28 Temps Lecture 11 mn.
Pour certains la France est au bord d'une crise de régime avec deux issues possibles : la dissolution ou le remaniement. Pour d'autres la force des institutions peut permettre à un président très impopulaire de continuer à gouverner en dépit de la montée des contestations et de la défiance du peuple. Comme le souligne un proche du Président, le problème serait qu'à cette impopularité record s'ajoute une défiance des investisseurs alors que jusqu'à présent les taux d'intérêt sont restés pus bas que ceux du Canada ou même de la Suède. C'est tout le problème de la dégradation de la note française annoncée vendredi matin par Standard & Poor's. Car aux critères classiques de la prestigieuse agence de notation basés sur le niveau d'endettement, celui de la croissance attendue et la réduction des dépenses publiques, on a vu apparaître cette fois un nouvel élément : la perte de confiance de l'opinion qui, selon S & P rend plus limitées les marges de man?uvres du gouvernement pour mener les réformes de structure dont la France a besoin. Pour l'heure les conséquences financières ne sont pas dramatiques dans la mesure où les taux à dix ans ont rejoint le niveau de la dette belge (elle aussi notée AA). Mais le communiqué de S & P grave dans le marbre l'incapacité de mouvement du gouvernement français. Et c'est ce que les investisseurs étrangers risquent de retenir au cours des semaines qui viennent. EMBARRAS A BERLIN Officiellement, le gouvernement allemand n'a pas commenté la nouvelle dégradation de la France. Mais son inquiétude est évidente. Il est clair que le gouvernement allemand attend de la France qu'elle mette en oeuvre les réformes que Paris dit appeler de ses voeux. Même si le gouvernement allemand n'entend pas critiquer ouvertement Paris à deux jours de la visite d'Angela Merkel dans la capitale française, prévue ce mardi. Ces derniers mois, lorsque l'Hexagone était critiqué sur les marchés, le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, trouvait toujours l'occasion de répéter que la France était encore un pays très puissant, et qu'il avait toute confiance dans la capacité du gouvernement français à mener les réformes nécessaires. Cette fois, rien de tel. La faiblesse politique de François Hollande est source d'inquiétudes manifestes. Berlin peut d'autant moins rester insensible à cette dégradation que l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé également d'un cran, de AA + à AA, la note du Fonds européen de stabilité financière (FESF), mis en place en 2010 pour aider les pays de la zone euro en difficulté financière. Cet abaissement, assorti d'une perspective stable, a été annoncé vendredi. Il est la conséquence directe de la dégradation de la note souveraine de la France, ramenée elle aussi de AA + à AA. Le FESF est désormais composé de pays dont la note la plus basse est AA et non AA +, comme c'était le cas jusqu'alors. NOUVEAU REPORT DE L'ECOTAXE Pour calmer les jacqueries qui s'installent partout dans le Pays, l'écotaxe serait finalement bien mise en place, mais sans doute pas avant l'été 2014. Selon les informations de WanSquare, le retrait de la mesure n'est pas envisagé par le gouvernement. Il souhaite laisser le temps aux esprits de s'apaiser, et aux échéances électorales (municipales et européennes) de passer. Et la date du 1er juillet 2014 serait désormais évoquée. Le gouvernement envisage de nouvelles concessions aux agriculteurs et patrons bretons. Ces derniers avaient déjà obtenu en 2011 de François Fillon un rabais de 40 % du montant de la taxe acquittée dans la région. Ils viennent, suite à leur action, de se voir garantir de nouvelles aides, pour un total de 1 milliard d'euros. Ce nouveau report devrait permettre au gouvernement de mieux communiquer autour de cette redevance infligée aux poids lourds, de son coût et de son usage. Sur le plan macro-économique le fait marquant de la semaine réside toujours dans la résilience de l'économie américaine. Alors que les économistes s'attendaient à un très mauvais mois d'octobre sur le front de l'emploi, les statistiques publiées vendredi par le département du travail ont révélé une forte augmentation des embauches. Malgré la crise budgétaire qui a paralysé l'administration américaine pendant les seize premiers jours du mois, 204 000 postes ont été créés dans le secteur privé non agricole, soit plus du double de ce qui était prévu. Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, les chiffres des deux mois précédents ont été révisés à la hausse. En septembre 163 000 emplois ont été créés contre 148 000 comptabilisés initialement et en août le chiffre a bondi de 193 000 à 238 000. Ces 60 000 postes supplémentaires, ajoutés à ceux du mois d'octobre, donnent une toute autre perspective du marché de l'emploi américain, qui est désormais sur une moyenne de 200 000 créations d'emplois par mois. LA SURPRISE DE DRAGHI Toute la question est de savoir si ces bons chiffres vont avoir pour effet d'accélérer le calendrier de la Banque centrale américaine. La Fed a annoncé avant l'été son intention de commencer à réduire ses injections de liquidités dans l'économie, dès qu'elle aurait suffisamment de certitudes sur la vigueur de la reprise. L'amélioration de la situation de l'emploi constitue l'un des principaux indicateurs suivis pour décider d'une diminution des 85 milliards de dollars (63,5 milliards d'euros) de rachats d'actifs (principalement des titres d'emprunts américains et des crédits hypothécaires) auxquels se livre la Banque centrale. Jusqu'à maintenant, la plupart des analystes ne s'attendaient pas à une décision avant le début de 2014. Parallèlement, les chiffres de la consommation restent décevants. Les dépenses des ménages en septembre n'ont augmenté que de 0,2 %. La lecture qu'on peut faire de la reprise reste donc encore trop contrastée pour en tirer des conclusions définitives, d'autant que si l'économie américaine montre des signes encourageants, c'est parce qu'elle reste sous la perfusion de la Fed. En revanche, de ce coté ci de l?Atlantique, Mario Draghi, le président de a BCE a créé la surprise en annonçant une baisse du taux directeur de 0,5 % à 0,25. La quasi-totalité des investisseurs pariaient en effet qu'il attendrait le mois de décembre avant d'agir. Il faut dire que l'institut de Francfort a beaucoup changé. Il n'a plus grand-chose à voir avec celui d'avant la crise. Il est plus pragmatique. Moins rigide. Cela tient à la personnalité de Mario Draghi. C'est aussi parce que toutes les grandes banques centrales ont adopté un nouveau paradigme. La crise les y a contraintes. Face à l'ampleur des dégâts, les outils traditionnels, en premier lieu les taux directeurs, se sont révélés insuffisants. UN MUR DE LA DETTE POUR PARIS Ce qui est certain, c'est que Paris ne va pas pouvoir lever le pied de sitôt sur les marchés. Alors que la note de la France vient d'être dégradée, le budget de 2014 prévoit encore un montant d'émission de dette de moyen et long terme de 174 milliards d'euros (net des rachats), ce qui place l'État français en deuxième position dans la zone euro, derrière l'Italie. Car si le déficit budgétaire se réduit, les montants à refinancer, c'est à dire les sommes à emprunter pour rembourser la vieille dette, restent très impressionnantes. Plus de 100 milliards l'an prochain et...plus de 140 milliards en 2015 ! Ce mur de la dette à l'horizon de deux ans donne des sueurs froides, à Bercy. Du côté des entreprises, les investisseurs ont été un peu échaudés par la médiocrité de quelques résultats ou chiffres d'affaires du troisième trimestre. A l'exception des publications faites par la plupart des banques. Il est par ailleurs beaucoup question de Bolloré actuellement, tant à cause de la cotation très réussie de Blue Soutions, que de sa présence immanente dans toutes les décisions de Vivendi. Par ailleurs, il se murmure que l'industriel breton serait très près d'un accord avec les belges de Roularta pour racheter L'Express sur la base de 50 millions d'euros (ils en voulaient 120 millions il y a deux ans !). Toujours du côté des cotations à venir, Le scénario d'une introduction en Bourse d'Elior d'ici à 2015 semble désormais acté. Pour préparer ce retour à la cote, sept ans après l'avoir quitté, le groupe de restauration collective envisagerait de changer de gouvernance. Un nouveau dirigeant serait recherché pour piloter le groupe de près de 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Son actuel directeur général Gilles Petit, resterait en poste, mais serait amené par la suite à prendre la direction d'une des branches opérationnelles d'Elior. Ce dernier avait pris ses fonctions en 2010, à l'occasion de la prise de hauteur de Robert Zolade pour la présidence du conseil de surveillance d'Elior. NOUVEAUTES POUR L'ASSURANCE-VIE Réorienter l'épargne des Français vers le financement de l'économie. Tel est l'objet de la très délicate réforme présentée mercredi prochain en Conseil des ministres, et qui touche au placement préféré des épargnants : l'assurance-vie. Plus des deux tiers des 1.400 milliards d'euros investis en assurance-vie sont en effet placés en dette d'État ou d'entreprises. L'investissement en actions, plus risqué, ou dans l'immobilier, reste très marginal. C'est vers ce type d'investissement que la réforme entend flécher une partie des fonds. Le tout sans bouleverser un dispositif qui a fait ses preuves et auquel les Français sont très attachés, donc sans augmenter les prélèvements. Et sans coûter d'argent aux finances publiques. Au terme de longues semaines de discussions - les paramètres continuaient encore d'évoluer ces derniers jours - deux produits nouveaux devraient voir le jour. Et parallèlement, la fiscalité des successions sera alourdie pour les contrats de plus d'un million d'euros. Les taux des droits s'appliquant au-delà d'un million d'euros passeront en effet de 25 % à 31,25 %, avec des compensations dans certains cas. La loi de finances rectificative, qui porte la réforme, crée un premier produit, baptisé "contrat euro-croissance", dont la vocation est d'être un produit grand public. Les épargnants bénéficieront d'une garantie en capital après 8 ans de détention, ce qui permettra aux assureurs d'offrir des rendements supérieurs aux contrats en euros (investis en seuls titres de dette). Ceux qui transféreront une partie de leurs avoirs vers ce produit conserveront l'antériorité fiscale de leurs contrats existants. En revanche, la mise en place de ce dispositif a un coût. Ce sont les compagnies d'assurance qui pourraient devoir l'acquitter. Le taux du prélèvement évoqué ces derniers jours avoisinait les 0,5 %, mais devait encore évoluer. Le second produit, dont le nom n'est pas encore arrêté, vise les plus gros patrimoines, et bénéficiera d'avantages fiscaux. Pour ces contrats, une partie des fonds devra être investie de façon identifiée (en actions et dans le secteur du logement principalement). En contrepartie du risque pris, ces contrats bénéficieraient d'un abattement de 20 % sur l'assiette soumise aux droits de succession, y compris pour ceux dépassant le million d'euros. Pour ces derniers, la hausse des droits sera donc entièrement neutralisée.
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