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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Après avoir nié la crise François Hollande en fait un alibi
par Yves de Kerdrel

Les perspectives économiques pour la France publiées ces jours-ci par la Commission Européenne sont bien plus mauvaises que ce qui était prévu. Le plus grave pour François Hollande, c'est que son engagement d'inverser la courbe du chômage en l'espace de douze mois n'est plus crédible. Heureusement il a su acheter la mansuétude de l'Allemagne.
24/02/2013 - 07:44 Temps Lecture 7 mn.
C'est un terrible réquisitoire que la Commission Européenne a prononcé cette semaine à l'égard de l'économie française. Car non seulement Bruxelles table pour la France sur une croissance de 0,1 % pour cette année. Non seulement le commissaire Olli Rehn anticipe désormais un déficit de 3,7 % en fin d'année, très loin des 3 % auxquels s'était engagée la nouvelle majorité. Mais en plus, s'agissant de 2014, l'Europe voit notre déficit budgétaire remonter à 3,9 % et le taux de chômage s'élever à 11 %. Ce qui signifie que la principale promesse de François Hollande, consistant à inverser la courbe du chômage en douze mois, annoncée une première fois en septembre, puis reformulée le 31 décembre, est d'ores et déjà décrédibilisée. Quant à la politique de redressement des finances publiques, elle est franchement déstabilisée par cette annonce. Le gouvernement disait : "ce n'est pas grave si l'objectif n'est pas atteint ; ce qui compte, c'est la trajectoire". Or cette trajectoire est désormais repartie à la hausse. LA DEFENSE DE SCHAUBLE Dans l'entourage du chef de l'Etat on se raccroche à deux potentielles sources de réconfort. Primo : l'engagement, datant de 2010, de réduction du déficit structurel d'un peu plus de 1 % par an, pourrait être tenu. "En structurel, on ne devrait pas être en dehors des clous", veut croire l'Elysée. Secundo, non seulement la commission européenne ne demande pas de sanctions préférant à ce stade accorder un peu plus de temps à la France afin de ne pas étouffer une éventuelle reprise d'ici à la fin de l'année. Mais surtout, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, s'est dit "confiant" concernant le "respect" par la France "des règles européennes" et dans le fait que celle-ci "fait tout pour avoir plus de croissance grâce à des réformes structurelles". De surcroit, questionné sur la Banque centrale européenne (BCE), qui a enjoint à la France de respecter ses objectifs budgétaires, M. Schäuble a pris la défense de Paris : "Je ne sais pas pourquoi il y a des gens qui pensent qu'ils doivent toujours appeler les autres à faire quelque chose. Je n'appelle pas la Banque centrale à respecter ses engagements légaux. Au contraire, j'ai parfaitement confiance dans la BCE." LES COUACS DE FABIUS Si vis à vis de Bruxelles et de l'Allemagne, ces ajustements comptables se passent donc mieux que ce que l'on pouvait craindre. Ce n'est pas le cas à Paris. D'abord au sein même du gouvernement Ayrault où, pour la deuxième fois consécutive, Laurent Fabius a grillé la politesse à tout le monde en annonçant avant l'Elysée, Matignon et Bercy, les révisions à la baisse sur la croissance et les déficits. Comme si le numéro deux du gouvernement occupait le vide de plus en plus criant du Ministère de l'Economie sur tous ces sujets. Il a d'ailleurs fallu quatre jours à Pierre Moscovici pour sortir enfin de son silence en fin de semaine. Comme si la situation lui échappait totalement. Par ailleurs François Hollande voit se retourner à nouveau la vague des sondages d'opinion, qui avaient fait un sursaut au moment du Mali. Les prochaines enquêtes annoncées devraient marquer un net reflux des cotes de popularité du Président de la République et du Premier Ministre. Il faut dire que l'absence de résultat en matière d'emploi, les craintes d'une diminution du pouvoir d'achat des retraités et l'hypothèse de la fiscalisation des allocations familiales ne facilitent pas la reconquête de l'opinion. Bien sûr François Hollande met tout cela sur le dos de la crise. Mais sans crédibilité. Puisqu'il y a un an il niait dans tous ses meetings l'existence de la crise et affirmait que la croissance se décrête... SARKOZY A L'AFFUT De ses bureaux de la Rue de Miromesnil où il reçoit de plus en plus de visiteurs Nicolas Sarkozy est accablé par la situation du pays. Il vit très mal la marginalisation de la France sur la scène européenne. Surtout après le dernier conseil européen où le psychodrame budgétaire s'est dénoué grâce à un entretien entre David Cameron et Angela Merkel pendant que François Hollande "faisait tapisserie" dans l'antichambre. L'ancien président de la république voit de très nombreux patrons qu'il fait parler sur la conjoncture mondiale, les questions énergétiques et les pays émergents. Comme s'il cherchait à reconstruire un nouveau schéma doctrinal. Par ailleurs il ne peut s'empêcher de suivre la politique politicienne, se réjouissant des malheurs de François Fillon, tout en poussant Nathalie Kosciusko-Morizet à Paris et Laurent Wauquiez à une nouvelle élection à la présidence de l'UMP. Du côté des affaires, la publication des résultats annuels des grands groupes du CAC 40 se poursuit avec des chiffres sans grand relief, et toujours une très grande prudence dans les commentaires sur l'année en cours. Mais globalement les investisseurs apparaissent surpris dans le bon sens par les états financiers qui leur sont soumis. Et cela devrait se poursuivre la semaine à venir avec mardi, les comptes annuels de Seb et de Vivendi (qui seront forcément décevants), puis mercredi avec ceux d'EADS et de Bouygues, et jeudi, ceux de GDF-Suez, d'Arkema et d'Areva. Au sujet de Bouygues le microcosme des télécoms évoque de plus en plus des discussions entre les dirigeants du groupe et ceux de Vivendi sur une mutualisation de leurs investissements dans la téléphonie mobile. Afin de mieux faire face au nouvel environnement concurrentiel et à la montée en puissance de la 4 G. LES GALERIES SE REBIFFENT Concernant les nominations, il ne fait plus de doute désormais que Denis Ranque va présider EADS à la suite d'Arnaud Lagardère, comme WanSquare avait été le premier à le révéler. De son côté Guillaume Pépy, qui est reçu par Jean-Marc Ayrault cette semaine, devrait être renouvelé à la tête de la SNCF, en dépit de ses tentatives de déstabilisation d'Henri Proglio chez EDF. Le patron vers lequel tous les regards se tournent à l'heure actuelle est Stéphane Richard, qui a pourtant fait un travail formidable à la tête de France Télécom. Il subit depuis quelques semaines une véritable entreprise de dénigrement menée à la fois par certains cadres à l'intérieur et par des officines extérieures. Pourtant, son mandat ne prend fin qu'en 2014, et il ne s'agit pas d'une sinécure. L'un des gros dossiers du moment est celui qui oppose Maurizio Borletti aux Galeries Lafayette pour le rachat du Printemps. Philippe Houzé, le patron des Galeries Lafayette, qui s'apprête à recevoir le produit de la vente de 50 % de Monoprix cherche à constituer un grand pôle commercial et touristique autour des deux grands magasins du Boulevard Haussmann. Il bénéficie du soutien des pouvoirs publics qu'il va continuer à convaincre cette semaine avec des rendez-vous à Bercy chez Sylvie Pinel et Benoit Hamon, le ministre en charge de la consommation. La grande différence entre son projet et celui de son concurrent c'est qu'il est industriel et créateur de richesse et d'emplois pour la capitale. Alors que le projet Borletti est purement financier. L'autre dossier qui agite la place est celui du rachat de la Saur. Les négociations menées par Jean-Marie Messier et Erik Maris pour le compte de Jacques Veyrat et de son holding Impala progressent bien avec comme principal vis à vis, le groupe Séché Environnement que conseille Grégoire Chertok de Rothschild & Cie. Ce dernier, qui murmure à l'oreille de nombreux patrons du CAC 40, pourrait voir son rôle renforcé, dans les mois qui viennent, au sein de la prestigieuse banque d'affaires.
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