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François Hollande découvre enfin le mur de la réalité
par Yves de Kerdrel

A l'occasion du rapport de la Cour des Comptes, le Gouvernement a été contraint de faire son "coming out" sur son impossibilité à afficher en fin d'année un déficit budgétaire de 3 %. A cela sont venus s'ajouter les chiffres détestables de l'Insee sur la conjoncture. Ce qui va amener François Hollande à réagir cette semaine en annonçant de nouvelles mesures pour les entreprises.
17/02/2013 - 07:48 Temps Lecture 7 mn.
Cela fait déjà quelques mois que dans l'entourage de François Hollande, on était bien conscient que le fameux objectif des 3 % de déficit budgétaire était devenu inatteignable. Surtout avec une croissance économique qui se dérobait sous les pieds du gouvernement. Mais ordre avait été donné aux ministres concernés de conserver la langue de bois sur ce thème le plus longtemps possible. Pour deux raisons. D'abord, afin de ne pas effrayer les marchés de manière à continuer de profiter de taux bas. Ensuite, de manière à trouver avec les allemands une monnaie d'échange afin qu'ils acceptent que la France ne respecte pas ses engagements. Cette semaine Pierre Moscovici a vu longuement son homologue d'outre-Rhin, Wolfgang Schäuble afin de mettre au point un "trade off" acceptable par les deux parties. Après un travail de concertation mené depuis plusieurs semaines par les sherpas de François Hollande avec ceux d'Angela Merkel. Le résultat est simple. Les allemands ont accepté de ne pas pousser de cris d'orfraie sur le dépassement des 3 %, à condition - non pas que la trajectoire soit maintenue - mais que des réformes de structures soient entreprises sérieusement. D'où l'accélération de la transposition législative de l'accord patronat-syndicats sur la flexibilisation de l'emploi. D'où la mise en place de la commission Fragonard sur la politique familiale qui devrait se traduire dés 2014 par 1 milliard d'euros d'économies, et le double l'année suivante. D'où également la mise en place de la mission sur le financement des collectivités locales qui va se traduire par au moins 4 milliards d'économies en deux ans. RECESSION AU PREMIER SEMESTRE Tout cela va permettre au gouvernement d'éviter d'avoir recours au levier fiscal. Car s'il avait voulu être au rendez-vous des 3 %, cela aurait nécessité la mise en place d'un nouveau plan de rigueur proche de 8 milliards d'euros, qui aurait plongé la France dans la déflation. D'autant qu'à l'Élysée on reconnaît aujourd'hui avoir été maladroit sur la politique fiscale du début de quinquennat. C'est dire à quel point François Hollande découvre enfin le mur de la réalité. D'autant que les chiffres publiés par l'Insee, cette semaine, faisant état d'une croissance nulle pour 2012 et d'un pouvoir d'achat des ménages en progression de 0 % - ce qui n'a jamais été le cas sous le quinquennat précédent - ont montré à quel point l'assommoir fiscal de l'été dernier avait eu un caractère récessif. Et ce n'est pas fini puisque, selon toute vraisemblance, la conjoncture devrait rester négative au cours de ce premier semestre. Pour la première fois, l'émission Mots Croisés de ce lundi sera consacrée à la croissance avec comme invités Philippe Villin, Nicole Bricq, la très conformiste Sylvie Goulard, Pierre Lellouche et Jean-Claude Mailly, le patron de Force Ouvrière. C'est parce que le débat sur la panne de croissance prend corps que François Hollande a décidé de repartir à l'offensive. A l'occasion d'un déplacement en province, mercredi prochain dans l'après-midi, et une visite d'usine - pobablement du secteur agro-alimentaire, compte tenu de l'actualité - il devrait faire une déclaration importante, selon les informations de WanSquare. Déclaration qui pourrait concerner l'amélioration du CICE en mettant fin à son principal défaut : le fait qu'il n'offre aux chefs d'entreprise une visibilité que sur deux ans. Le Chef de l'État devrait donc annoncer le prolongement de ce dispositif sur l'intégralité de son quinquennat. A l'image de ce que Jérôme Cahuzac a fait il y a quelques semaines en assurant qu'il n'y aurait plus de hausses d'impôt d'ici à 2017. LAURENCE PARISOT MONTE AU FRONT Laurence Parisot qui a beaucoup bataillé ces derniers temps à la fois sur le front social et sur le front fiscal devrait donc obtenir gain de cause. Vendredi matin, elle a encore eu une vive discussion avec Fleur Pellerin dans le cadre du comité de pilotage des assises de l'entrepreneuriat. Lors de cette présentation, la présidente du Medef a été amenée à prendre la parole en s'adressant à Fleur Pellerin dans ces termes : "Nous soutenons 95 % des recommandations qui sont faites et qui sont largement inspirées des travaux du Medef. Néanmoins un acte lourd anti-entrepreneur a été posé par le gouvernement avec la fiscalité des plus-values de cession. Cet acte lourd ne peux être effacé que par un acte lourd pro-entrepreneur. Ceci ne pourra arriver que si les propositions qui seront faites ne sont pas également contredites par des approches à l'encontre de l'entrepreneuriat comme la réforme des université ou encore la proposition de loi cession de site qui, dans sa version actuelle, met en cause le droit de propriété et la liberté d'entreprendre". Par ailleurs, c'est jeudi que va se tenir à Dijon, le premier conseil de surveillance de la Banque Publique pour l'Investissement sous la présidence de Jean-Pierre Jouyet. Un conseil durant lequel Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI, rendra compte de la mise en oeuvre de cette nouvelle institution. Selon la plupart des opérateurs concernés par l'opération, Oseo, le FSI, la Caisse des Dépôts, il faudra encore plus d'un mois de travail pour que la banque publique soit pleinement opérationnelle. LES BANQUIERS ESPERENT SE FAIRE ENTENDRE Comme on pouvait le craindre les amendements destinés à durcir la loi bancaire que Pierre Moscovici et Emmanuel Macron avaient réussi à rendre la plus acceptable possible, ont été votés par les députés. Ce qui a provoqué une réaction des patrons des six grandes banques françaises qui ont écrit à Jean-Marc Ayrault pour l'alerter sur les conséquences, notamment en termes d'emploi, du texte que les députés devraient adopter mardi. Autant le Sénat ou la seconde lecture pourrait donner lieu à une amélioration du texte en ce qui concerne les activités de marché. Autant le gouvernement entend donner raison au plafonnement des frais bancaires, très contesté par les dirigeants de ces grandes banques et par la Fédération Bancaire Française. Du côté des affaires, l'actualité de la semaine à venir va être marquée mardi par la publication des résultats décevants de Danone et ceux pas plus encourageants de TF1. A cette occasion il est possible que l'on en sache plus sur l'avenir de Nonce Paolini, dont le mandat se termine dans un an, et qui aurait obtenu de Martin Bouygues l'assurance de rester jusqu'en 2016 à la tête de la première chaîne de télévision, tout en marginalisant le meilleur de ses successeurs possibles, Laurent Solly. LE VENT TOURNE POUR VIVENDI Grosse journée mercredi avec l'annonce des comptes de France Telecom pour 2012, ceux du Crédit Agricole (avec une perte historique), ceux de Saint-Gobain, de Lafarge (en très nette amélioration), d'Accor et de Cap Gemini. Rebelote, le lendemain avec la publication des résultats d'Axa, de Schneider, Safran, Technip, Natixis, Casino et Atos. Pour l'heure, les réactions du marché sont plutôt négatives, même lorsque les résultats sont bons, comme on a pu le voir avec Michelin, Suez Environnement ou EDF. Par ailleurs les investisseurs vont continuer à suivre de près le nouveau contentieux entre Lagardère et Vivendi autour de Canal +, qui se caractérise désormais par la dénonciation, pas forcément illégitime, d'un abus de majorité. Dans un contexte très particulier de gouvernance de Vivendi où la direction éxécutive est, de fait, assumée par le président non éxécutif. Ce qui augure mal de la prochaine assemblée des actionnaires.
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