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Hollande voit l'économie réapparaître derrière le Mali
par Yves de Kerdrel

Le Président de la République profite largement de son regain de popularité pour accélérer sur les réformes sociétales. Mais les préoccupations des français sont principalement économiques et sociales. Un terrain que le Chef de l'Etat a totalement déserté. Sauf pour suivre quelques dossiers ponctuels.
10/02/2013 - 07:51 Temps Lecture 9 mn.
A l'Elysée, comme à Matignon, le moral est meilleur. Les derniers sondages confirment le regain de popularité du Chef de l'Etat dans le sillage de l'opération malienne. La loi sur le "mariage pour tous" est progressivement adoptée dans sa version "a minima" par les parlementaires. Même si les débats sur la PMA et la GPA sont reportés à plus tard au grand dam des verts. Le soutien apporté par quelques députés d'opposition comme Franck Riester, Benoist Apparu ou le député-maire de Versailles permet finalement au Président de la République de s'en tirer à bon compte sur ce sujet qui apparaissait, il y a encore quelques semaines, à grands risques. Il reste que l'opération malienne n'aura qu'un temps. Et si à défaut de pouvoir se faire acclamer à Florange, François Hollande est contraint d'aller chercher de la ferveur populaire à Tombouctou, dans le cadre d'une opération néo-coloniale, il sait très bien que cela n'aura qu'un temps. D'autant plus que Laurent Fabius, qui n'est plus à une bévue près, a déjà annoncé un retrait partiel des troupes françaises du Mali pour la fin mars. Si tel est le cas, les islamistes, qui bénéficient de tous les moyens de communication modernes, doivent d'ores et déjà préparer leur retour dans les zones non-contrôlées du nord-Mali avec, à la clé des scènes de vengeances terribles sur les touaregs. POPULARITE FEU DE PAILLE Autant dire que le regain de popularité constaté ces derniers jours pourrait bien tourner au feu de paille. D'autant plus que sur le front économique, aucune mesure n'est prise pour tenter d'arrêter la dépression. Le Crédit d'impôt Compétitivité Emploi ne suffira pas à compenser les hausses de la pression fiscale sur les sociétés annoncées en juillet dernier et à l'automne. Et même si les plans sociaux ne représentent que 5 % des destructions d'emplois, leur multiplication fait peser une ambiance très lourde sur le front social comme l'a montrée l'affaire Goodyear, sans compter les désordres sur le dossier Petroplus. Quant aux réductions annoncées de la dépense publique, personne ne voit rien venir. Bien sûr le Gouvernement a laissé sortir avec bienveillance le rapport de la Cour des Comptes sur l'indemnisation du chômage et les politiques de l'emploi. Bertrand Fragonard vient d'être chargé d'une mission d'évaluation des politiques familiales qui a pour but de montrer que la France n'a plus les moyens de verser des allocations familiales sans condition de ressources tout en faisant bénéficier à tous d'un quotient familial. Et un rapport de même nature est en préparation sur les 60 à 80 milliards d'euros d'aides aux entreprises distribuées chaque année à travers plusieurs centaines de guichets différents, sans évaluation, ni mesure de l'efficacité. Le gouvernement a donc choisi de prendre le temps d'évaluer avant de couper à la hache. VIDE ET TROP-PLEIN A L'UMP C'est pour cette raison que la rumeur d'une prochaine dégradation de la dette française par Standard & Poor's continue de se répandre allègrement. Et ajoutée aux effets dévastateurs de la guerre des monnaies, cela explique les importantes prises de bénéfices qui ont été constatées au cours de la semaine passée à la Bourse de Paris. Du côté de l'opposition, c'est toujours le silence radio. Jean-François Copé a finalisé, la semaine passée, l'armée mexicaine qui va diriger l'UMP au cours des mois qui viennent avec pas moins de 21 vice-présidents. Et plus le temps passe, moins les fillonistes ont envie qu'il y ait de nouvelles élections pour élire un président à la tête du principal parti d'opposition. De fait Laurent Wauquiez pourrait se dévouer pour jouer le rôle de l'adversaire de Jean-François Copé dans le cadre d'une parodie de scrutin qui se tiendrait en septembre prochain. Mais l'UMP qui a été dépassée par ses militants sur le sujet du "mariage pour tous" est toujours incapable de faire la moindre proposition en matière économique et sociale. A l'exception des tenants de la "Droite Forte" qui commencent l'ébauche d'un programme avec l'aide de Michel Pébereau. L'ELYSEE SUIT ALCATEL ET PSA François Hollande reste donc, quant à lui, complètement absent des dossiers économiques et sociaux. Bien sûr il a participé activement à la résolution de la crise sur le budget européen. Mais personne n'est dupe. Et chacun a bien compris que c'est David Cameron le grand gagnant, avec le soutien implicite d'Angela Merkel, du dernier sommet européen. De fait le Chef de l'Etat ne suit plus que quelques dossiers ponctuels, comme PSA, dont la situation est chaque jour plus dramatique, et qui pourrait annoncer cette semaine plus de 6 milliards d'euros de pertes au titre de 2012. Ce qui pourrait nécessiter une injection d'argent public. Autre dossier suivi de près à l'Elysée : Alcatel, qui va devoir changer de directeur général, comme WanSquare avait été le premier à l'annoncer, dans ces colonnes, dimanche dernier. Pour l'instant aucun nom de successeur circule. En revanche, il se dit que le Chateau, voudrait également voir partir Philippe Camus, le président non éxécutif d'Alcatel. Après la récusation d'Anne Lauvergeon, qui ne pourra pas devenir présidente d'EADS, compte tenu de fortes menaces allemandes, d'une rébellion vigoureuse de l'ensemble des milieux d'affaires français, et de la révélation de sa convocation par la police dans le cadre de l'affaire de la fausse agression d'une syndicaliste d'Areva en décembre dernier, l'Elysée se montre plus prudent. Le principal sujet du moment est la question du mandat de Guillaume Pépy, qui prend fin le 28 février, à la tête de la SNCF. Ce dernier qui intrigue depuis le 6 mai dernier pour remplacer Henri Proglio à la tête d'EDF, semble échouer dans sa manoeuvre. Selon les dernières informations obtenues parWanSquare, il devrait rencontrer Jean-Marc Ayrault, en tête à tête, demain en fin de matinée, pour tenter un dernier coup de force. Mais le Premier Ministre a, jusqu'ici, toujours soutenu mordicus Henri Proglio, qu'il connait depuis plus de trente ans. Et cela même si la Cour des Comptes s'apprête à critiquer sans ménagement certaines pratiques de rémunérations chez EDF. LES DEBOIRES DE LA BPI La mise sur pied de la Banque Publique d'Investissement que préside Jean-Pierre Jouyet et que dirige Nicolas Dufourcq se révèle plus compliquée que prévu. Tant dans la définition du périmètre et dans l'établissement de guichets régionaux, avec les différentes structures émanant de la Caisse des dépôts, du Fonds stratégique d'investissement (FSI), d'Oséo et de la myriade de dispositifs régionaux. Que sur les questions de gouvernance où les régions tentent de ne pas être marginalisées. Lors du vote à l'assemblée nationale, elles ont obtenu la présence d'un troisième administrateur, mais qui sera dépourvu de droit de vote. Maintenant elles se battent sur la constitution et le pouvoir dévolu aux antennes régionales de la BPI. Les élus régionaux ont fait inscrire noir sur blanc dans l'accord avec l'Élysée la création de "plates-formes communes entre la nouvelle banque et les conseils régionaux". Mais là encore Bercy n'est pas franchement sur la même longueur d'ondes. "Les conseils régionaux décideront à hauteur de leur apport financier", confie-t-on dans l'entourage de Pierre Moscovici. Et, comme aucune région n'a les moyens de rivaliser avec la puissance de feu de l'État et de la Caisse des dépôts, les décisions de la future banque ne seront pas plus "régionales" que ne l'étaient celles d'Oséo, de CDC Entreprises ou du FSI. SEMAINE DECISIVE POUR LE CAC 40 La semaine qui vient va être importante en matière de publication de résultats avec dés demain, ceux de L'Oréal, qui seront naturellement bons grâce aux pays émergents. Avec mardi ceux très attendus de Michelin, qui pourraient surprendre de manière positive et ceux de Faurecia, ainsi que le chiffre d'affaires d'Hermès qui pourrait battre de nouveaux records de croissance. Mercredi : très grosse journée avec les résultats de Total, de Peugeot, de Bic et d'Edenred. Et surtout jeudi avec ceux de BNP Paribas, de L'Air Liquide, d'EDF, de Renault, de Publicis, de Legrand et de Suez Environnement. Par ailleurs on murmure que le financier Allan Green, qui était l'un des principaux actionnaires d'Ingenico, qui est entré par surprise au capital de Baccarat, et qui vient de céder une grande partie de ses titres Radiall, après avoir empêché une radiation de ce titre de la bourse de Paris, serait sur le point de faire une entrée fracassante au capital d'une société cotée. Révélation, sans doute, dans le milieu de la semaine. Enfin toute la Place attend le dénouement du dossier Saur qui fait face à un mur d'endettement. Cette société très bien dirigée par Olivier Brousse intéresserait Jacques Veyrat qui ne manque ni d'argent, ni de talent pour aider la Saur à sortir de sa mauvaise passe financière. L'ancien directeur général du groupe présidé par Robert Louis-Dreyfus a pris son indépendance et créé une holding au doux nom d'Impala. Ce qui lui donne une marge de manoeuvre de 400 millions d'euros, et surtout le soutien des principales banques créancières.
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