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Yves de Kerdrel
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Macron face aux premières difficultés
par Yves de Kerdrel
Mouvement des gardiens de prison, fermeté des zadistes, prochaine visite en Corse, les difficultés se multiplient sur le chemin du Chef de l’Etat et du Premier Ministre, au moment où la conjoncture économique n’a jamais été aussi favorable dans l'Hexagone.
Le Magazine M révèle que lors des discussions entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe afin de convaincre ce dernier de devenir Premier Ministre, le chef de l’Etat nouvellement élu lui avait dit tout de go : « vous n’allez pas perdre votre temps à essayer de reconstruire la droite alors que le sujet est de reconstruire la France ». L’actuel Premier Ministre peut se féliciter d’avoir fait le bon choix, surtout lorsque l’on observe la désagrégation progressive du principal parti de droite désormais dirigé par Laurent Wauquiez. Ce dernier n’a qu’un seul mot à la bouche : le rassemblement. Mais chaque décision qu’il prend en interne ou bien comme chef de l’opposition vise à cliver et à renforcer son clan, composé de nervis souvent élus avec des reports de voix du Front National.
Toujours est-il que Laurent Wauquiez n'a pas attiré les foules sur France 2 jeudi dernier pour son passage dans L'Émission politique. D'après les chiffres de Médiamétrie, le nouveau président du parti Les Républicains a rassemblé 1,49 million de téléspectateurs, soit 6,8 % de part d'audience. Il s'agit du plus mauvais résultat de l'émission depuis sa création. Le programme s’est classé quatrième des audiences de la soirée. Jusque-là, le score le plus faible enregistré par L'Émission politique était détenu par Benoît Hamon le 8 décembre 2016. Le candidat à la primaire socialiste avait réuni 1,72 million de téléspectateurs. Plus récemment, le 19 octobre dernier, Marine Le Pen, la présidente du Front national, n'avait pas connu un franc succès en attirant seulement 1,741 million de personnes sur France 2.
LE RATE DES GARDIENS DE PRISONS
Et pourtant malgré un sommet très réussi des patrons étrangers à Versailles lundi dernier et une prestation excellente à Davos mercredi, Emmanuel Macron commence à rencontrer quelques obstacles sur sa route. D’abord il y a ce conflit des gardiens de prison que personne n’avait voulu voir venir, à commencer par la Garde des Sceaux. Il s’agit là d’un conflit très difficile pour le Chef de l’Etat, dans la mesure où ceux qui sont en grève incarnent justement l’autorité de l’état. Or lui-même se veut l’incarnation de l’autorité républicaine bafouée pendant les cinq années du quinquennat précédent. D’où la complexité de trouver une bonne solution, d’autant plus que la Garde des Sceaux ne se montre pas à la hauteur.
Le deuxième sujet concerne son projet de réforme constitutionnelle visant à supprimer la Cour de Justice de la République, à nettoyer le Conseil Constitutionnel et surtout à diminuer d’un tiers le nombre de sénateurs. Gérard Larcher, le président du Sénat, a fait savoir la semaine passée qu’il s’opposerait naturellement à tout ce qui pourrait attenter au prestige de la Haute-Assemblée. La question est plus complexe pour Emmanuel Macron qui ne peut faire cette réforme par le biais d’une loi organique, dans la mesure où il n’est pas assuré d’obtenir les trois cinquièmes des voix au Congrès. Par ailleurs un référendum trop précis visant le cœur de nos institutions pourrait être considéré comme anticonstitutionnel, la jurisprudence ayant évolué depuis le référendum qui a fait démissionné le général de Gaulle en 1969.
LA DIFFICILE QUESTION CORSE
Le troisième sujet qui peut devenir complexe pour lui réside dans l’actualité Corse. Le président de l'exécutif corse, qui a rencontré le premier ministre et le président du Sénat, s'est dit déçu par les négociations. A défaut d'avoir été entendu par le gouvernement sur ses revendications, le président nationaliste du conseil exécutif corse, Gilles Simeoni, a appelé mardi sur Twitter à la tenue d'une grande manifestation populaire pour faire monter la pression. Mardi, le président du Sénat Gérard Larcher a réaffirmé son opposition au statut de résident et à la co-officialité de la langue corse et assuré que le Sénat serait à la fois garant de l'unité nationale et initiateur de libertés nouvelles accordées à nos territoires.
Emmanuel Macron doit se rendre le 6 février en Corse pour les commémorations de l'assassinat, il y a 20 ans, du préfet Claude Erignac. Mais le nouvel exécutif course l’attend sur bien d’autres sujets. Quelle relation entre la Corse et l’État français ? C’est bien autour de cette question centrale qu’Emmanuel Macron est attendu de pied ferme. Très certainement la venue du président de la République en Corse sera l’occasion pour lui de s’exprimer et de donner le « la » sur ce que sera la position non seulement du gouvernement mais de l’État concernant le rapport à la Corse. Selon certains, la visite du chef de l’État devrait ainsi être plus longue que la seule journée du 6 février et donner lieu à une séquence politique en plus de la séquence mémorielle consacrée au 20e anniversaire de l’assassinat du préfet Erignac.
PHILIPPE PAYE NOTRE-DAME DES LANDES
Dans ce contexte, la popularité du Président de la République commence à s’effriter. De même que celle du Premier Ministre. Il faut dire qu’une journée à grand spectacle intitulée « choose France » ou l’annonce de plan de sécurisation sexuelle ne concernent pas au premier chef le paysan auvergnat, l’artisan correzien ou le pêcheur breton. En l'espace d'un petit mois, la cote de popularité du chef de l'Etat a diminué de cinq points, le faisant repasser sous la barre des 50%. Ils sont désormais 49% à considérer que le président de la République est un bon président de la République, même si la marge d'erreur ne permet pas d'être catégorique sur ce point.
Cette rechute, qui suit une belle envolée au mois de décembre, peut-elle être la conséquence de l'annonce de l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes? C'est ce que laisse entendre l'institut de sondage. Car si cette décision a été approuvée par une majorité de Français, il n'empêche qu'elle entre en contradiction avec les promesses formulées au cours de la campagne présidentielle. Or, s'il est un crédit qui était jusqu'à présent systématiquement porté à cet exécutif, c'est bien celui de faire ce qu'il dit et de tenir ses promesses.
La chute est encore plus dure pour le premier ministre. Edouard Philippe, qui s'expose de plus en plus sur les sujets sensibles, et qui s'est chargé de l'annonce de l'abandon de l'aéroport, enregistre lui une baisse de sept points de popularité. Ils ne sont plus que 50% des Français à considérer que le pensionnaire de Matignon est un bon Premier ministre. Le couple exécutif perd lourd chez les sympathisants des deux anciens partis de gouvernement. Macron et Philippe accusent respectivement une perte de 16 et 19 points chez les sympathisants socialistes, et de 20 et 6 points chez les sympathisants de droite. Quant à Nicolas Hulot qui était devenu ministre avec une cote de popularité de 60 %, il culmine aujourd'hui à 34% d'opinions favorables, soit une perte sèche de 26 points depuis le début du quinquennat...
LE MAIRE VEUT FAIRE DE PARIS L’EXIL DU BREXIT
Sur le plan économique, l’actualité de la semaine a été fortement marquée par Davos, bien sûr. Paris peut supplanter Londres comme principal centre financier européen d'ici quelques années, a déclaré le ministre français de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire dans une interview accordée à Reuters en marge du forum économique de Davos. Paris est en concurrence avec d'autres capitales européennes comme Francfort, Amsterdam ou Dublin pour attirer des banques installées à Londres et désireuses de conserver un accès au marché européen dans la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne en 2019.
Paris a été choisie en novembre pour accueillir le siège de l'Autorité bancaire européenne (ABE), alors qu'elle héberge déjà celui de l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF ou Esma en anglais, European securities and markets authority). La semaine écoulée a été marquée par une nouvelle série d'initiatives de l'exécutif français pour promouvoir l'attractivité de la France et en particulier de la place de Paris. Emmanuel Macon a reçu lundi à Versailles 140 dirigeants de multinationales et mis en avant le message « France is back ». Un nouveau train de mesures, avec notamment des dispositions favorables aux impatriés, ont également été annoncées lundi.
UN CLIMAT DES AFFAIRES TOUJOURS POSITIF
Pour autant, l'attentisme semble encore prévaloir chez les décideurs internationaux présents à Davos. Selon une enquête réalisée par Reuters en septembre, Paris est largement distancée par Francfort pour les intentions de relocalisations de salariés en cas de perte du passeport européen du secteur financier britannique. La capitale française n'attirerait que moins de 2.000 postes, contre plus de 5.000 pour la ville accueillant le siège de la Banque centrale européenne. L'objectif des autorités françaises est de voir autour de 3.000 postes relocalisés à Paris à l'horizon 2019, selon une source à Bercy.
En termes de conjoncture le climat des affaires dans l'industrie en France s'est de nouveau amélioré en janvier, les professionnels se montrant confiants dans les perspectives de croissance du secteur, a indiqué l'Institut national de la statistique et des études économiques. L'indice du climat des affaires dans l'industrie manufacturière s'est établi à 113 contre 112 en décembre, retrouvant son niveau de novembre et se maintenant largement au-dessus de sa moyenne de long terme (100). Les industriels sont encore plus optimistes que fin 2017 sur leurs perspectives générales de production du secteur, a souligné l'Insee à l’occasion de cette publication.
LE PATRONAT ABAT SES CARTES SUR L’ASSURANCE-CHOMAGE
Autre élément important : le patronat a précisé jeudi son projet d'accord sur l'assurance chômage à propos de l'indemnisation des démissionnaires et du mécanisme à mettre en place pour limiter les contrats courts. Le patronat a donc proposé d'ouvrir ce dispositif aux démissionnaires avec un niveau de qualification équivalent ou inférieur à un certain seuil et démontrant une durée d'affiliation minimale au régime lors du dernier emploi occupé. Le projet professionnel - soit une création ou reprise d'entreprise, soit une reconversion - devrait aussi répondre aux besoins prioritaires en compétences des entreprises. Les indemnités de ces démissionnaires seraient calculées selon les mêmes modalités que pour les autres bénéficiaires de l'assurance chômage et versées sur la même période.
L'avant-projet se penche également sur la question des contrats courts, pomme de discorde entre patronat et syndicats qui avait fait capoter les dernières négociations sur la convention de l'Unedic en 2016. Le gouvernement a demandé aux partenaires sociaux de s'entendre pour trouver un dispositif qui limite l'utilisation excessive de ces contrats, en menaçant d'imposer son propre bonus-malus en cas d'échec. Le patronat propose de laisser aux secteurs concernés (spectacle, audiovisuel, hébergement, restauration ou encore médico-social) le temps de négocier avec leurs salariés des évolutions d'ordre législatif et/ou réglementaire afin d'atteindre cet objectif. Les négociations devront se conclure au plus tard au fin 2018 avec un point d'étape prévu avant le 31 juillet. Aucune sanction n'est prévue en cas d'échec des négociations.
BOMPARD REUSSIT SON EXAMEN DE PASSAGE
Du côté du business l’actualité commence à être marquée par les premières publications de résultats. En 2017, LVMH a doublé sa croissance organique à 12% par rapport à 2016, faisant deux fois mieux que le marché mondial du luxe dont la hausse est estimée à environ 6%. Son résultat opérationnel courant a grimpé de 18% à 8,29 milliards d'euros et sa marge à 19,5%, contre 18,7%. Cette performance s'explique surtout par le puissant moteur Louis Vuitton, qui compte pour plus de la moitié du résultat opérationnel du groupe et qui tourne à plein régime.
S’agissant de Carrefour, dont le titre a gagné 6 % sur la semaine, le plan Bompard qui a été dévoilé mardi dernier a été très bien accueilli par les investisseurs. Pour sortir le premier distributeur européen de l'ornière, son nouveau PDG, arrivé en juillet, va simplifier son organisation en rationalisant ses sièges en Ile-de-France, avec un plan de départs volontaires en France de 2.400 personnes. Il va aussi engager des réductions de coûts de 2 milliards d'euros dès 2020 en année pleine et va céder 273 magasins Dia. Il entend aussi faire du groupe un acteur omnicanal de référence, avec un investissement de 2,8 milliards d'euros dans le digital d'ici 2022 et un objectif de 5,0 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le e-commerce alimentaire en 2022. Un partenariat stratégique en Chine a également été annoncé, avec un projet d'investissement de Tencent et Yonghui dans Carrefour Chine, Carrefour restant le premier actionnaire de sa filiale. Une enveloppe globale d'investissements de 2,0 milliards d'euros par an est prévue et le groupe annonce maintenir sa politique de dividende, avec un taux de distribution compris entre 45% et 50% du résultat net ajusté part du groupe.
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21/01/2018 - 07:00

