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Yves de Kerdrel
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Les ennuis commencent pour le gouvernement
par Yves de Kerdrel
La semaine a été difficile pour le Chef de l’État avec l’affaire de Notre-Dame des Landes, l’annonce d’un nouveau budget pour les armées et le soutien accordé à une Angela Merkel toujours fragilisée par l’absence d’accord de gouvernement avec le SPD.
La semaine a été dense et semée d’embûches potentielles pour le Chef de l’État et le gouvernement. Il y a eu d’abord l’annonce de la solution trouvée pour la question de Notre-Dame des Landes. C’est lundi dernier lors d’un entretien privé entre Édouard Philippe et Emmanuel Macron que la décision a été trouvée, élaborée et argumentée. Mais il était convenu qu’elle ne soit rendue publique que le mercredi à l’issue du Conseil des Ministres. Néanmoins le fait qu’Édouard Philippe annonce la décision en question depuis l’Élysée pose tout de même un problème, dans la mesure où cela montre bien que, même si la décision a été prise par Emmanuel Macron, ce dernier n’a pas voulu apparaître en première ligne. Ce qui est regrettable lorsque l’on se revendique de Jupiter.
Quoiqu’il en soit c’est, de toutes les solutions, la plus mauvaise qui a été retenue. La plus mauvaise sur le plan économique dans la mesure où la réfection de l’aéroport actuel de Nantes sera plus coûteuse que ce que les médiateurs ont laissé entendre d’autant qu’il faut y ajouter la compensation due à Vinci. La plus mauvaise sur le plan du développement du Grand Ouest, région en pleine expansion, qui va se trouver congestionnée. La plus mauvaise sur le plan environnemental, dans la mesure où la zone de Notre Dame des Landes était moins cruciale sur le plan écologique que l’allongement de la piste actuelle qui va provoquer des nuisances pour des dizaines de milliers de riverains. La plus mauvaise, enfin, sur le plan politique dans la mesure où, tel que cela a été présenté, il y a peu de chances pour que les zadistes évacuent leur « zone ». Sinon pour aller grossir une nouvelle ZAD ailleurs en France. Dans la mesure où la décision prise leur a donné raison.
UN EFFORT BUDGETAIRE INEDIT
L’autre embûche de la semaine résidait dans le discours des vœux aux armées où le Chef de l’État devait déflorer la prochaine loi de programmation militaire qui sera rendue publique au début du mois de février. Six mois après la démission fracassante du chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers, Emmanuel Macron a tenu à rassurer les troupes. Devant quelque 1 500 militaires réunis à bord du navire Dixmude, dans la rade de Toulon, le président de la République a d'abord exprimé sa reconnaissance et sa fierté de la France avant de promettre un effort budgétaire inédit et incomparable. Le budget de la Défense sera porté à 2 % du PIB d'ici à 2025, a réaffirmé le locataire de l'Élysée, rappelant que dès 2018, il serait augmenté de 1,8 milliard d'euros pour atteindre 34,2 milliards.
ON REPARLE DU DEUXIEME PORTE-AVIONS
En contrepartie, le président a réclamé aux armées la plus grande exigence collective, prévenant qu'il y veillerait personnellement. Chaque dépense sera évaluée à l'aune de son utilité opérationnelle, a-t-il averti. Le président a annoncé des travaux de renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire, la force océanique et la composante aérienne. Il a également promis un effort important pour le renseignement militaire et des capacités de cyber défense renforcées. Selon les informations recueillies par WanSquare un crédit de plus de 300 millions d’euros aurait été affecté pour les études préliminaires à la construction d’un second porte-avions. Ce qui constitue une décision forte. Par ailleurs le nombre de drones (12 actuellement) en possession de l’armée de l’air devrait être doublé à très courte échéance. Le chef de l'État a par ailleurs adressé une mise en garde aux industriels de défense en exigeant un meilleur rapport coût-efficacité pour les matériels militaires.
Le dernier sujet difficile pour Emmanuel Macron a été sa rencontre avec Angela Merkel afin de lui apporter son soutien alors qu’un accord de gouvernement n’est toujours pas trouvé entre la CDU et le SPD. Le prétexte de la rencontre était la préparation d’un nouveau traité de l’Élysée, cadre des relations entre les deux pays depuis le 22 janvier 1963. Lundi en est donc le jour anniversaire, et il sera célébré par une déclaration des deux dirigeants. L’intérêt premier de la rencontre était cependant ailleurs, audible dans les propos d’Angela Merkel : Pour agir en Europe, il est capital d’avoir un gouvernement stable en Allemagne, a déclaré la Chancelière en sursis. Le message était clairement adressé aux Allemands, et d’abord aux dirigeants du parti social-démocrate SPD qui doivent approuver aujourd’hui ou non une nouvelle grande coalition avec son parti conservateur, la CDU-CSU. Et le dire aux côtés du président français peut motiver les socio-démocrates, plutôt en accord avec les propositions de refondation de l’Europe d’Emmanuel Macron.
LE SPD DECIDE AUJOURD’HUI DE SON AVENIR
Aujourd’hui, c’est un jeune berlinois de 28 ans tient entre ses mains l’avenir d’un éventuel gouvernement de coalition, entre son parti, le SPD, et la formation d’Angela Merkel. Depuis la conclusion la semaine dernière d’un accord de principe entre ces deux formations, ce diplômé de sciences politiques, entré au parti social-démocrate à 15 ans, fait une tournée à travers l’Allemagne avec le slogan « Non à une grande coalition ». Il veut convaincre les délégués du SPD de voter contre la poursuite des négociations lors du congrès national extraordinaire de ce jour à Bonn. Il s’oppose ainsi frontalement à la direction de son parti et fait des émules. Les fédérations de Saxe-Anhalt et de Berlin viennent de se prononcer contre une participation gouvernementale.
Fils de fonctionnaires, Kevin Kühnert justifie son opposition par l’absence de nombreux points centraux du programme du SPD dans le document de travail présenté vendredi 12 janvier par les négociateurs sociaux-démocrates et chrétiens après d’intenses négociations. À commencer par des hausses d’impôts pour les plus riches. Il refuse aussi d’avaler une pilule amère en matière de politique migratoire avec une limitation à 200 000 réfugiés par an. Il regrette aussi que des décisions importantes sur les retraites et le climat soient reportées. Kevin Kühnert prône avant tout un renouveau de son parti. Lors des élections législatives de septembre, le SPD a obtenu 20,5 % des suffrages, un niveau historiquement faible. Pour lui, la seule solution est une cure d’opposition.
MACRON EN MINORITE SUR LA POLITIQUE MIGRATOIRE
Malgré cette semaine difficile la popularité d’Emmanuel Macron continue de progresser (+ 2), alors que celle d'Édouard Philippe marque un coup d'arrêt en janvier (- 4), selon un sondage Ifop-Fiducial diffusé jeudi. Avec 59 % d'avis favorables, le chef de l'État se maintient en troisième position des politiques dont les Français ont une bonne opinion, derrière Nicolas Hulot, en net recul à 64 % (- 6), et Alain Juppé, en hausse à 61 % (+ 2). Quarante et un pour cent des personnes interrogées ont une mauvaise opinion du président de la République. Avec 52 % de bonnes opinions et 35 % de mauvaises, Édouard Philippe est quant à lui en net recul après deux mois de hausse dans ce baromètre pour Paris Match et Sud Radio réalisé avant l'annonce mercredi par le gouvernement de l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En revanche, dans un sondage Elabe pour BFMTV, diffusé jeudi soir, 61% des Français disent ne pas faire confiance à Emmanuel Macron et son gouvernement pour réformer la politique migratoire et d'asile du pays.
Au chapitre économique, après une semaine marquée par une nouvelle envolée des marchés, le gouvernement fédéral américain a balancé une douche froide en annonçant qu’il se retrouvait officiellement à court d'argent hier après l'échec des négociations entre républicains et démocrates. Alors que la Chambre des représentants avait adopté jeudi une proposition de loi écartant jusqu'au 16 février cette situation de shutdown, il a manqué dix voix au Sénat pour que le texte passe.
Pour la première fois depuis 2013, le gouvernement fédéral va devoir fermer des dizaines d'agences à travers le pays et suspendre le versement des salaires de centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux non-essentiels. Le shutdown d'octobre 2013, sous la présidence de Barack Obama, avait duré 16 jours et plus de 800.000 fonctionnaires et agents fédéraux avaient été mis en congé d'office.
LES EXPERTS PLANCHENT SUR LA POLITIQUE DE LA BCE
Sur un tout autre sujet, la Banque centrale européenne devrait avoir mis un terme à son programme d'assouplissement quantitatif (quantitative easing) à la fin de l'année, selon une majorité des économistes interrogés par Reuters. Sur les 70 économistes ayant répondu à l'enquête, 63 pensent que la BCE en aura totalement fini avec sa politique de rachats d'actifs fin 2018. Ils sont 26 à penser que la BCE sortira du QE fin septembre, quatre à prévoir la fin du programme en octobre et 33 autres en décembre. La BCE tiendra jeudi sa première réunion monétaire de l'année. Les investisseurs pensent en majorité qu'elle réaffirmera à cette occasion sa volonté de racheter des actifs au moins jusqu'en septembre et qu'elle ne relèvera pas ses taux d'intérêt avant 2019.
Une certaine inquiétude se fait néanmoins sentir sur les marchés depuis la publication, le 11 janvier, du compte rendu de la réunion de décembre de la BCE. On y lisait que l'institution de Francfort pourrait faire évoluer sa communication en ce début d'année et ajuster progressivement son discours pour refléter une amélioration des perspectives économiques. La BCE a annoncé en octobre la diminution à compter de janvier 2018 de son programme de stimulation monétaire tout en le prolongeant jusqu'en septembre prochain au moins, dans un environnement d'amélioration de la croissance au sein de la zone euro mais aussi de faiblesse persistante de l'inflation. Depuis le début de l'année, la BCE rachète chaque mois pour 30 milliards d'euros d'actifs - principalement de la dette du secteur public - contre 60 milliards précédemment.
140 PATRONS ETRANGERS A VERSAILLES
A la question de savoir non pas quand la BCE en aura fini avec le QE mais quand il faudrait qu'elle en sorte, 30 des 47 économistes y ayant répondu ont dit fin septembre au plus tard. L'économie de la zone euro devrait croître de 2,2% cette année, selon la dernière enquête Reuters, contre une prévision de 2,1% dans l'enquête suivante. En ce qui concerne l'inflation dans l'union monétaire, les économistes interrogés par Reuters la voient entre 1,3% et 1,6% jusqu'à mi-2019 et ne pensent pas qu'elle atteindra l'objectif de la BCE, soit juste en dessous de 2%, avant 2020 au plus tôt.
Du coté du business, Emmanuel Macron recevra ce lundi à Versailles près de 140 PDG étrangers pour un sommet sur l'attractivité de la France, au cours duquel quelques accords sur des investissements dans l'Hexagone, porteurs d'emplois, seront annoncés. Il est notamment question d’un gros investissement de Toyota dans le Nord. Environ 3.000 participants sont attendus de mardi à vendredi pour la 48e édition du Forum de Davos, en Suisse. Mais, selon nos informations recueillies à l’Élysée le Chef de l’État avait une volonté très simple qui était de se dire : le sommet attractivité ça n'a de sens que si ça se concrétise par des projets.
TIKEHAU HARCELE EUAZEO
Au total, 140 dirigeants d'entreprises mondiales seront donc reçus au château de Versailles tout d'abord pour un déjeuner avec le Premier ministre Édouard Philippe, puis pourront échanger avec la quinzaine de ministres présents ou assister à des conférences animées par des personnalités comme le mathématicien et député LREM Cédric Villani ou Tony Estanguet, président du Comité d'organisation des jeux Olympiques (Cojo). Emmanuel Macron clôturera l'événement par un discours prononcé à huis clos et un dîner. Au cours de la journée, quatre ou cinq accords d'investissement seront annoncés, dont un, important, dans une industrie traditionnelle et deux dans le numérique et l'intelligence artificielle. La moitié des dirigeants proviennent de groupes européens, 25% de sociétés américaines et 25% d'Afrique, Moyen-Orient et Asie. Parmi eux, le patron de Bosch, ou encore ceux de SAP, Novartis ou Rolls Royce. Côté chinois, Alibaba sera représenté par son numéro deux. Quatre grandes banques (JPMorgan, Goldman Sachs, HSBC et Bank of America) seront, elles, représentées par leurs patrons.
Selon les informations de WanSquare, Tikehau Capital a racheté des titres sur le marché et possède dorénavant 8,5% d’Eurazeo. Après le psychodrame du printemps dernier qui a conduit à l’entrée de la holding Decaux au capital, Tikehau Capital s’est vu limité à seulement 7,7% du capital. Cependant, il était bien décidé à continuer à acheter régulièrement des titres sur le marché. Et selon les informations de WanSquare, il vient de le faire, en achetant 586.150 titres le 8 janvier, soit 0,8% du capital. Il pointe désormais à 8,53% du capital, toujours comme deuxième actionnaire derrière JC Decaux, à 15,61% et devant les holdings familiaux de Michel David-Weill, Indivision MDW (4,1%) et Quatre Sœurs (3,9%).
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