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La droite de plus en plus utile à Macron
par Yves de Kerdrel

Au moment où le Chef de l’Etat s’apprête à rendre publiques ses mesures sur l’immigration et les migrants, sa majorité commence à se fracturer, alors qu’il reste soutenu sinon par les élus des Républicains, du moins par les électeurs de droite.
14/01/2018 - 08:00 Temps Lecture 12 mn.

Tout va toujours pour le mieux pour Emmanuel Macron qui rentre de Chine et d’Italie avec le sentiment du devoir accompli et de belles images diffusées à la télévision. Il est vrai que son déplacement dans l’Empire du Milieu, longuement préparé par son équipe diplomatique, a permis la signature de nombreux contrats. Y compris pour Areva. Et cela bien que les chefs d’entreprise qu’il a emmenés avec lui, et que nous avons interrogés, ont eu, quelques fois, le sentiment d’être sinon malmenés, du moins de simples faire-valoir. A la différence de l’époque Sarkozy et Chirac où les Présidents de la République se faisaient une joie de mettre en valeur les patrons du CAC 40 qui acceptaient de l’accompagner.

Toujours est-il que cette séquence diplomatique, intervenant juste après celle –réussie – des vœux permet au Chef de l’Etat de conserver la confiance de l’opinion publique. Pour le deuxième mois consécutif, le chef de l'État voit en effet sa cote de confiance grimper selon le baromètre Kantar Sofres OnePoint du mois de janvier pour Le Figaro Magazine. Emmanuel Macron ne retrouve pas son point de départ, mais il a stoppé l'hémorragie. Comme Jacques Chirac en 1995, qui démarra son mandat à 64 % avant de dévisser jusqu'à 35 % en janvier 1996 puis d'entamer une remontée jusqu'à 47 % en juin de la même année.

DEUX GRANDS SUJETS REGALIENS

Il n'y a donc rien de spectaculaire à la remontée actuelle du président de la République ! Même le très haut niveau de satisfaction des sympathisants de son mouvement La République en marche (94 %) est à comparer avec celui de Nicolas Sarkozy en janvier 2008 auprès des sympathisants UMP (92 %). En revanche, François Hollande à la même époque ne bénéficiait déjà plus que du soutien de 73% des sympathisants socialistes. La remontée d'Emmanuel Macron s'explique surtout par sa progression chez les sympathisants LR comme chez ceux du PS. Avec une cote à 54 % chez les premiers (+ 1) et 45 % chez les seconds (+ 10), le chef de l'État conforte sa situation, mais il lui reste pas mal de chemin à faire encore.

Le plus dur commence maintenant avec deux sujets d’ordre régaliens qui sont tous les deux très urticants, notamment pour sa propre majorité. Le premier, qui a déjà commencé à secouer les esprits concerne le projet de loi sur l’immigration, vise notamment à raccourcir très nettement les délais d’observation des dossiers des demandeurs d’asile ou des candidats à l’immigration. Dans l’esprit de Gérard Collomb comme d’Emmanuel Macron, l’idée est de se servir de cette période d’examen des dossiers pour accélérer les procédures de rejets et ainsi limiter les flux migratoires vers la France. Le Chef de l’Etat qui doit se rendre dans quelques jours à Calais profitera de cette occasion pour préciser son mode d’action.

LA DIFFICILE QUESTION DES ZADISTES

Naturellement ces mesures ne vont pas vraiment dans le sens d’une partie des députés En Marche – en l’occurrence la centaine de députés qui sont des transfuges du Parti Socialiste – et de la gauche de la gauche. Au sein de la Commission des lois, une fronde commence à s’organiser par les propres partisans d’Emmanuel Macron contre la rigidité de ce texte. Mais le Chef de l’Etat n’entend céder en rien. D’abord parce que c’est une manière pour lui de montrer qu’il sait faire ce que la Droite n’a jamais eu le courage d’entreprendre. Avec l’idée de couper l’herbe sous le pied de Laurent Wauquiez. Ensuite et surtout parce que toutes les enquêtes d’opinion plaident en faveur des mesures qu’il veut faire voter. Même si cela ne figurait pas – stricto sensu – dans son programme.

Le second sujet régalien concerne l’avenir de Notre Dame des Landes qui doit être définitivement éclairci à la fin du mois de janvier. L’idée de revenir au projet initial de l’aéroport existant qui plaisait aux médiateurs n’a pas encore convaincu Matignon et l’Elysée, même si c’est naturellement le choix de Nicolas Hulot. Mais a priori les chances de voir Notre-Dame des Landes se faire sont faibles. Ce qui permettra, normalement à Vinci de toucher un gros chèque d’indemnisation. A cela s’ajoute la question cruciale de l’évacuation de la ZAD. C’est aujourd’hui la priorité des forces de gendarmerie qui sont en contact permanent avec l’Elysée. José Bové qui a été envoyé en mission auprès des zadistes tente de convaincre le gouvernement de « sanctuariser » cette zone à l’image de ce qu’a a été à une époque le Larzac. Mais ce serait encourager de nouvelles ZAD. Et ce n’est pas la manière dont le Chef de l’Etat entend restaurer l’autorité de l’Etat après les ravages de l’affaire Leonarda pendant le quinquennat précédent.

EXIT LE SUJET DE LA LAICITE

Un troisième sujet d’ordre régalien a finalement été évacué : c’est celui de la laïcité. Initialement Emmanuel Macron devait prendre la parole en janvier sur le sujet des religions et de l’Islam. Après une première tentative avortée le 9 décembre dernier pour l’anniversaire de la loi de 1905. Ses conseillers et lui même jugent le sujet trop brûlant pour être à nouveau remis sur le devant de la scène. Sa petite phrase livrée aux représentants des cultes fin décembre, selon laquelle « l’état est laïc, mais la société ne l’est pas » a déchainé les foudres de Manuel Valls. Alors qu’elle a plutôt satisfait les apôtres d’une laïcité positive. Tout le problème reste lié à l’Islam qui ne fait pas de différence entre l’Etat et la société.

Au chapitre économique, l’actualité a été marquée par la publication du compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne, qui montre que celle-ci envisage de modifier son discours dès le début de cette année pour intégrer l'amélioration de la conjoncture économique. Une telle modification, si elle entrait effectivement en vigueur dans les semaines ou les mois à venir, serait perçue comme une nouvelle étape vers le resserrement de la politique monétaire et donc vers une hausse des taux d'intérêt. Ce que les marchés ont immédiatement intégré notamment avec une hausse du rendement du Bund allemand.

LE QE DE MARIO DRAGHI REMIS EN CAUSE

Le message formalisé par la BCE jeudi peut être interprété comme le signe d'un volonté de sa part de normaliser sa politique monétaire en mettant fin a programme de rachats d'actifs mis en oeuvre depuis mars 2015. L'euro s'est raffermi, repassant au-dessus de 1,20 dollar, et les rendements des emprunts d'Etat dans la zone euro ont grimpé après la publication de ce compte-rendu. Malgré les appels, notamment en provenance d'Allemagne, en faveur d'un arrêt de la politique monétaire accommodante face à l'amélioration des perspectives de croissance et d'inflation, Mario Draghi, le président de la BCE, a réitéré en décembre son engagement à laisser ouvert aussi longtemps que nécessaire le robinet à liquidités en zone euro.

Le compte-rendu de la réunion du mois dernier montre cependant que, pour les gouverneurs de la BCE, leur communication relative à la future trajectoire des taux d'intérêt va gagner en importance, signe que les rachats d'actifs, via le programme d'assouplissement quantitatif, perdent de leur prééminence en tant qu'outil de politique monétaire. Alors que des progrès sont enregistrés vers un ajustement durable de la trajectoire d'inflation, l'importance relative du pilotage des anticipations de taux va augmenter, préviennent les gouverneurs, en jugeant inutile un assouplissement supplémentaire des conditions de financement.

LA BANQUE DE FRANCE OPTIMISTE

Même si Mario Draghi a refusé de modifier le discours de la BCE en décembre, notamment en ne fixant toujours pas de terme au programme de rachats d'actifs certains responsables de la BCE évoquent désormais ouvertement l'après-QE. Un premier changement pourrait consister à renoncer à la promesse de poursuivre les rachats d'actifs jusqu'au redressement de l'inflation vers l'objectif de la BCE d'une hausse des prix légèrement inférieure à 2%. Il est aussi apparu justifié de réfléchir aux modalités d'une transition progressive des conditions actuelles attachées aux achats nets du programme de rachats d'actifs vers un concept plus large de pilotage des anticipations portant sur diverses dimensions de la politique monétaire.

S’agissant plus précisément de la France, et toujours dans cette optique d’amélioration des perspectives de croissance, la Banque de France a encore relevé sa prévision pour l’année passée. Elle prévoit désormais 1,9% en 2017 au lieu de 1,8%, en raison du dynamisme de l'activité constaté au quatrième trimestre, a annoncé mercredi son gouverneur, François Villeroy de Galhau. Cela est lié à la dernière enquête de conjoncture réalisée auprès des chefs d'entreprise de l'industrie, des services et du bâtiment. Cette estimation est conforme au chiffre de l'Insee, qui a également revu à la hausse mi-décembre sa prévision de croissance à 1,9%. Le gouvernement table officiellement sur une hausse du produit intérieur brut de 1,7%, mais n'a pas exclu un résultat meilleur qu'attendu.

VERS UNE SCISSION DE PUMA

Malgré cette bonne dynamique, le gouverneur de la Banque de France a estimé que l'économie tricolore devait faire mieux, en rappelant que la croissance hexagonale restait inférieure de 0,5 point à la moyenne de la zone euro. Il a notamment insisté sur le fait que le chômage, qui touche 9,6% de la population active, restait trop élevé. Et cela alors que beaucoup d'entrepreneurs font état de difficultés d'embauche. François Villeroy de Galhau a également rappelé que la France conservait un déficit extérieur important, traduisant un manque de compétitivité. Tout cela montre qu'il faut faire des réformes, notamment dans le secteur de la formation professionnelle et de l'apprentissage, a conclu le responsable de la Banque de France, qui n'a pas modifié à ce stade ses prévisions économiques pour 2018. Dans sa dernière note macroéconomique, l'institution monétaire avait évoqué une croissance de 1,7% en 2018 et 1,8% en 2019, avant une léger tassement en 2020 (1,6%).

Du coté du business les yeux des investisseurs continuent de se porter sur Kering qui a vu son titre progresser de 85 % en 2017. Le groupe s'apprête à distribuer ses titres Puma à ses actionnaires, donnant à la famille Pinault une participation directe dans l'équipementier sportif. Une opération saluée par les analystes qui apprécient le nouveau statut de "pure player" de l'entreprise dirigée par François-Henri Pinault.

STEPHANE RICHARD MOINS INQUIET

Selon les informations de WanSquare et de la Lettre de l’Expansion, le groupe Accor aurait revu à la baisse son projet de cession d’une partie de son portefeuille immobilier. Ce projet négocié depuis plusieurs mois avec un groupe d'investisseurs français et internationaux de premier plan a donné lieu à plusieurs lettres de confirmation d'intention détaillées qui devraient permettre à AccorHotels d'aboutir prochainement à la signature d'un accord définitif. Mais le rendement financier attendu de l’opération et les conditions de cette transaction auraient été revues à la baisse afin de séduire réellement des investisseurs plutôt frileux. le groupe avait amorcé à l'été 2016 la filialisation de ses activités immobilières afin d'en céder le contrôle à des investisseurs de façon à dégager les moyens financiers nécessaires à une nouvelle accélération de sa croissance. Le périmètre comprend 960 hôtels en propriété et location. La valeur brute des actifs a été estimée début 2017 à 6,6 milliards d'euros.

Enfin, malgré le renvoi intervenu fin décembre de Stéphane Richard devant le tribunal correctionnel dans le cadre de l’affaire Tapie, le patron d’Orange tiendrai encore la corde pour un troisième mandat. Le conseil d’administration de l’opérateur semi-public votera le 20 février 2018 le renouvellement du mandat d’administrateur de l’ancien inspecteur des finances, donnant ainsi une première preuve de sa volonté de le maintenir en poste, ou pas. Selon les indiscrétions recueillies par WanSquare, le sujet a fait l’objet d’échanges discrets mais confiants entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Le Chef de l’état, inspecteur des finances lui-même, mais qui n’est pas un proche de Stéphane Richard, se serait résolu à ne pas intervenir dans ce dossier afin de ne pas gêner sa reconduction.

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