WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Début d’année 2018 en fanfare
par Yves de Kerdrel

Jamais les planètes n’ont été aussi bien alignées sur le plan économique. Ce qui explique le nouveau record de Wall Street, la remontée de l’Euro, celle du pétrole, et la multiplication des opérations d’acquisitions. Emmanuel Macron compte bien profiter de cette période bénie pour accélérer ses projets de réforme.

07/01/2018 - 07:19 Temps Lecture 13 mn.

Comme l’a joliment expliqué Christine Lagarde, il y a quelques jours, à l’occasion d’un passage à Paris, il existe un vieil adage américain qui explique que « lorsque le soleil brille, profites-en pour refaire le toit ». C’est exactement le message qu’Emmanuel Macron a fait passer lors de chacune de ses cérémonies de vœux. Son but n’est pas de capitaliser sur les réformes effectuées en 2017, ni de ralentir le rythme des chantiers, mais au contraire d’accélérer, voire même d’ouvrir de nouvelles pistes de réformes. Tel était également le message communiqué à l’issue du séminaire gouvernemental de mercredi dernier.

Certains commentateurs expliquent que le Chef de l’Etat n’a pas d’autre solution, à l’image d’un cycliste qui est obligé de pédaler faute de quoi il tomberait. Selon nos informations recueillies au sommet de l’Etat, l’état d’esprit d’Emmanuel Macron est tout autre. Il a mesuré ces derniers mois que la transformation du pays, que chacun annonçait impossible, était finalement réalisable. Et c’est la raison pour laquelle à partir de la mi-décembre il a décidé de placer l’année 2018 sous le signe d’un flot ininterrompu de réformes. Le meilleur exemple de cette évolution est la réforme des seuils sociaux qui aurait du figurer dans les ordonnances et que le Chef de l’Etat avait retiré pour ne pas accroître la tension avec les syndicats. Cette réforme est désormais à l’ordre du jour pour un texte qui devrait voir le jour au printemps.

MACRON FAIT LE PLEIN DE CONFIANCE

Tout cela intervient dans un contexte toujours très favorable au Président de la République. Même si l’audience télévisée de ses vœux a été plus faible qu’espérée, la cote de confiance du chef de l'Etat continue de se redresser. En ce début d'année, elle gagne une nouvelle fois 2 points sur un mois dans le sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique, à 42 %. Soit 4 points en deux mois. Et 7 points de plus que François Hollande à la même période de son quinquennat. Dans ce baromètre, le locataire de l'Elysée ne repasse pas la barre des 50 % de bonnes opinions. Sauf dans deux catégories socioprofessionnelles, les cadres et professions intellectuelles dites supérieure d'un côté ; les retraités de l'autre (52 % à chaque fois). A l'inverse, c'est chez les ouvriers qu'il réalise son plus mauvais score : 29 %.

Dans le même temps, la proportion de Français ne lui faisant pas confiance pour affronter efficacement les principaux problèmes diminue. Quatre points de moins sur un mois, à 50 %. Et ils ne sont plus que 20 % à ne pas lui faire confiance du tout. De fait, Emmanuel Macron fait quasiment le plein chez ses électeurs du premier tour de la présidentielle, 87 % d'entre eux disant avoir confiance en lui. Il recueille notamment 52 % d'opinions favorables parmi les électeurs de François Fillon. En revanche la plupart des membres de son gouvernement reculent. A commencer par Edouard Philippe. Après trois mois de hausse, la cote de confiance du Premier ministre s'effrite, de 2 points, à 37 %. Dans la foulée, Gérald Darmanin perd 2 points, Jean-Yves Le Drian et Bruno Le Maire 3, Muriel Pénicaud 6, Christophe Castaner 7 et Nicolas Hulot 8 points.

IMPORTANT VOYAGE EN CHINE

C’est justement le ministre de l’Ecologie qui va se retrouver en première ligne, dans les semaines qui viennent, sur le sujet brûlant de Notre-Dame des Landes. Le Premier Ministre a commencé en fin de semaine son travail d’explication et de pédagogie auprès des partenaires socio-économique de la Région Pays de Loire et des élus locaux sur la pertinence d’une refonte de l’aéroport actuel. Comme WanSquare l’a déjà révélé, le schéma de l’exécutif sur ce sujet, qui sera rendu public, à la fin janvier, serait d’annoncer la fin du projet de Notre-Dame des Landes, mais aussi l’évacuation immédiate et sans concession des zadistes. Ce qui permet à la gendarmerie de commencer à échafauder de véritables plans de bataille. Car sur place, les occupants de la fameuse ZAD sont déterminés à en découdre avec les forces de l’ordre.

En attendant, Emmanuel Macron s'envole aujourd’hui pour la Chine, pour un voyage de trois jours où il devrait signer de nombreux accords économiques et culturels mais aussi nouer un partenariat stratégique avec Pékin, notamment sur le terrorisme et le climat. La France veut développer et rééquilibrer ses relations bilatérales avec la Chine, avec laquelle elle a un déficit commercial de 30 milliards d'euros, le plus important de son commerce extérieur. Pékin est son deuxième fournisseur et son huitième client. Emmanuel Macron sera donc accompagné de plus de 50 chefs d'entreprises, dont ceux d'Airbus, Dassault, Auchan et Sodexo. Lors de ce voyage, Paris devrait notamment annoncer des ventes d'Airbus et de moteurs Safran, un accord dans le nucléaire où Areva négocie la construction d'une usine de retraitement des déchets radioactifs, ainsi que dans la construction de maisons de retraite avec le groupe Orpea.

CREATION D’UN FONDS FRANCO-CHINOIS

Des accords devraient aussi être conclus dans l'intelligence artificielle – selon nos informations, le mathématicien et député Cédric Villani est du voyage -, les villes durables et la culture avec le projet d'un Centre Pompidou provisoire à Shanghai. Les deux pays devraient en outre annoncer un fonds d'investissement franco-chinois d'un milliard d'euros pour investir dans des entreprises moyennes, principalement des PME françaises qui s'établissent en Chine. Par ailleurs Emmanuel Macron souhaite aussi solliciter l'appui de la Chine pour la force antijihadiste G5 Sahel, en cours de développement. Cette force, composée de soldats de cinq pays de la région (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger, Mauritanie) doit monter en puissance pour atteindre 5.000 hommes d'ici au printemps 2018.

Accompagné de son épouse, il débutera sa visite à Xi'An, un symbole important car c'est le berceau de la civilisation chinoise et le point de départ des anciennes routes de la soie. Il y prononcera son principal discours sur l'avenir des relations franco-chinoises, après une visite à la célèbre armée enterrée de l'empereur Qinshi Huangdi. A Pékin, il se rendra à la Cité interdite ainsi qu'à l'Académie des sciences spatiales. Il rencontrera la communauté française, des grands fonds d'investissement chinois mais veut aussi aller à la rencontre des Chinois. Plusieurs ministres, des parlementaires et des responsables politiques connaisseurs de la Chine sont aussi du voyage, dont Laurent Fabius et Jean-Pierre Raffarin. A son retour il devrait s’arrêter à Rome afin de faire un point sur les dossiers européens avec le Premier Ministre italien.

TAUX DE CHOMAGE RECORD AUX ETATS-UNIS

Au chapitre économique, c’est toujours une avalanche générale de bonnes nouvelles. Qu’il s’agisse des Etats-Unis où le Dow Jones a franchi la barre des 25.000 points. Les commandes à l'industrie américaine ont augmenté en novembre pour le quatrième mois d'affilée, et plus que prévu, mais les investissements en biens d'équipement ont semblé se tasser, même s'ils ont fortement augmenté sur l'ensemble de 2017. La hausse des commandes est de 1,3%, à la faveur d'une croissance de la demande de matériels de transport et d'équipements électriques, a annoncé le département du Commerce vendredi. Les économistes interrogés par Reuters anticipaient une hausse de 1,1% en novembre. En octobre, les commandes avaient augmenté de 0,4%, alors qu'une baisse de 0,1% avait été rapportée en première estimation.

Seule déception outre-Atlantique avec l’annonce vendredi que les créations de postes ont ralenti plus que prévu en décembre aux Etats-Unis en raison d'une baisse de l'emploi dans le secteur de la distribution. De fait, l'économie américaine a créé 148.000 emplois le mois dernier, a annoncé vendredi le département du Travail, mais le secteur de la distribution a perdu 20.300 postes en décembre, la plus forte baisse depuis mars, malgré une solide période des fêtes de fin d'année. Le taux de chômage est resté inchangé à un creux de 17 ans de 4,1%. Les économistes interrogés par Reuters avaient prévu 190.000 créations d'emplois en décembre. L'économie doit créer 75.000 à 100.000 emplois par mois pour suivre la croissance de la population en âge de travailler.

UNE CROISSANCE FRANCAISE RECORD DEPUIS SEPT ANS

S’agissant de la France, l'indicateur composite final de l'ensemble de l'activité s'est établi à 59,6 points, contre 60,3 points en novembre, a détaillé Markit. Ce chiffre est légèrement inférieur à une première estimation publiée le 14 décembre, qui évoquait un PMI à 60 points. Le secteur des services français termine l'année sur de solides performances, l'activité continuant de croître à l'un de ses rythmes les plus élevés depuis six ans et demi, malgré un léger ralentissement par rapport à novembre. L'activité est considérée en expansion lorsque l'indice se situe au-dessus de la barre des 50 points et en contraction lorsqu'il est en dessous. Selon Markit, l'expansion du secteur continue de reposer sur une forte demande clients, la hausse des nouvelles affaires affichant en effet un rythme similaire à celui enregistré en novembre, le plus important depuis 6 ans et demi. Par ailleurs la confiance des entreprises a poursuivi son amélioration, pour le deuxième mois consécutif, se traduisant par de nouvelles créations d'emplois au cours du mois de décembre.

Si Jean-Dominique Senard a du faire une croix sur la Présidence du Medef il a pu se consoler par l’annonce d’une très belle opération cette semaine. Le fabricant français de pneumatiques Michelin et le groupe japonais Sumitomo ont conclu un accord sur la formation d'une coentreprise qui réunira leurs activités de vente de pneus de remplacement sur le marché américain. Cette coentreprise sera le deuxième acteur du secteur de la vente en gros de pneumatiques aux Etats-Unis, ont précisé les deux groupes dans un communiqué. La nouvelle société réunira TCi Wholesale, filiale de Michelin North America, et TBC, le réseau de distribution de pneumatiques de remplacement de Sumitomo aux Etats-Unis et au Mexique, qui comprend 59 centres de gros et plus de 2.400 points de vente de détail en Amérique du Nord. Compte tenu de l'écart de valorisation entre les deux activités, Michelin paiera 630 millions de dollars en numéraire à Sumitomo afin de détenir 50% de leur coentreprise.

LES PREMIERS PAS DE MIF 2

Les ingénieurs du Corps des Mines, très présents dans l’état-major d’EDF ont eu gain de cause. Désormais contrôlée par l’électricien, l'ancienne filiale d'Areva spécialisée dans la conception de réacteurs nucléaires est renommée Framatome, la société retrouvant ainsi son appellation d'origine. Créée en 1958, Framatome a construit les 58 réacteurs actuels du parc nucléaire français à partir des années 1970 puis s'est alliée à l'allemand Siemens en 1999 avant de fusionner avec la Cogema pour former Areva en 2001. L'entreprise est détenue à 75,5% par EDF depuis le premier janvier à l'issue d'une restructuration de la filière nucléaire française décidée en 2015, qui a acté la fin du modèle intégré d'Areva - des mines au recyclage des combustibles, en passant par les réacteurs - dans un contexte de crise du groupe.

A noter aussi que le réassureur Scor, que dirige Denis Kessler, a annoncé mercredi avoir finalisé l'acquisition en totalité de MutRé, annoncée en juillet dernier pour un montant non communiqué. Cette opération, destinée à renforcer les activités vie et santé du groupe, sera relutive sur le rendement des capitaux propres et sur le résultat par action. Scor détenait déjà une participation de 33% dans MutRé avant de prendre le contrôle exclusif de la société. Cette annonce a porté le titre qui s’est apprécié de près de 40 % au cours des trois dernières années.

Enfin, comme prévu, la directive révisée sur les marchés d'instruments financiers, MIF 2, est entrée en vigueur et l'immense majorité des sociétés de gestion prendront à leur charge les coûts de la recherche externe. Parmi les grands gestionnaires d'actifs, seuls Carmignac, Deka et Fidelity International ont choisi, à notre connaissance de répercuter ces coûts à leurs clients. L'objectif de la nouvelle réglementation était de mettre fin à un système opaque dans lequel les courtiers et les banques d'investissement fournissent gratuitement leur recherche aux sociétés de gestion, mais se rémunèrent sur l'exécution des ordres de marché opérée pour leur compte. Conséquence de cette décision : les sociétés de gestion imputant directement les coûts de la recherche dans leur compte de résultat vont être tentées de réduire le nombre de courtiers avec lesquels elles travaillent. Cette concentration du marché va également inciter les entreprises à s’adresser aux analystes les plus influents et aux grands investisseurs dans le cadre des roadshows selon une enquête d'Exane BNP Paribas et Ernst and Young menée auprès de 300 responsables de relations investisseurs en Europe.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Un début 2018 sur les chapeaux de roue

31/12/2017 - 08:00

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / L’année économique finit en beauté

24/12/2017 - 07:00