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Yves de Kerdrel

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L’année économique finit en beauté
par Yves de Kerdrel

Révision à la hausse des projections de croissance pour 2018, vote de la réforme fiscale aux Etats-Unis, Reprise des grandes opérations de M & A, marchés financiers au plus haut. L’année 2017 se termine avec un parfait alignement des planètes.

24/12/2017 - 07:00 Temps Lecture 13 mn.

Emmanuel Macron ne pouvait recevoir plus beau cadeau d’anniversaire. Lui qui a brièvement co-organisé le Colloque Franco-Britannique, avec les dirigeants de The Economist, à l’époque où il était chez Rothschild s’est vu honoré par le grand magazine libéral britannique. Aux yeux du célèbre hebdomadaire, la France a les atouts pour être élue « pays de l'année ». Chaque année depuis 2013, le journal choisit un pays, de n'importe quelle taille, qui a changé significativement pour le mieux au cours des douze derniers mois, ou rendu le monde meilleur. Cette année, la France était en concurrence avec la Corée du Sud mais, explique l'hebdomadaire dans son édition de ce mercredi, le pays a su déjouer toutes les attentes.

Dans son article, The Economist, habituellement connu en France pour ses moqueries envers Nicolas Sarkozy et François Hollande, compare les anciens chefs de l'État avec l'actuel. Bilan: Emmanuel Macron a changé, en mieux, l'image de la France. La rédaction rappelle comment le jeune ex-banquier a remporté l'élection présidentielle, et décrit comment La République en marche, formation pleine de novices en politique, a renversé la vieille garde lors des législatives. Surtout : le magazine juge que l'image de la France, qui semblait irréformable, coincée entre la sclérose et la xénophobie, en a été transformée notamment par la réforme du marché du travail et la loi anti-corruption.

MONARQUE REPUBLICAIN

Alors qu'Emmanuel Macron a fêté jeudi ses 40 ans, c'est une note globalement positive que les Français lui adressent également après ses huit premiers mois à l'Élysée. Avec une nuance toutefois puisqu'ils déplorent toujours chez le chef de l'État un côté «président des riches» et qu'ils perçoivent chez lui un manque d'humilité. Voilà les principaux enseignements d'un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France info. Emmanuel Macron est redevenu populaire dans les baromètres de popularité et c'est un phénomène inédit dans l'histoire de la Ve République. Un phénomène qui s'explique par le regard nouveau que les Français portent sur l'action du président de la République depuis son élection, en mai dernier. En décembre, 52 % des personnes interrogées se déclarent ainsi satisfaites de l'action du chef de l'État alors qu'elles n'étaient que 41 % à formuler un tel jugement début novembre.

Dans le détail, c'est surtout pour son action sur l'Europe et l'international que le chef de l'État est salué avec 61 % de personnes satisfaites, en progression de 6 points. L'éducation arrive juste derrière, à 57 %, en progression de 5 points, puis la sécurité, à 55 %, chiffre stable. Seul domaine testé où la part des Français mécontents dépasse celle des Français satisfaits, celui des questions économiques et sociales. Autres points négatifs pour le chef de l'État, les défauts que lui prêtent les Français, comme celui d'être le président des riches (67 %), une sorte de monarque républicain qui ne serait ni humble (72 %) ni proche des gens (62 %). Pour le reste, c'est un panégyrique que les Français dressent d'Emmanuel Macron, président dynamique, compétent et sympathique qui sait où il va et incarne le renouveau. Tout l'enjeu pour Emmanuel Macron consiste désormais à s'appuyer sur ce capital pour poursuivre l'application de son programme de réformes. Celui-ci s'annonce chargé pour le premier semestre 2018 avec des textes potentiellement conflictuels comme celui sur l’assurance-chômage, l'asile et l'immigration.

DEBUT D’ANNEE 2018 CHARGE

Fort de ce bon bilan et des réformes d’ores et déjà adoptées, Emmanuel Macron s’accorde une semaine de congés entre Noël et le Jour de l’An. Selon les informations de WanSquare obtenues auprès de son entourage, il devrait délaisser l’Élysée et la Lanterne pour une semaine de ski à La Mongie, villa d’où était originaire sa grand-mère qui l’a élevée. Auparavant il a été passé la soirée de vendredi et la nuit au Niger, à Niamey, avec les soldats français. La veille il avait fêté son anniversaire à l’Élysée avec une quarantaine de collaborateurs et de fidèles du Palais présidentiel. Dans son petit discours il a incité ses proches à partir également en vacances afin de reprendre des forces pour un début d’année 2018 qu’il souhaite aussi bien rempli que les dernières semaines.

Selon nos informations, les organisations patronales et syndicales ont décidé d'engager une négociation sur la réforme de l'assurance chômage, qui débutera le 11 janvier et s'achèvera mi-février. D’après le calendrier établi mercredi par les partenaires sociaux, les réunions auront lieu tous les jeudis. Le gouvernement avait invité les partenaires sociaux à négocier d'ici fin janvier sur trois chantiers de réforme, parmi cinq envisagés. Dans son document d'orientation envoyé mi-décembre aux partenaires sociaux, le gouvernement les invitait à négocier sur l'ouverture du régime aux indépendants et à davantage de démissionnaires (70.000 démissionnaires sont déjà indemnisés chaque année), ainsi que sur un système pour lutter contre la précarité. Sur deux autres sujets, le contrôle des chômeurs et la gouvernance du régime d'assurance chômage où l'État veut renforcer son rôle, l'exécutif souhaitait garder la main.

VOIE LIBRE POUR ROUX DE BEZIEUX

C’est dans ce contexte que Geoffroy Roux de Bézieux, actuel vice-président du Medef devrait annoncer officiellement sa candidature à la succession de Pierre Gattaz. L’annonce pourrait intervenir entre la mi-janvier et le début février. Maintenant que l’hypothèse Senard (du nom du patron de Michelin) a été écartée pour des raisons de limite d’âge, l’ancien fondateur de Virgin Mobile en France semble avoir la voie libre. Bien sûr de nombreuses candidatures nouvelles commencent à apparaître, notamment dans les territoires. Mais le mode de scrutin de cette élection favorise une personnalité proche des fédérations professionnelles, tout en étant indépendant du CAC 40, comme celle de Geoffroy Roux de Bézieux. Toute la question pour ce dernier sera d’affirmer un positionnement équilibré vis-à-vis des pouvoirs publics. En accompagnant les réformes souhaitées par Emmanuel Macron mais en défendant fermement les intérêts des entrepreneurs.

Au chapitre économique il faut retenir une activité toujours soutenue outre-Atlantique. Selon des données publiées vendredi par le département du Commerce, les dépenses des ménages, qui comptent pour plus des deux tiers de l'activité économique des Etats-Unis, ont augmenté de 0,6% le mois dernier contre une progression, revue à la baisse, de 0,2% en octobre et un gain de 0,5% anticipé par les économistes interrogés par Reuters. Ajustées de l'inflation, ces dépenses ont progressé de 0,4% en novembre après être restées inchangées en octobre. Les revenus des ménages se sont appréciés de 0,3% le mois dernier après une hausse de 0,4% en octobre. Comme les dépenses ont augmenté davantage que les revenus, l'épargne des ménages est revenue à 426,2 milliards de dollars en novembre, au plus bas depuis août 2008, contre 466,9 milliards en octobre. Le taux d'épargne est ainsi tombé à 2,9%, au plus bas depuis novembre 2007, contre 3,2% en octobre.

LES FRANÇAIS CONSOMMENT PLUS

De son côté, l'économie française, passée à la vitesse supérieure depuis l'automne 2016, s'oriente vers une solide fin d'année et cet élan devrait se poursuivre début 2018. L'Insee a revu en hausse vendredi la progression du produit intérieur brut du troisième trimestre, ainsi que celle du premier trimestre, à 0,6% contre 0,5% précédemment dans les deux cas. Après avoir peiné à décoller depuis trois ans, l'économie française, qui a enregistré une croissance de 0,5% au dernier trimestre 2016, a enchaîné sur une cadence de 0,6% par trimestre entre janvier et septembre 2017. Cette série caractérisant une croissance moins volatile et plus solide est sans précédent depuis l'éphémère rebond d'après-crise amorcé fin 2009 et brutalement interrompu au printemps 2011. Avec ces révisions à la hausse, l'acquis de croissance à fin septembre pour l'ensemble de 2017, à savoir l'évolution du produit intérieur brut si l'activité stagnait complètement au cours des trois derniers mois de l'année, s'établit à 1,8% (contre 1,7% dans la précédente estimation).

Ce chiffre dépasse d'ores et déjà la croissance de 1,7% attendu par le gouvernement pour l'ensemble de l'année, qui est inférieur à la prévision de 1,8% de la Banque de France et à celle de 1,9% de l'Insee. Sachant que la Banque de France table sur une croissance de 0,5% au quatrième trimestre et que l'Insee prévoit une progression de 0,6% du PIB sur cette période, l'économie française est bien partie pour enregistrer cette année sa croissance la plus élevée depuis son éphémère rebond de 2011, à 2,1%, même si elle devrait rester à la traîne de la zone euro. Élément encourageant pour la croissance du quatrième trimestre : la consommation des ménages en biens a rebondi plus que prévu en novembre, sa progression de 2,1% sur le mois effaçant quasiment son recul de 2,1% en octobre.

L’INVESTISSEMENT PROGRESSE NETTEMENT

Au-delà de cette bonne nouvelle, la plupart des indicateurs sont bien orientés. Climat des affaires au beau fixe, rebond du moral des ménages et production industrielle en hausse constituent autant de signes laissant présager d'une poursuite de la tendance en 2018. La croissance française est installée sur un bon rythme, mais elle est aussi plus solide, avec des progressions plutôt confortables sur la plupart des composantes de la croissance. Au troisième trimestre, la production de biens et services en France a progressé de 0,7% (après +0,8% au deuxième trimestre). Les dépenses de consommation des ménages ont accéléré, progressant de 0,6% après une hausse de 0,3% au deuxième trimestre.

La progression de l'investissement est restée soutenue (+0,9%), alimenté par la hausse continue de celui des entreprises (+1,1%) et de celui des ménages (+1,1% également), des évolutions identiques à celles livrées lors de la précédente estimation. Au total, la contribution de la demande intérieure finale à la croissance du troisième trimestre a atteint 0,6 point, celle de la variation des stocks des entreprises s'est établie à 0,5 point et celle du commerce extérieur est redevenue négative, à -0,6 point après +0,6 point au trimestre précédent. Après avoir pesé sur la croissance en 2016 et 2017, le commerce extérieur devrait selon l'Insee retrouver en 2018 une influence moins négative, voire neutre.

THIERRY BRETON EN PISTE POUR AIRBUS ?

Après la tentative d’OPA d’Atos sur Gemalto contrée par une surenchère de Thalès, les investisseurs ont salué unanimement l'annonce d'un mariage entre Thales et Gemalto, qui comptent ainsi devenir les leaders du traitement et de la protection des données, le Graal commun des géants de la technologie et des industries comme l'aérospatiale et la défense. Patrice Caine, PDG de Thales avait des contacts informels depuis plusieurs mois avec Philippe Vallée, directeur général de Gemalto, qui a rejeté il y a dix jours une offre d'Atos présentée fin novembre. La vraie différence entre les deux offres, c'est que Thales a réussi à convaincre la direction et le conseil d'administration de Gemalto, au contraire d'Atos. Pour la plupart des observateurs, l'opération est très cohérente d'un point de vue stratégique, en termes de chiffre d'affaires et paraît bien plus intéressante pour Thales que de rester sur une imposante trésorerie nette, qui atteignait 2,294 milliards d'euros au 30 juin.

L'équipementier a fait savoir qu'il avait l'intention de conserver toutes les activités de Gemalto, y compris les cartes SIM, répondant à une inquiétude manifestée par les syndicats du groupe. Mais le directeur général de Gemalto Philippe Vallée a souligné que le plan de 288 suppressions de postes en France annoncé fin novembre serait bien réalisé. Thales s'est en outre engagé à préserver l’emploi dans les activités françaises de Gemalto au moins jusqu’à fin 2019. Thales, qui estime avec Gemalto pouvoir devenir le numéro deux mondial de la cybersécurité avec 4,2 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros) de chiffre d'affaires, juste derrière l'américain Symantec, n'anticipe pas de problème antitrust majeur ni de difficultés concernant les autorisations liées aux investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS).

Après s’être rangé aux ordres de l’État sur Gemalto, Thierry Breton, le patron d’Atos et très proche d’Emmanuel Macron, pourrait se voir proposer la présidence d’Airbus. En principe Tom Enders a sauvé sa tête la semaine dernière, en conservant les commandes jusqu'à la fin de son mandat, en 2019. Mais tiendra-t-il jusque là ? Dans le secteur aéronautique, on en doute. D'où l'arrivée de noms extérieurs, comme Thierry Breton et Patrice Caine. Ce dernier a démenti… à la différence de Thierry Breton.


Toute l’équipe de WanSquare et celle de la Lettre de l’Expansion se joignent à moi pour vous souhaiter de très joyeuses fêtes de Noël et une belle fin d’année et pour vous remercier de votre fidélité.

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