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Yves de Kerdrel

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Beau temps pour Macron,&nbsp;<div>sale temps à l’international</div>
par Yves de Kerdrel

Après une semaine d’unité nationale liée à la disparition de Jean d’Ormesson et celle de Johnny Hallyday, retour à la réalité avec une semaine marquée par la remise du rapport sur Notre-Dame des Landes et surtout par la forte montée des tensions en Israël.

10/12/2017 - 06:58 Temps Lecture 13 mn.

Drôle de semaine où l’actualité gouvernementale et parlementaire a semblé être mise entre parenthèse en raison des disparitions successives de deux personnalités d’ampleur nationale : Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday. Emmanuel Macron a naturellement participé activement aux obsèques de ces deux figures. La première aux Invalides en raison de son statut de Grand-Croix de la Légion d’Honneur (dignité réservée à 50 français). La seconde lors de la cérémonie religieuse à la Madeleine après l’hommage populaire rendu lors d’une gigantesque descente des Champs-Élysées.

Tout cela intervient au moment où, avec un rebond de six points, Emmanuel Macron revient à 50% d'approbation de son action dans le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio. Jusqu’ici, jamais un président de la République tombé dans l'impopularité n'était jusqu'à présent redevenu populaire dans ce type de baromètre d’opinion. Avant lui, François Hollande avait bien enregistre un rebond de 21 points (40%) après les attentats de Charlie et Nicolas Sarkozy, lui, avait connu une forte hausse de 8 points en novembre 2008 (47%) mais ils n'étaient pas sortis des affres de l'impopularité.

EDOUARD PHILIPPE SUR UN NUAGE

Emmanuel Macron doit ce sursaut à une forte hausse à droite (+12 % chez les sympathisants des Républicains), à la solidité de son socle de soutien à LREM (91%) et à un rebond inattendu chez La France insoumise (29%, +9). Il baisse en revanche au PS (43%, -5). L'analyse de l'enquête montre que son style de chef de l'État est apprécié : il renouvelle bien la fonction (+9) et il représente bien la France à l'étranger (+5). Comme une sorte d'effet Afrique après sa tournée réussie la semaine dernière, du Burkina Faso au Ghana en passant par la Côte d'Ivoire. Ajoutons à ces bons chiffres, deux autres données encourageantes pour l’Élysée : le chef de l’État est majoritaire auprès des retraités (55%, +6), preuve qu’il n’y a pas pour l’instant d’effet hausse de la CSG; il gagne aussi 8 points chez les ouvriers (36%).

L'action d'Édouard Philippe est saluée dans un même élan par les Français (52%, +2) en particulier ceux de droite (66%). Le Premier ministre apparaît comme un bon exécutant : il dirige bien l'action de son gouvernement (66%, +2) marquée par aucun couac (ou presque) en sept mois. L'équation Macron-Philippe fonctionne bien, jusqu'à présent, aux yeux des Français. Dernier point : il se confirme qu'Emmanuel Macron a tué l'opposition. Pour preuve : l'élection du président de LR qui se déroule aujourd’hui apparaît comme un non événement, elle n'est relevée que par… 17% des Français selon le classement des conversations des Français au cours des derniers jours.

LES DANGERS DE L’ELECTION DE WAUQUIEZ

L’autre problème de cette élection à la présidence des Républicains, c’est la probable faiblesse du taux de participation. En théorie le nombre d’adhérents à jour de cotisation au 30 juin dernier se situe autour de 230.000. Mais on estime le nombre d’adhérents actifs avec des adresses réelles et des moyens de se connecter pour voter à 140.000. Dans l’entourage de Laurent Wauquiez on s’attend à un nombre de votants à peine supérieur à 60.000. Cette faible mobilisation s’explique par l’usure des électeurs qui ont déjà dû voter en 2012 et en 2014 pour élire le président du parti avant de choisir il y a un an le candidat à l’élection présidentielle. Les voilà donc « convoqués » dans l’isoloir pour la septième fois en cinq ans dans un contexte où la droite n’occupe plus de place.

Si ce soir, comme c’est attendu par beaucoup, Laurent Wauquiez est élu dés le premier tour, il pourrait devenir chef de l’opposition à la suite d’un scrutin qui lui aura donné… 40.000 voix. Ce qui atteindra sa légitimité. Si bien que l’enjeu de ce soir est de savoir qui arrivera en tête des deux outsiders : Maël de Calan soutenu par Alain Juppé ou Florence Portelli, fillonniste soutenue par Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. De ce résultat dépendra la composition du futur bureau politique qui devrait, en principe, marquer la volonté d’ouverture et de rassemblement de Laurent Wauquiez.

LE RENDEZ-VOUS DE NOTRE-DAME DES LANDES

A l'Élysée, on reconnaît à Laurent Wauquiez, une certaine efficacité politique. Dans l’entourage proche d’Emmanuel Macron on estime qu’il lui a fallu un certain talent pour s’imposer comme cela en six mois. Et d’ajouter qu’il est très organisé. On considère cependant que le plus dur commence pour le candidat pressenti pour devenir le prochain président des Républicains. Si l'Élysée considère que Laurent Wauquiez a su émerger à droite après l'échec de François Fillon au premier tour de la présidentielle, en avril dernier, le président de la région Rhône-Alpes-Auvergne ne tient en revanche pas le chef de l'État en haute estime. Il estime qu’Emmanuel Macron a construit un gouvernement dans lequel personne ne doit lui faire d'ombre et qu’il a mis quelqu'un à Matignon mais, qu’en fait, il n'y a pas de Premier ministre. En outre il juge que le Chef de l’État n'a pas de projet pour la France.

En matière de politique intérieure la situation est calme, en attendant la remise du rapport sur Notre Dame des Landes par le médiateur ad hoc, mercredi prochain. Ce qui devrait entrainer l’abandon du projet de nouvel aéroport mais aussi la décision d’évacuer la ZAD. Mais compte tenu d’une disposition de la loi Duflot, les squatters sont considérés comme des locataires et bénéficient donc de la trêve hivernale. Si bien que les opérations d’évacuation qui s’annoncent difficiles et musclées ne pourront débuter avant la fin mars avec la possibilité de provoquer plusieurs victimes mortelles selon un rapport confidentiel du directeur général de la gendarmerie national auquel WanSquare a eu accès.

RISQUES FORTS AU PROCHE-ORIENT

En revanche, c’est à l’international que la situation se complique après la décision de Donald Trump de déplacer de Tel Aviv à Jérusalem le siège de l’ambassade américaine. A cet effet les américains ont fait l’achat d’un ancien et très grand couvent des franciscains il y a quelques mois, situé à un jet de pierres du célèbre hôtel King David. Depuis cette annonce la tension est à son comble en Cisjordanie où tout semble se préparer pour une intifada. Tout cela dans un contexte du Levant où l’Arabie Saoudite désormais aux mains du Prince Mohamed Ben Salman entend faire le jeu d’Israël, par pure posture d’opposition à Téhéran qui réactive son soutien au hezbollah. D’où le rappel à l’ordre effectué par Riyad auprès du premier ministre libanais.

C’est dans ce moment très particulier qu’Emmanuel Macron reçoit aujourd’hui à l'Élysée le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu pour un déjeuner de travail. Ce dernier devrait arriver vers 14 h 00 au Palais, où un échange bilatéral avec Emmanuel Macron est prévu avant de laisser place à un déjeuner de travail, puis à une déclaration commune à 15 h 45. La décision américaine a été qualifiée de regrettable par le chef de l'État français et condamnée par l'ensemble des pays arabes. Cette visite en France du chef du gouvernement israélien sera la deuxième depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Benyamin Netanyahu avait été invité à Paris en juillet dernier pour commémorer la rafle du Vel d'hiv.

UN PAS EN AVANT POUR LE BREXIT

Au chapitre économique, si l’activité reste très soutenue aux États Unis comme en témoigne les créations d’emplois en novembre bien plus élevées que ce qui était attendu par les analystes, tout n’est pas rose pour autant. Le moral des ménages américains s'est dégradé en décembre contre toute attente, ainsi que l’ont montré, vendredi, les résultats préliminaires de l'enquête mensuelle de l'Université du Michigan. L'indice de confiance établi sur la base de cette enquête est ressorti à 96,8 contre 98,5 en version définitive en novembre, alors que les économistes interrogés par Reuters l'attendaient à 99,0. Le sous-indice mesurant le jugement des ménages sur leur situation actuelle a en revanche progressé, à 115,9 contre 113,5 en novembre et un consensus à 115,5. Celui des anticipations des consommateurs a reflué, passant de 88,9 en novembre à 84,6 en décembre. Le consensus le donnait à 90,6.

En revanche, une des épées de Damoclès qui étaient suspendues sur les marchés a disparu après la conclusion d’un pré-accord entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne concernant trois points majeurs des modalités de leur divorce. Ce rapport ne précise pas le montant que la Grande-Bretagne devra verser à Bruxelles en raison de sa sortie en 2019 mais les deux parties sont convenues d'une méthodologie pour le règlement financier. Selon les informations de WanSquare il est question d’un montant de 45 millions d’euros. Au sujet de l'Irlande du Nord, membre du Royaume-Uni, il est établi que, sauf accord contraire, Londres va maintenir en Irlande du Nord une législation alignée sur celle du marché intérieur de l'Union européenne et de l'union douanière afin d'éviter la nécessité d'une frontière avec la République d'Irlande, qui va rester au sein de l'UE. Enfin, au sujet des droits des expatriés, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a déclaré que la Cour de Justice de l'Union européenne resterait compétente pour garantir les droits des Européens établis au Royaume-Uni.

LA PRIVATISATION D’ADP EN MARCHE

Du côté du business, Bank of America-Merrill Lynch a été mandatée par l'Agence des participations de l'État pour gérer la privatisation de Groupe ADP. Les modalités précises de l’opération ne sont pas encore définies. Mais plusieurs schémas sont évoqués. D’abord il s’agit de déterminer si ADP doit rester un opérateur aéroportuaire propriétaire de ses terrains et détenteur d'une concession à durée indéfinie pour les exploiter, ou s'il faut transformer son modèle pour le calquer sur celui des concessions à durée en séparant le foncier de l'exploitation. Une cession de part de Groupe ADP qui ferait passer l'État français sous le seuil de 50% - contre 50,6% actuellement - requiert le vote préalable d'un article de loi, qui pourrait trouver sa place dans le futur texte sur les entreprises que portera Bruno Le Maire au premier semestre. Le groupe Vinci, qui détient 8% de Groupe ADP, a fait savoir mi-novembre qu'il avait l'intention de se porter systématiquement candidat à toutes les privatisations d'aéroports ou opportunités d'acquisition dans le secteur.

L’événement de la semaine a été l’investor Day d’Orange après une année où le titre a fait du surplace. Ce point stratégique, à mi-parcours de son plan 2015-2020, a eu le mérite de crédibiliser les espoirs des analystes dans une hausse progressive de la rémunération des actionnaires de l'ancien opérateur télécoms public ces prochaines années. Certes, le groupe de téléphonie s'est formellement contenté de promettre un dividende par action d'au moins 0,65 euro par action au titre des exercices 2017 à 2020. Mais lors d'une présentation à Londres, son PDG Stéphane Richard s'est exprimé en faveur d'un relèvement progressif de ce dividende. Cela dépendra de l'évolution future de ses résultats, ainsi que de son conseil d'administration qui fixe le dividende à soumettre au vote de ses actionnaires.

STEPHANE RICHARD EN SURSIS

Ce qu’il faut retenir par ailleurs, c’est que le risque d'une acquisition d'ampleur, susceptible de remettre en cause sa capacité à rémunérer ses actionnaires, semble pouvoir être écartée. Sceptique quant aux chances de grande fusion-acquisition entre les principaux opérateurs européens, Stéphane Richard entend se contenter d'opérations de croissance externe ciblées. Certes, les perspectives d'Orange ne sont pas dénuées d'incertitudes. D’une part le démarrage d’OrangeBank semble laborieux. D’autre part le maintien de Stéphane Richard à la tête de l'entreprise pour un troisième mandat n'est pas acquis. Le conseil du groupe se prononcera sur son renouvellement comme administrateur le 20 février 2018.

Enfin le titre Carrefour a connu une semaine difficile après que le broker Bernstein ait abaissé sa recommandation. Dans une note intitulée "Un voeu pieux n'empêche pas la maison de brûler", l'intermédiaire a revu son conseil sur la valeur à "sous-performance" contre "performance en ligne" avec un objectif de cours de 15,50 euros. Les analystes de Bernstein sont très réservés sur la nouvelle équipe de direction du groupe, dirigé depuis le 18 juillet par Alexandre Bompard. D’autant que la seule communication faite aux investisseurs par le PDG a été de repousser sa communication au 23 janvier prochain. Pour avoir une histoire crédible de redressement sur Carrefour, les analystes de Bernstein ont besoin d'une meilleure gouvernance, d'une meilleure communication, d'un éclaircissement sur les difficultés à prévoir en France, d'un plan stratégique sensé et d'une stabilisation des volumes.

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