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Yves de Kerdrel
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Fin d’année en beauté pour Macron
par Yves de Kerdrel
Tout sourit au Chef de l’état : la conjoncture, l’avancement des réformes, le laminage de l’opposition, qu'elle soit de droite ou de gauche. D’ici la fin de l’année son seul piège réside dans l’affaire de Notre-Dame des Landes où il pourrait surprendre par sa décision.
Après une tournée africaine globalement réussie et pendant que le Premier Ministre est, de son côté, en Nouvelle Calédonie, l’actualité politique a été réduite cette semaine. Tout juste émaillée par quelques sondages très positifs. Le couple exécutif a, en effet, vu sa popularité rebondir en novembre, pour retrouver son plus haut niveau depuis la fin de l'été. Ainsi, la popularité d'Emmanuel Macron a gagné 2 points en un mois et a retrouvé son niveau d'août, avec 40% d'opinions positives, selon le baromètre Elabe pour Les Échos et Radio Classique.
Selon un autre baromètre mensuel, celui de Kantar Sofres-Onepoint pour le Figaro magazine, le chef de l'État fait encore mieux, avec un rebond de 4 points de sa cote de popularité, qui remonte à 42% en novembre, après six mois de baisse consécutifs. Quant à Édouard Philippe, sa cote de confiance est au plus haut depuis le milieu de l'été (39%, +2), dépassant son niveau d'août, selon Elabe. Et selon Kantar Sofres, la popularité de Premier ministre gagne quatre points, à 40% d'opinions favorables. Ce rebond s'explique, selon Kantar Sofres, par la hausse de la confiance accordée au chef de l'État par les électeurs des Républicains (53%, +12). Mercredi déjà, un sondage BVA avait illustré cette tendance positive pour les deux têtes de l'exécutif, avec un gain de 4 points en un mois pour Emmanuel Macron, à 46%, et de 6 points pour Édouard Philippe, qui recueille 50% d'opinions favorables.
VOYAGE CRUCIAL EN ALGERIE
Autant dire que la fin d’année s’annonce sans nuage pour le Président de la République, d’autant plus qu’il a obtenu un feu vert du conseil constitutionnel concernant le projet de surtaxe imposé aux grands groupes afin de compenser la défunte taxe sur les dividendes, que le remaniement ministériel est passé comme une lettre à la poste et que les syndicats sont aux abonnés absents. Certes Emanuel Macron doit se rendre en Algérie ce mercredi. Il y retourne après y avoir fait la plus grosse bourde de sa campagne électorale. Il sera accompagné de nombreux membres de son état major particulier qui doivent avoir des contacts avec les cadres de l’armée afin d’empêcher toute bombe migratoire en cas de décès du Président Bouteflika et de prise du pouvoir par l’armée.
Le samedi 9 décembre, le Chef de l’État doit également fait un grand discours sur la laïcité qui est très attendu, d’autant que c’est un sujet qui fait partie de ses angles morts. Ce discours doit commémorer la loi de 1905. Donc a priori, le Chef de l’État devrait s’en tenir à la loi et rien que la loi. Ce qui est la position de son ami Gilles Kepel. En même temps il avait prévu de se rendre à Rome le 13 décembre pour prendre possession de son titre de Chanoine de la basilique du Latran. Une date qui ne doit rien au hasard. Puisque chaque 13 décembre est célébrée la messe de Sainte-Lucie, et l’ambassadeur de France près le Saint-Siège y est encensé et reçoit les honneurs liturgiques.
VERS UNE EVACUATION DES ZADISTES
Mais ce même 13 décembre l’actualité risque d’être un peu perturbée par l’annonce de la décision finale concernant l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Selon nos informations recueillies à l’Élysée, on se dirigerait vers une sorte de jugement de Salomon. Malgré les référendums locaux, le projet d’aéroport serait abandonné avec à la clé un gros chèque de dédit pour Vinci. En revanche il sera décidé d’agrandir l’aéroport existant, au grand dam des nantais. Mais en même temps, la gendarmerie recevrait l’ordre du Président de chasser tous les zadistes. De manière à montrer le retour de l’autorité de l’état. Sauf que l’état-major de la Gendarmerie a pondu une note secrète à laquelle nous avons eu accès qui évoque l’hypothèse d’un ou plusieurs morts en cas de nettoyage brutal de la ZAD. Les zadistes s’y attendent d’ailleurs puisqu’ils auraient creusé des pièges mortels pour une action des forces de l’ordre.
A droite Laurent Wauquiez redoute beaucoup que son élection de Maréchal n’ait lieu qu’avec très peu de votants. Ce qui entamerait sa légitimité dés le début, quelque soit son score. Pendant ce temps-là les révélations se succèdent sur la campagne de François Fillon. Patrick Stefanini, très proche d’Alain Juppé, règle ses comptes avec l’avocat François Sureau, mais aussi de manière très peu élégante avec Antoine Gosset-Grainville et Henri de Castries. Il se pourrait que d’autres révélations soient publiées dans les semaines qui viennent. Notamment de la part de l’avocat Robert Bourgi dont chacun a pu mesurer le pouvoir de nuisance.
NOUVEAUX RECORDS A WALL STREET
Au chapitre économique, il faut souligner que l'activité du secteur manufacturier américain a ralenti un peu plus fortement que prévu au mois de novembre, selon les résultats de l'enquête mensuelle de l'Institute for Supply Management publiés vendredi. Son indice ISM s'est établi à 58,2, contre 58,7 en octobre et un niveau attendu à 58,4 par les économistes. La barre des 50 sépare croissance et contraction de l'activité. Le sous-indice des nouvelles commandes est en revanche en hausse, à 64,0 contre 63,4 en octobre, et celui de l'emploi a très légèrement fléchi à 59,7 après 59,8 en septembre et un niveau attendu à 60,0. Un autre indice PMI manufacturier publié vendredi, celui de Markit, est ressorti en baisse, à 53,9 en version définitive, contre 54,6 en octobre et 53,8 en première estimation.
Cela n’a pas empêché Wall Street de tutoyer de nouveaux records. Et cela juste avant que le Sénat des Etats-Unis adopte dans la nuit de vendredi à samedi son projet de réforme des impôts préparé par la majorité républicaine, ouvrant la voie à la mise en oeuvre d‘une des promesses de campagne de Donald Trump. Le texte voté par 51 voix contre 49 va à présent faire l‘objet d‘une harmonisation avec la propre réforme votée le 16 novembre dernier par la Chambre des représentants avant qu’une version définitive puisse être présentée pour promulgation au président américain. Donald Trump, fragilisé par l’inculpation de son ex-conseiller national à la sécurité Michael Flynn, projette d’implémenter d’ici la fin de l’année la plus ambitieuse réforme fiscale depuis Ronald Reagan en 1986.
LE BITCOIN MONTRE DU DOIGT POUR SES DERIVES
L’objectif est de réduire le taux d’imposition des entreprises et des particuliers. Les baisses d’impôts représenteraient pour les finances publiques un manque à gagner estimé à 1.400 milliards de dollars sur dix ans. Mais l’administration républicaine estime qu’elles accéléreront la reprise de l’économie américaine et favoriseront les créations d‘emplois aux Etats-Unis. Le cadre général de la réforme, a été préparé en secret pendant des mois par une demi-douzaine de représentants de la Maison blanche et du Congrès qui sont : le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, le conseiller économique de la Maison blanche Gary Cohn, le président de la Chambre des représentants Paul Ryan, le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell et les présidents des commissions des Affaires fiscales des deux chambres.
L’autre sujet macro-économique du moment réside dans la flambée du bitcoin qui vole de record en record. Le bitcoin est un actif spéculatif et ceux qui investissent dans cette monnaie virtuelle le font à leurs risques et périls, a déclaré vendredi le gouverneur de la Banque de France. « Il ne doit pas y avoir d'ambiguïté : le bitcoin n'est en rien une monnaie, ou même une crypto monnaie », a indiqué François Villeroy de Galhau lors d'une conférence organisée à Pékin. Avant d’ajouter que c'est un actif spéculatif. Sa valeur et sa forte volatilité ne correspondent à aucun sous-jacent économique et ne sont la responsabilité de personne. La Banque de France a tenu à rappeler que ceux qui investissent en bitcoin le font totalement à leurs risques et périls.
GOLDMAN SACHS TRES PRUDENT
Tout cela ravive les craintes de krach. D’autant que les Bourses vont de record en record et que les obligations affichent également des performances au plus haut. Une situation exceptionnelle, soulignent les équipes de Goldman Sachs dans une note, le niveau de valorisations de toute les classes d'actifs étant au plus haut depuis... 1900. Une telle synchronisation à la hausse des marchés est rare, estime la banque américaine, selon laquelle seules les années 1920 et 1950 ont connu ce genre de situation. Autre particularité des marchés aujourd'hui, une volatilité extrêmement basse, avec un VIX proche de son plancher historique de septembre dernier. Si la faiblesse de la volatilité pourrait durer encore deux ans (les exemples historiques montrent que lorsque le VIX est aussi bas, cela se prolonge généralement sur trois ans), la poursuite de la hausse des marchés pourrait en revanche être de courte durée.
Selon les calculs de Goldman Sachs, un portefeuille composé à 60% d'actions du S&P et à 40% d'obligations américaines à dix ans a généré un rendement de 7,1% depuis 1985, contre 4,8% sur les 100 dernières années. L'explosion de la bulle internet puis la crise financière de 2008 ont pesé sur ces performances depuis 1985. En cas de reprise de l'inflation et de resserrement monétaire plus rapide que prévu, les portefeuilles multi-actifs composés à 60% d'actions et 40% d'obligations devraient subir des contre performances importantes : les portefeuilles 60/40 ont ainsi connu des baisses de 26% en moyenne sur 19 mois, lors de précédents retournements de marchés, prévient Goldman Sachs. Même si la banque estime que la valorisation des marchés n'a pas toujours permis d'anticiper l'évolution des rendements de portefeuilles (elle a permis d'expliquer seulement la moitié des variations de portefeuilles depuis 1900).
ACQUISITION GAGNANTE POUR EURONEXT
Du côté du business, il faut noter le très beau parcours boursier d’Euronext dont le titre a grimpé de 30 % depuis le début de l’année. Cette valeur a notamment signé jeudi l'une des plus fortes progressions du Stoxx 600 et du SBF 120, après l'annonce du rachat de la Bourse de Dublin pour un montant de 137 millions d'euros financé par de la dette. Cette intégration, complémentaire des activités actuelles d'Euronext, lui apportera une expertise sur les marchés de la dette, des fonds d'investissement et des ETF.
D'après les calculs des analystes de Barclays, l'opération devrait être relutive de près de 4% avant la réalisation des synergies de coûts et d'environ 6% après. Les analystes d'ING soulignent de leur côté que cette acquisition est stratégiquement intéressante, car elle permet à l'opérateur boursier de se diversifier au-delà du marché actions. D’autres ajoutent que dans un contexte post-Brexit, la capitale irlandaise deviendrait un ancrage intéressant pour les sociétés britanniques qui pourraient choisir d'être cotées sur les deux marchés, gardant ainsi un pied dans l'Union européenne. Quoiqu’il en soit, cette opération valide la stratégie d’agilité et de rentabilité définie il y a quelques mois par Stéphane Boujnah.
CONSOLIDATION DANS LA GESTION A PARIS
Autre opération intéressante et structurante : la Financière de l’Échiquier et le groupe Primonial ont annoncé vendredi un accord stratégique visant à créer un leader français et européen de la gestion d'actifs à destination d’une clientèle de particuliers et d’institutionnels. En vertu de cet accord, qui devrait être finalisé avant la fin du 1er trimestre 2018, Primonial apportera à la Financière de l’Échiquier une partie de ses activités de gestion d'actifs (AltaRocca Asset Management et Stamina Asset Management), regroupées actuellement sous la marque "Primonial Investment Managers". En échange, le groupe de gestion prendra une participation de 40% dans la Financière de l'Échiquier, qui restera présidée par son fondateur, Didier Le Ménestrel.
Christophe Mianné prendra la direction générale de La Financière de l’Échiquier tout en gardant sa fonction actuelle de directeur général délégué de Primonial en charge de l'asset management. Christophe Mianné avait rejoint Primonial le 14 juin dernier après avoir fait toute sa carrière à la Société générale, au sein de SG Corporate and Investment Banking. Christian Gueugnier restera pour sa part directeur général délégué de La Financière de l’Échiquier. Primonial, dont les principaux actionnaires sont Bridgepoint, Crédit Mutuel Arkéa et ses dirigeants, dispose d'un encours de 16,7 milliards d'euros d'actifs gérés ou conseillés. Avec cette opération, La Financière de l’Échiquier gérera désormais plus de 10 milliards d’euros d’actifs. Cette opération est symbolique dans la mesure où elle inaugure une phase de consolidation sur le marché de Paris, à un moment où les nouvelles règles en matière de fiscalité de l’épargne vont bouleverser le marché de gestion de patrimoine. Près de dix ans après avoir co-fondé Ondra Partners, Benoît d'Angelin qui vient de relancer une nouvelle structure d'une dizaine de personnes, d'Angelin & Co, est à l’origine de cette très belle opération.
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26/11/2017 - 07:01

