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Yves de Kerdrel

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Anniversaire serein pour Macron
par Yves de Kerdrel

Avant son premier discours de vœux aux Français, le Chef de l’Etat peut savourer le fait d’avoir mené des premières réformes sans faire bouger la Rue avec une conjoncture économique qui ne cesse de s’améliorer pour 2018…sauf éclatement d’une bulle boursière.

17/12/2017 - 06:48 Temps Lecture 13 mn.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, il se murmure que les vœux 2018 auront une autre allure que ceux pratiqués jusqu’à maintenant. Non pas les vœux traditionnels faits aux français le soir du 31 décembre qui vont donner une occasion au Chef de l’Etat de sortir de sa « parole rare ». Mais les cérémonies de vœux qui émaillent le mois de janvier en commençant par les corps constitués, en continuant par les armées, les cultes, les forces économiques et en terminant par les collectivités locales. Selon nos informations, Emmanuel Macron a demandé à ses services de réduire le nombre de ces cérémonies d’en écourter le format et de diminuer le nombre d’invités. Son but étant toujours de distiller une parole rare mais forte.

Après une semaine marquée par le sommet sur le Climat, Emmanuel Macron a toutefois décidé de sortir de sa réserve. Il a, en effet, décidé d'accorder une entrevue à France 2 cette fois. Le Chef de l’Etat a ainsi accepté de participer à l'émission de Laurent Delahousse, 19h le dimanche, diffusée ce soir. Il s'agit, selon les informations de WanSquare, d'un enregistrement de 40 minutes tourné à l'issue du One Planet Summit qui porte essentiellement sur les questions climatiques. Ce joli coup réalisé par Laurent Delahousse devrait sans doute booster les audiences de son émission. Il aura cependant du mal à faire aussi bien que la première interview présidentielle réalisée par TF1. Diffusée entre 20h et 21h un dimanche, à la fois sur TF1 et LCI, cette dernière avait fédéré au total 9,8 millions de Français.

SONDAGES AU FIRMAMENT

Si le locataire de l’Elysée accepte désormais plus facilement de prendre la parole, c’est aussi parce qu’à la différence de la fin de l’été, les sondages lui sont nettement plus favorables. Avec 57 % d'opinions positives dans la dernière livraison de l'Ifop mardi, le chef de l'Etat gagne 5 points en un mois et se glisse dans le trio de tête des personnalités dont les Français ont une bonne opinion, derrière Alain Juppé et Nicolas Hulot. Et le baromètre du JDD publié ce jour fait apparaître un nouveau bond de 6 points du Chef de l'Etat. Dans son sillage, Edouard Philippe redresse également la barre avec 56 % (+2) d'opinions favorables. BVA observe une remontée significative (+4) avec 46 % de bonnes opinions dans son dernier baromètre diffusé fin novembre et YouGov une hausse de 3 points avec 35 % d'opinions favorables début décembre.

Les sondeurs que nous avons interrogés expliquent tous cette embellie par la capacité du chef de l'Etat à tenir ses engagements. C'est le prérequis pour réformer le pays et c'est ce qu'attendent les Français. Le fait qu'il ait tenu bon à la rentrée de septembre, notamment sur la réforme du code du travail, a rassuré les Français sur le fait qu'il fait ce qu'il dit. Le chef de l'Etat profite également des difficultés des anciens partis de gouvernement et progresse à la fois chez les proches des Républicains et chez les sympathisants socialistes. Edouard Philippe progresse pour sa part ou se maintient dans l'ensemble des récentes enquêtes. Il est pour partie dans la roue du président, mais il imprime progressivement son style. Par ailleurs les sondeurs n'excluent pas un petit effet Johnny, avec la plupart des personnalités à la hausse dans la dernière enquête de l'Ifop, ce qui traduit une baisse des tensions.

ET MAINTENANT L’ASSURANCE CHOMAGE

Ce début de mandat, presque sans faute, n’empêche pas la vieille gauche de continuer à essayer d’exister. François Hollande est intervenu longuement sur RTL cette semaine sans trop critiquer son successeur, mais en assurant qu’il continuerait à dire ce qu’il pense. Idem pour Ségolène Royal qui continue à pulvériser Nicolas Hulot à chaque fois qu’elle en a l’occasion. Quant à la vieille garde socialiste, elle se prépare à un affrontement entre Stéphane Le Foll et Najat Vallaud-Belkacem pour la prise de contrôle des ruines de la Rue de Solferino. L’ancienne Ministre de l’éducation nationale a publié un remarquable texte d’autocritique du quinquennat passé dans le Magazine Littéraire. Et cela pourrait conduire à un match très serré.

Pendant ce temps-là le gouvernement continue son travail de transformation du pays avec le lancement, mercredi dernier de la réforme de l'assurance chômage. Celle-ci a deux objectifs : s'adapter à la réalité du marché du travail en protégeant mieux certaines catégories de la population dont les indépendants et les salariés démissionnaires. D'autre part en espérant limiter les pertes de l'Unedic. D'après les prévisions, le régime devrait atteindre le cap de 37,5 milliards d'euros de dette cumulée d'ici 2018. Pour le moment, aucune action concrète n'a été définie. Tout va se jouer durant les négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

QUESTIONS SUR LE CHOMAGE DES DEMISSIONNAIRES

Jeudi dernier, le gouvernement a transmis à ceux-ci un programme de travail portant orientation pour la réforme de l’assurance chômage. D’une longueur de 4 pages, le texte fixe les grandes orientations. Il est notamment dit que le gouvernement souhaite s’engager sur cinq grands chantiers : la création d’un nouveau droit à l’assurance chômage pour les démissionnaires, la créations d’un nouveau droit à l’assurance chômage pour les travailleurs indépendants, la mise en œuvre de règles plus responsabilisantes pour faire progresser l’emploi stable, un meilleur contrôle et accompagnement dans la recherche d’emploi, l’évolution de la gouvernance de l’assurance chômage. Dés le lendemain un sondage publié par OpinionWay pour LCI montrait que 57 % des français voyaient d’un bon œil l’ouverture du droit à l’assurance chômage pour les salariés démissionnaires.

Durant la campagne électorale, Emmanuel Macron avait promis d’accorder l’assurance chômage aux démissionnaires une fois tous les cinq ans. Une mesure qui pourrait revenir très cher. Dans le programme de travail le gouvernement maintient donc cette mesure mais durcit les conditions. Selon une estimation réalisée par Les Echos, la mesure coûterait entre 8 et 14 millions d'euros la première année et entre 3 et 5 milliards d'euros les années suivantes. Le programme de campagne d'Emmanuel Macron prévoyait un coût de 1,44 milliard d'euros. Pour sa part, l'institut Montaigne avance l'estimation suivante : entre 4,8 milliards et 8,7 milliards d'euro chaque année. Ce coût s'expliquerait notamment par un appel d'air la première année de mise en place de la mesure.

L’OPTIMISME DE LA BANQUE DE FRANCE

Sur le plan économique les planètes n’ont jamais été aussi bien alignées. La Banque de France a relevé jeudi ses prévisions de croissance pour 2017 et 2018 en citant un investissement des entreprises plus dynamique et un redressement attendu du commerce extérieur. L'économie française devrait croître de 1,8% cette année et de 1,7% la suivante, a indiqué l'institution lors de la mise à jour semestrielle de ses prévisions. En juin dernier, la croissance française était vue à 1,3% en 2017 et 1,5% en 2018. Après une hausse de 1,1% du produit intérieur brut (PIB) en 2016, la croissance attendue cette année marquerait la plus forte progression enregistrée depuis 2011, a indiqué la Banque de France, en tablant par ailleurs sur une stabilisation de la croissance autour de 1,6%-1,8% pour la période 2018-2020.

La Banque centrale européenne a également relevé jeudi ses prévisions de croissance et d'inflation pour la zone euro tout en confirmant son engagement de maintenir la stimulation monétaire aussi longtemps que nécessaire d'autant qu'elle prévoit que l'inflation demeurera inférieure à son objectif jusqu'en 2020. La BCE a maintenu, par ailleurs, ses principaux taux directeurs inchangés et s'en est tenue à ses intentions pour l'année prochaine en dépit des appels de certains des responsables monétaires de la zone euro à prendre en compte la vigueur de la reprise économique et à suivre plus étroitement la tendance au resserrement de la Réserve fédérale américaine.

LA BELLE SEMAINE DE ROTHSCHILD

Mario Draghi a indiqué à cette occasion qu'il était plus confiant qu'il y a deux mois sur le fait que l'objectif d'inflation puisse être atteint et a dit qu'il ne voyait aucun effet négatif au resserrement décidé par la Réserve fédérale américaine qui a une nouvelle fois relevé ses taux directeurs mercredi. Six semaines après avoir annoncé une réduction de ses achats mensuels d'actifs à 30 milliards d'euros, la BCE a confirmé son intention de les poursuivre jusqu'en septembre prochain au moins et de réinvestir les sommes de la dette arrivée à échéance afin de soutenir la reprise de la croissance et de l'inflation. A noter que l'accélération de la reprise au sein de la zone euro a encore été soulignée jeudi par la publication d'un indice composite des directeurs d'achat préliminaire de décembre à un pic de près de sept ans et la révision en hausse par l'institut de prévisions économiques allemand Ifo de sa prévision de croissance de la première économie de la zone euro à 2,6% en 2018.

Du côté du business, il faut souligner la très belle semaine de Rothschild qui était partie prenante dans les deux grosses opérations annoncées ces derniers jours. L'exploitant de centres commerciaux Unibail-Rodamco a, en effet, annoncé mardi l'acquisition de la société australienne Westfield Corporation, propriétaire d'actifs immobiliers commerciaux situés aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, dans le cadre d'une offre d'achat amicale valorisant Westfield 24,7 milliards de dollars américains (21 milliards d'euros). L'offre est composée à 35% en numéraire et à 65% en actions Unibail-Rodamco. Le conseil d'administration de Westfield (société conseillée par la banque de David de Rothschild) et le conseil de surveillance d'Unibail-Rodmaco ont tous deux recommandé à l'unanimité l'opération, qui donne naissance au premier opérateur mondial de centres commerciaux dits de destination(à forte attractivité). A ce jour, Unibail détient déjà une participation de 4,9% dans Westfield. Sous réserve des autorisations usuelles et du feu vert des actionnaires, l'opération devrait être réalisée au deuxième trimestre 2018.

RESISTANCE A ATOS CHEZ GEMALTO

L’autre grosse opération de la semaine est l’OPA lancée par Atos (conseillée par Rothschild) sur Gemalto. Opération très bien accueillie par le marché, puisque l’action du groupe dirigé par Thierry Breton a immédiatement bondi de 7 %. En revanche cela n’a pas soulevé l’enthousiasme des grands actionnaires de Gemalto, société, pourtant en fort mauvais état. Le conseil a repoussé mercredi soir l'offre non sollicitée de 4,3 milliards d'euros en numéraire présentée par Atos la jugeant insuffisante. Mais la SSII présidée par Thierry Breton l'a maintenue, estimant son prix justifié. Gemalto qui espère voir le bout des difficultés à l'origine de ses profit warnings successifs, estime que le prix de 46 euros est bien en dessous des niveaux de valorisation d'autres sociétés de cyber-sécurité.

Dans un entretien publié jeudi par Les Echos, le directeur général de Gemalto ne ferme pas définitivement la porte à Atos, à condition qu'il clarifie son offre et relève son montant. Fort du bon accueil de la Bourse à son offre mardi, Atos a rétorqué qu'il maintenait sa proposition de 46 euros par action, coupon attaché, et qu'il poursuivait la mise en oeuvre de la transaction proposée. Le groupe dit préparer l’ensemble des notifications réglementaires ainsi que le projet de document d’offre devant être déposés auprès de l’autorité de marché néerlandaise et des autres autorités compétentes.

TURBULENCES CHEZ AIRBUS

Atos se targue de pouvoir donner à Gemalto un second souffle en l'adossant à un groupe qui a plus que doublé son chiffre d'affaires en moins de dix ans. Interrogée sur un mariage Atos-Gemalto, Bpifrance, deuxième actionnaire de Gemalto derrière la famille Quandt avec 8,3% du capital, a dit voir d'un oeil favorable un rapprochement entre deux acteurs français de la technologie. De son côté Gemalto pointe l'absence d'analyse circonstanciée des procédures envisagées en termes de loi anti-trust américaine, le groupe étant présent aux Etats-Unis notamment dans le secteur des cartes bancaires. Pour l’heure les opérateurs de marché semblent attendre un relèvement de l’offre faite par Atos.

Enfin, le président exécutif d'Airbus, Tom Enders, a exhorté les salariés du groupe à laisser le conseil d'administration lui trouver un successeur sans être distraits par les spéculations sur l'identité de la personne qui le remplacera. Il faut dire qu’Airbus a annoncé vendredi que Tom Enders ne briguerait pas de troisième mandat après avril 2019 et que Fabrice Brégier, directeur général délégué du groupe, quitterait ses fonctions en février prochain. Tom Enders reconnaît des divergences passées avec son numéro deux et dit compter sur l'équipe de Fabrice Brégier pour accueillir son successeur Guillaume Faury les bras ouverts et faciliter son entrée en fonction. Dans son propre courrier, Fabrice Brégier a remercié les salariés et appelé à un dernier effort pour atteindre l'objectif difficile d'un nombre record de livraisons de plus de 700 appareils en 2017.

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