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Yves de Kerdrel
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Pourrissement du dossier SNCF
par Yves de Kerdrel
La grève perlée qui semblait impossible, ira bien jusqu’au bout en dépit d’une moindre mobilisation des cheminots. Le gouvernement a été amené à faire trop de concessions à l’occasion du vote de la loi au Sénat. L’issue du conflit devrait laisser un goût amer à tous.
Alors que le mouvement de grève à la SNCF en est désormais à son troisième mois d’actions, le Sénat a approuvé mardi la réforme ferroviaire. Le texte présenté par le Premier ministre en février et vivement critiqué par la gauche et les syndicats a été largement remanié avec des amendements de tous les groupes politiques. Si le texte maintient une ouverture du secteur ferroviaire à la concurrence à partir de 2020 et met fin au recrutement au statut de cheminot à partir de 2020 à la SNCF, le dialogue engagé entre les sénateurs et les syndicats de l’Unsa et la CFDT a permis de trouver un compromis social. Ainsi ces organismes réformistes ont notamment obtenu une conservation des salaires, des primes et allocations des cheminots transférés à la concurrence.
Ces concessions faites aux syndicats ne vont pourtant pas empêcher la poursuite des actions jusqu’au 28 juin, date de la fin de la grève perlée qu’ils s’étaient fixée. C’est du moins le cas de la CGT et Sud Rail, les plus opposés à la réforme. Si le mouvement a perdu en intensité, les conducteurs de train sont encore 40 % de grévistes. Ils ne vont pas s’arrêter brutalement. Et selon les informations recueillies par WanSquare dans l’entourage du Premier ministre on s’attend à ce qu’une fois la grève perlée terminée, il y ait de nouvelles formes d’actions, qui pourraient s'ajouter à des grèves estivales chez Air France. Au moins jusqu’aux négociations de la nouvelle convention collective prévues dans les prochaines semaines.
DES SONDAGES TOUJOURS FLATTEURS
Avec la stratégie du choc frontal portée par le gouvernement, il était évident que le bras de fer serait bénéfique à Emmanuel Macron. Depuis les grèves de 1995 et la réforme des retraites conduite par Alain Juppé qui avait paralysé la France pendant trois semaines, les gouvernements successifs ont toujours tenu bon. La grève perlée n’a pas déstabilisé le pays et a mis trop de temps à s’organiser. De plus, le gouvernement a très vite remporté l’adhésion d'une bonne partie de l’opinion publique. Selon un sondage Ifop réalisé pour le Journal du Dimanche, il y a une semaine, 64 % des répondants disaient vouloir que le gouvernement aille jusqu’au bout de sa réforme. La victoire du gouvernement est donc symbolique. Mais sur le fond, l’exécutif est lui aussi perdant puisqu’il reprend les quelque 35 milliards de dettes de la SNCF en plus des 35 milliards des investissements.
Il reste que cette victoire à la Pyrrhus d'Emmanuel Macron intervient à un moment où un nombre croissant de ses proches l'avertissent sur sa politique trop droitière et qui renforcerait les inégalités. C'était le thème d'une chronique publiée hier dans Le Monde, par l'économiste, Philippe Aghion, qui fût membre de la Commission Attali comme Emmanuel Macron et l'auteur de ces lignes. Cet avertissement, le Chef de l'état en a eu connaissance dés lundi dernier. Pourtant, selon les informations recueilles par WanSquare, dés le lendemain, lors d'une réunion interministérielle présidée par Edouard Philippe, Gérald Darmanin suggérait pour 2019, la suppression de l'Aide Médicale d'Etat, dont le coût approche le milliard d'euros. Tout cela confirme le désarroi du pouvoir face à la montée des colères françaises que nous évoquions dans ces colonnes, il y a une semaine.
MACRON CHEF DE FILE DES ANTI-TRUMP
Ces derniers jours, Emmanuel Macron a joué de son image internationale pour faire oublier les couacs gouvernementaux et le début de l’affaire Köhler, du nom du Secrétaire général de l’Élysée qui fait l’objet d’une enquête de la part du Parquet National Financier. Avec son allié Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, Emmanuel Macron comptait se poser en leader d’un front anti-Trump.
C’est ce qu’il l’a amené à réunir ses quatre homologues européens attendus au Canada vendredi matin juste avant le début du G7. Le Chef de l’État français a tenté d'entamer un bras de fer avec son homologue américain en partant de l’idée que le marché des six autres pays du G7 est plus grand que le marché américain. Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner que le communiqué final du G7 se limite à des phrases creuses sur l'importance du commerce mondial et sur le rôle dévolu à l'OMC, en cas de contentieux. A noter que ce communiqué a failli ne jamais sortir. C'est la persévérance d'Angela Merkel qui a permis de maintenir une unité de façade.
VISITE SURPRISE AU VATICAN FIN JUIN
Toujours sur le plan international, selon les informations recueillies par WanSquare, le Président de la République devrait se rendre le mardi 26 juin prochain au Vatican pour une visite officielle au cours de laquelle il rencontrera le pape François. Le moment le plus important de ce voyage sera sans conteste l’entretien, probablement dans la matinée, entre Emmanuel Macron et le pape François, deux hommes qui partagent une même volonté de réforme et qui affectionnent l’un et l’autre le contact direct et la rencontre personnelle. Si la France et le Saint-Siège partagent de nombreux sujets de convergence, des dossiers plus délicats pourraient être à l’ordre du jour des discussions avec le pape ou son secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin.
Ainsi, sur la bioéthique, à quelques jours seulement de la clôture des États généraux de la bioéthique et alors que des annonces d’Emmanuel Macron sont attendues sur le sujet mais aussi sur le conflit syrien, l’accueil des migrants ou encore la question de la dissuasion nucléaire. Paris regarde, en effet, avec un étonnement teinté d’inquiétude les récentes prises de position du Vatican en faveur de l’abolition totale des armes atomiques qui vont, selon la France, à l’encontre des efforts de la communauté internationale en faveur de la non-prolifération. Par ailleurs, Emmanuel Macron devrait profiter de son déplacement à Rome pour prendre officiellement possession de son titre honorifique de premier chanoine de la basilique Saint-Jean-de-Latran, comme il en avait déjà manifesté l’intention.
REUNION DECISIVE DE LA BCE JEUDI
A droite, c’est la crise au sommet des Républicains. Il se pourrait bien que Virginie Calmels, la numéro deux officielle du Parti – qui n’est d’accord sur rien avec Laurent Wauquiez – démissionne assez vite. Le patron des Républicains qui a fait cette semaine une tribune presque ridicule sur l’Europe en parlant d’un laboratoire de la mondialisation apatride, a proposé à Virginie Calmels d’être tête de liste aux Européennes. Mais avec interdiction de choisir le programme et les investitures. Dans ces conditions, comme Luc Ferry, elle a dit non. Et c’est Valérie Boyer qui devrait s’y coller, d’autant plus qu’elle risque de perdre sa circonscription aux prochaines législatives à Marseille.
Au chapitre économique, les spéculations s’intensifient sur les conclusions de la prochaine réunion de la BCE qui aura lieu jeudi prochain. La Banque centrale européenne devrait mettre un terme à son programme de rachats d'actifs d'ici la fin de l'année, selon une enquête de Reuters qui conforte l'opinion d'une majorité d'économistes après les propos tenus cette semaine par plusieurs responsables de l'institut d'émission sur le sujet. Les dernières données de Reuters montrent que les prévisions des économistes restent largement inchangées avant la réunion du Conseil des gouverneurs du 14 juin. Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank, Klaas Knot, celui de la Banque des Pays-Bas, et Peter Praet, le chef économiste de la Banque centrale européenne, ont tous laissé entendre cette semaine qu'il était plausible d'anticiper la fin du QE en 2018.
VERS UNE HAUSSE DU DOLLAR
Si certains économistes soutiennent qu'une décision sera annoncée lors de la réunion du 14 juin, d'autres en revanche s'attendent à ce que la BCE donne seulement un calendrier sur la fin prévisible de son programme de soutien. Plutôt qu'une décision concrète, la prochaine réunion pourrait aussi avant tout être consacrée à délivrer le message suivant : la croissance tournant au ralenti, l'inflation étant principalement stimulée par la hausse des prix du pétrole et l'incertitude croissante, il y a lieu de faire preuve de prudence. Mais l'annonce de la fin progressive du QE se rapproche. De toute manière la formulation de la conférence de presse restera très prudente en raison de la décélération de la croissance, de la récente décision américaine d'imposer des droits de douane et de l'incertitude sur la situation en Italie.
Le consensus donne un relèvement de 15 points de base du taux de la facilité de dépôt à -0,25% au deuxième trimestre 2019 et une hausse du taux de refinancement de 10 points de base le trimestre suivant. Les propos des responsables de la BCE sur la fin du QE ont propulsé l'euro à 1,18 dollar, soit un plus haut de trois semaines, malgré plusieurs indicateurs économiques décevants. Une enquête Reuters auprès de responsables de stratégies devises publiée mercredi montre que la monnaie européenne s'échangerait à 1,24 dollar dans un an et que le récent rally du billet vert va s'essouffler.
OUDEA PREPARE ENFIN SA SUCCESSION
Du côté du business, c’est la Société Générale qui a focalisé l’essentiel des regards cette semaine. D’abord avec une rumeur relayée par le Financial Time concernant un projet de rapprochement avec l’italien UniCredit. Alors qu’il s’agissait plus probablement de discussions poussées entre Frédéric Oudéa et Jean-Pierre Mustier, afin que celui-ci revienne dans l’orbite de la Banque de la Défense, dont il avait été évincé après l’affaire Kerviel. Finalement en fin de semaine on apprenait que Sébastien Proto, rédacteur du programme économique de Nicolas Sarkozy, associé-gérant chez Rothschild et issu de la Promotion Senghor (comme Macron avec lequel il a toujours eu des relations difficiles) s’apprêtait à rejoindre la SocGen en qualité de Directeur de la Stratégie.
L’ancien directeur de cabinet d’Éric Woerth, puis de Valérie Pécresse au Budget, remplacera donc William Kadouch-Chassaing, récemment nommé directeur financier de Société Générale, à la direction de la stratégie du groupe. Directement rattaché à Frédéric Oudéa, Sébastien Proto devra accompagner la direction générale dans le pilotage stratégique de la banque et notamment dans l'exécution de son plan Transform to Grow 2017-2020. En le faisant venir, Frédéric Oudéa réplique aux marchés qui jugeaient insuffisante l’organisation managériale de la Banque, et prépare en même temps sa succession avec un inspecteur des finances qui coche toutes les cases pour cela.
NOUVELLES RUMEURS SUR SFR
Du côté de la téléphonie, un article du Figaro a fait état de nouvelles tentatives de rachat de SFR par Bouygues Telecom, qui se serait allié pour l’occasion au fonds CVC Partners, dans la mesure où l’opérateur français du groupe Drahi est valorisé pour 9 milliards d’euros et supporte 15 milliards de dettes. D’aucuns pensent que Patrick Drahi, qui a relancé une offensive, très coûteuse, il y a quelques semaines, dans le recrutement d’abonnés, ne vendra pas, et va laisser se déprécier sa dette obligataire pour la racheter avec une forte décote. Mais ce type de rumeurs ne le gênent pas, dans la mesure où elles soutiennent le cours d’Altice, toujours très malmené.
Enfin du côté du luxe, où les valeurs ont été chahutées ces derniers jours, après des notes pessimistes d’analystes – notamment Hermès qui a vu sa capitalisation chuter de près de 10 % en dix jours en dépit de sa prochaine intégration au sein de l’indice CAC 40 – les dirigeants de Gucci, principale filiale de Kering, se sont voulus résolument optimistes. Marco Bizzarri, le patron de la marque florentine a déclaré ne voir aucun ralentissement de ses ventes au deuxième trimestre. Il a ajouté que les parfums et la beauté offraient un énorme potentiel de croissance. Par ailleurs il a déclaré que Gucci visait à terme à internaliser ou contrôler sa production à hauteur de 60%.
Enfin, dans le domaine du private equity, Ardian a annoncé jeudi son entrée en négociation exclusive pour céder sa part majoritaire dans Diam, leader mondial des solutions de merchandising en retail de luxe et cosmétique, à l’équipe de management accompagnée d’EMZ Partners et de BNP Paribas développement. Par ailleurs, Ardian a également fait part de son entrée en négociation exclusive pour céder Siaci Saint Honoré à son management et ses équipes avec le soutien de la société de capital-investissement Charterhouse, émetteur d’une offre ferme. A cette occasion Edmond de Rothschild, actionnaire historique de Siaci Saint Honoré, devrait céder sa participation et Ardian continuerait d’accompagner le groupe dans sa croissance. La finalisation de l’opération devrait avoir lieu en septembre prochain.
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