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Yves de Kerdrel

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Flottement politique et économique
par Yves de Kerdrel

Après une année de réformes au pas de charge, le gouvernement semble montrer des signes de faiblesse, avec la multiplication des couacs. Tout cela dans un contexte marqué par l’incertitude italienne et la nette désillusion sur la croissance allemande.
27/05/2018 - 07:11 Temps Lecture 13 mn.

Juste avant de partir à Saint-Pétersbourg afin d’y rencontrer Vladimir Poutine et de lui rendre la visite que ce dernier avait faite à Versailles il y a tout juste un an, Emmanuel Macron a présidé un Conseil des Ministres où l’on entendait que les mouches voler. Selon les informations recueillies par WanSquare, le Chef de l’Etat s’est vertement énervé des couacs intervenus ces derniers jours au sein de l’équipe gouvernementale. Cela visait notamment les critiques formulées par Gérard Collomb à l’égard de la limitation à 80 kilomètres par heure de la vitesse sur les 400.000 kilomètres de routes n’ayant pas de séparateur central. Critiques amplifiées par Jacques Mézard, soutien d’Emmanuel Macron de la première heure, et par ailleurs Ministre en charge des Territoires.

Mais cela n’est pas tout. Puisque les deux voisins de Bercy se sont également écharpés à distance sur l’idée - plutôt justifiée - de réduire enfin le champ de la sphère sociale dans un contexte de baisse du chômage et de retour à une conjoncture économique plus favorable. Cette polémique ayant pris de l’ampleur jusque dans les rangs de l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron a souhaité siffler la fin de la partie. D’autant plus que dans un contexte de grèves et de manifestations à répétition, tout ce qui touche au social revêt un caractère explosif. A cela se sont ajoutées les déclarations de Nicolas Hulot sur un éventuel départ du gouvernement en juillet prochain et la convocation de Muriel Pénicaud devant les juges dans le cadre de l’affaire Business France.

SPECULATIONS SUR UN REMANIEMENT

Tout cela relance les spéculations sur un éventuel remaniement gouvernemental. Ce n’est un mystère pour personne que l’ancien directeur général de la Police Nationale, Frédéric Péchenard, a été discrètement approché pour devenir Ministre de l’Intérieur. Ce qui constituerait un coup double de la part d’Emmanuel Macron en installant un professionnel dans le fauteuil du « Premier flic de France » et en débauchant à droite un vice-président de la Région Ile-de-France, surtout connu pour son amitié d’enfance avec Nicolas Sarkozy. Interrogé par nos soins, l’intéressé a confirmé que si la proposition lui était faite, il l’accepterait bien naturellement. Et sans nul doute avec l’accord de l’ancien Président de la République. Comme cela avait été le cas pour Gérald Darmanin il y a un an.

Au delà de ce simple changement de tête à Beauvau la question du devenir d’Edouard Philippe commence à se poser. Tout dépendra bien sûr du résultat des élections européennes. Mais compte tenu du poids croissant des extrêmes dans ce vote sans enjeu, des soubresauts que Bruxelles devrait connaître après la formation de la coalition populiste en Italie, il faut s’attendre à ce que la liste La République En Marche rencontre une nette contre-performance dans un an. Dans ce cas Emmanuel Macron pourrait être tenté de proposer à Edouard Philippe de quitter Matignon pour se préparer à prendre la Mairie de Paris. D’autant qu’il n’aura pas de mal à se faire élire par les conseillers de Paris En Marche et républicains. Par ailleurs après Matignon, la Mairie de Paris constitue une porte de sortie très honorable avec une stature nationale.

UN MANQUE D’EMPATHIE

C’est dire si Emmanuel Macron est aujourd’hui à la recherche d’un nouveau souffle. D’autant que la dégradation du climat social, la manifestation des fonctionnaires et la défiance des milieux ruraux commencent à alimenter une colère sourde. Le responsable d’un grand institut de sondage qui travaille de manière régulière pour les pouvoirs publics, à travers le fameux SIG, explique que jamais la colère n’a été aussi grande dans le pays, tant en milieu urbain que rural, alimentée notamment par la douloureuse question de la feuille de paie, de la CSG et des perspectives anxiogènes du prélèvement à la source. Selon lui, le pays ressemblerait à une grosse cocotte minute, susceptible de voir son couvercle sauter à n’importe quel moment.

Tout cela justifie qu’au Château, tant Alexis Köhler, le secrétaire général de l’Elysée que Ismaël Emelien, le conseiller politique du Président, lui recommandent désormais d’espacer les réformes, plutôt que de les accélérer. Et de passer d’une préoccupation d’efficacité du travail gouvernemental à une préoccupation d’empathie avec les français. Ce qui est assurément le point faible d’Emmanuel Macron, que ses dernières interventions télévisées n’ont pas permis de lever. Et malgré les tensions qui règnent entre le cabinet du Président et celui de la Première Dame, il est probable que le Chef de l’Etat se serve de son épouse pour renforcer le lien affectif avec les français. De très nombreux déplacements de Brigitte Macron en province seraient d’ores et déjà prévus à son agenda pour les semaines à venir.

PATHETIQUE WAUQUIEZ

Du côté de l’opposition les regards sont maintenant tournés vers les élections européennes. La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et le Front National de Marine Le Pen figurent tous les deux parmi les principaux opposants à la Macronie. Et celle-ci a d’autant plus de souci à se faire pour le scrutin européen que la Macronie ne se résume qu’à un homme, et qu’il n’existe ni figure marquante capable de relayer la voix du Chef de l’État, ni appareil structuré. Christophe Castaner, un temps surnommé le Vice-Président, a perdu beaucoup de sa superbe et semble vouloir se concentrer sur les municipales à Marseille. Quant à Richard Ferrand il n’est pris au sérieux par aucun parlementaire de la République En Marche.

A droite la situation n’est guère plus favorable avec un Laurent Wauquiez qui ne souhaite écouter personne. En dehors d’Éric Ciotti, de Nadine Morano et de Damien Abad, il a tué toute garde rapprochée. Il lui reste ses contacts réguliers avec Patrick Buisson qui, par ailleurs, conseille ouvertement Marion Maréchal-Le Pen. Ce qui pose un problème de crédibilité au patron des Républicains. De fait le mouvement Libres de Valérie Pécresse, qui à la différence de Xavier Bertrand, n’a pas quitté le parti, engrange des ralliements quotidiens. La Présidente de la première région d’Europe pourrait bien, à condition de faire un parcours sans faute, se retrouver en pole position pour la présidentielle de 2022.

TROU D’AIR EN ALLEMAGNE

Au chapitre économique l’événement marquant de la semaine réside dans les chiffres de la croissance allemande pour le premier trimestre de cette année. Celle-ci a fortement décéléré avec une progression du PIB de 0,3% par rapport au trimestre précédent, plombé par un recul des exportations comme des importations, a confirmé jeudi l'office fédéral des statistiques Destatis. Même si l'économie allemande connaît la plus longue phase de croissance depuis 1991, avec quinze trimestres consécutifs de hausse du PIB, la période de janvier à mars marque un franc coup de frein par rapport aux quatre trimestres de l'an dernier, qui avaient vu l'activité économique croître de 0,9%, 0,6%, 0,7% puis 0,6%.

La principale explication vient du commerce extérieur qui a perdu en dynamisme. Aussi bien les exportations que les importations ont reculé par rapport au trimestre précédent, de 1% et 1,1% respectivement. A l'inverse, la demande intérieure est restée solide dans la première économie européenne, avec une forte progression des investissements, de 2,1% dans la construction et de 1,2% dans les biens d'équipement. Par ailleurs les ménages ont légèrement augmenté leurs dépenses de consommation, mais les dépenses de l'Etat se sont repliées pour la première fois depuis près de cinq ans, ce qui a pesé sur la croissance.

L’INCONNUE ITALIENNE

Autre pays européen à focaliser l’attention des investisseurs : l’Italie après la décision du mouvement Cinq étoiles et de la Ligue du Nord de gouverner ensemble. Pour l'instant le marché obligataire réagit sans avoir beaucoup d'informations confirmées et définitives et les mouvements sont assez violents. Le président italien, Sergio Mattarella, a convoqué mercredi Giuseppe Conte, un juriste proposé par les antisystème pour diriger leur gouvernement d'union mais dont il redoute le manque de poids politique et la crédibilité ternie par un CV enjolivé. Une partie des investisseurs qui ne connaît pas bien les méandres de la politique italienne est sincèrement inquiète des orientations que prendra le nouveau pouvoir et préfèrent limiter les risques en s'éloignant de ces actifs.

Le mouvement de vente des obligations italiennes est en outre amplifié par des facteurs techniques ainsi que par des positionnements opportunistes. Ce qui se traduit notamment par des volumes significativement plus élevés que d'habitude sur la dette italienne. Alors qu'une grande part de la dette italienne est détenue par des Italiens, ces derniers qui comprennent mieux les tenants et les aboutissants de la situation politique sont soit neutres soit légèrement à l'achat. Cependant l’actualité politique italienne a fait bondir à deux reprises l’indice Vix de la volatilité autour de 40 %.

La question clé est désormais de savoir si cette coalition va pouvoir appliquer une proportion importante de ce qu'elle a inscrit dans son programme. Les votes parlementaires sur la discipline budgétaire ou la sortie de l'euro nécessitent en outre une majorité qualifiée des deux tiers que les deux partis ne détiennent pas. Les pays du sud de l'Europe ont en revanche résisté cette fois-ci, les plus solides de la zone euro restant recherchés, Allemagne en tête. Le taux d'emprunt à dix ans de l'Italie a progressé à 2,45. Celui de l'Espagne a légèrement reflué, terminant à 1,44% tout comme celui du Portugal à 1,956%. Le rendement de même maturité de l'Allemagne a pour sa part clairement reculé à 0,507%, à l'instar de celui de la France à 0,807%. En dehors de la zone euro, le taux d'emprunt britannique à dix ans a également baissé à 1,439%.

COUPES SOMBRES CHEZ LAFARGEHOLCIM

Du côté du business, le groupe Lafargeholcim s’apprêterait à remanier en profondeur ses sièges sociaux de Paris et de Zurich, ce qui pourrait se traduire par des centaines de pertes d'emploi. Cette refonte pourrait être annoncée dans les jours qui viennent et s'inscrit dans un programme de réduction des coûts du cimentier franco-suisse. LafargeHolcim pourrait ainsi fermer son siège parisien à la suite d'un réexamen de ses opérations. Le siège historique de la rue des Belles Feuilles pourrait donc fermer et disparaître. Une partie des emplois pourrait être transférée sur le site de Lafarge France à Clamart.

Dans tout autre domaine, l'exploitant aéroportuaire ADP, dont les projets de privatisation s’éloignent en raison de la problématique des énormes réserves foncières, a annoncé jeudi avoir remporté un contrat de 15 millions d'euros aux Émirats Arabes Unis portant sur la conception architecturale et la supervision des travaux liés à l'agrandissement de l'aéroport international de Charjah, à l'issue d'un appel d'offre. Les travaux de construction devraient débuter en 2019, précise le groupe dans un communiqué. Cet émirat situé au nord de Dubaï avait préalablement annoncé une extension de son aéroport pour un coût total de 410 millions de dollars.

BNP PARIBAS EXCLUT TOUTE CROISSANCE EXTERNE

A l’occasion de son assemblée générale annuelle, BNP Paribas a exclu toute opération de fusion-acquisition majeure en réponse à une question d'un de ses actionnaires sur un rapprochement avec la banque allemande Deutsche Bank.

La banque allemande, dont la capitalisation boursière a chuté de 34% depuis le début de l'année, a annoncé la suppression de plus de 7.000 postes à travers le monde dans le cadre d'une vaste restructuration destinée à réduire les coûts et recouvrer sa rentabilité. En Bourse, la banque française affiche une capitalisation boursière de quelque 77 milliards d'euros tandis que celle de Deutsche Bank s'est effondrée à 22,7 milliards d'euros.

Du côté des mouvements sur les titres il faut noter que les shorts sur l’action Telecom Italia ont fortement diminué pour ne plus représenter que 4,9 % du capital de l’opérateur italien. Ce mouvement est intervenu alors que l’action perdait 15 % de sa valeur. Ces mouvements en valeur et en volume sont sans doute liés aux initiatives prises par le fonds Elliott afin de construire une position marquante en assemblée générale. De la même manière les shorts sur l’action PUMA se sont nettement réduits à la faveur du débouclage des positions spéculatives prises par ceux qui avaient misé sur une baisse du titre après le spin off. Cette opération a non seulement permis un important « re-rating » de Kering mais a aussi cristallisé une valeur bien supérieure pour Puma à celle que l’on aurait pu obtenir dans un processus de vente de cette division (de l’ordre de 2 à 3 milliards d’euros).

C’est aussi un très beau succès personnel pour François-Henri Pinault qui par cette opération a réussi à créer un maximum de valeur pour Kering et pour les actionnaires de Puma et Artémis.

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