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Yves de Kerdrel
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Dix jours après son entrée en campagne Nicolas Sarkozy a réussi à déstabiliser François Hollande
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l'Etat déroule une stratégie totalement différente du candidat socialiste qui s'était inscrit dans une logique de second tour et qui se retrouve déstabilisé par le lancement d'une "idée neuve" par semaine. De fait, il s'est décidé à sortir du bois. C'est justement ce que voulait Nicolas Sarkozy.
26/02/2012 - 08:51
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Mercredi 29 février à 8 h 30, Nicolas Sarkozy, réunira pour la première fois depuis son entrée en campagne, l'ensemble de ses plus proches, afin de faire le point sur ces deux premières semaines de bataille présidentielle. Au total, il devrait y avoir une trentaine de personnes autour de lui. Bien sûr les fidèles de l'Elysée, comme Henri Guaino, Pierre Giacometti, Patrick Buisson ou Jean-Michel Goudard, les mousquetaires du quartier général : Emmanuelle Mignon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Guillaume Lambert, les politiques purs comme Xavier Bertrand, Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Jean-Claude Gaudin ou François Baroin, les hommes de l'UMP avec en tête Jean-François Copé, Brice Hortefeux, Guillaume Peltier, Jean-Pierre Raffarin, et quelques revenants comme Rachida Dati ou Michèle Alliot-Marie.
Le but de cette réunion : dresser un premier bilan de l'entrée en campagne, étudier brièvement les idées qui seront déroulées d'ici le meeting de Villepinte, le 11 mars prochain, et écouter les réactions des spécialistes des enquêtes d'opinion. Entre la fin janvier et le 22 février, l'écart moyen des intentions de vote au premier tour s'est réduit de 7 à 8 points en faveur de Nicolas Sarkozy, et aux dépens de François Hollande. Si bien que, c'est au quartier général de campagne du candidat socialiste, avenue de Ségur, qu'on laisse présager pour les quinze prochains jours une inversion des courbes, en tentant par avance de la dédramatiser.
PAS DE PROGRAMME POUR SARKOZY
Si tout le monde reconnait désormais, y compris à gauche, que le scénario de "Sarkozy-challenger" face à "Hollande-favori" est très proche de ce que la France a connu en 1995 avec le match Chirac-Balladur, la question de fond à gauche est de savoir comment réagir au "bulldozer" Sarkozy qui, à force de dérouler, une idée forte par semaine, a relégué aux oubliettes, les 60 propositions de François Hollande et le discours du Bourget. Le candidat socialiste se refusait, jusqu'à présent à "sortir du bois" pour rester l'homme "qui rassemble". Mais il a compris, qu'il ne pourrait tenir ainsi deux mois. D'où des déplacements inopinés en Lorraine, ou auprès des militants de Droit au Logement. Il reste qu'en matière de propositions et de programme, un mois après ses présentations, il n'en reste plus grand-chose, en dehors des 60.000 postes dans l'éducation nationale et des emplois aidés. Ce qui ne fait pas une campagne !
Demain matin Nicolas Sarkozy sera présent pendant plus d'une heure sur RTL, où il sera notamment interrogé par Jean-Michel Apathie et Yves Calvi, à une heure de très grande écoute. Une nouvelle occasion de soumettre des "idées" ou des "valeurs", car au quartier général de la Rue de la Convention on ne veut pas entendre parler de programme, estimant cela dépassé et désuet. Par ailleurs le Président de la République a demandé à Xavier Bertrand de le suivre, dans la plupart de ses déplacements (comme en 2007 où il jouait le rôle de porte-parole). De plus, le Ministre du Travail, qui peut se targuer, d'avoir limité en janvier la progression du chômage, sera très présent toute cette semaine sur les ondes, pour relayer la parole présidentielle, notamment sur la disparition de la prime pour l'emploi en contrepartie d'un relèvement des plus bas salaires nets.
LE SPECTRE DE LA RECESSION S'ELOIGNE
Sur le front économique, la tendance est de plus en plus à l'éclaircie, maintenant que le plan de sauvetage grec a été adopté. Les taux de rendement des emprunts d'état à dix ans des pays les plus fragiles d'Europe du Sud ont continué de se resserrer toute la semaine passée. Bien sûr, personne ne se fait d'illusion sur la saignée que ce plan représente pour l'économie grecque ? ce que les allemands ne cessent de répéter en exprimant des doutes sur la capacité de ce pays à rembourser cette nouvelle aide. Mais tout le monde a envie de croire que ce problème appartient désormais au passé. De la même manière, plusieurs prévisionnistes qui pariaient sur une récession pour la France au premier semestre seraient sur le point de redevenir plus optimistes.
Du côté du climat des affaires, la semaine a été marquée par "l'affaire Veolia" qui n'est pas totalement terminée, puisque le conseil d'administration du groupe, qui se tiendra mercredi prochain, ne sera sans doute pas très serein. Il parait aujourd'hui acquis que Jean-Louis Borloo a bel et bien rencontré au moins cinq administrateurs, dans le cadre d'une campagne "informelle". Mais ayant donné certains de ses rendez-vous au siège du Parti Radical, et y arrivant en retard, les permanents du Parti ont été amenés à s'interroger et à organiser des fuites. L'ancien ministre a notamment vu Louis Schweitzer (vice-président de Veolia), Philippe Kourilsky, les représentants du groupe familial Dassault, et Serge Michel en présence d'Alain Minc.
NAOURI A SON PROPRE PIEGE
Les fuites organisées en début de semaine dans la presse, avec le tintamarre politico-médiatique qui en a résulté, ont mis fin aux ambitions de Jean-Louis Borloo. Il reste qu'au sein du conseil de Veolia, "les couteaux ne sont pas rentrés dans leurs étuis" assure un administrateur. D'autant que le 15 mars est programmé un nouveau conseil d'administration consacré au seules questions de gouvernance (rémunérations des dirigeants, renouvellement des mandats arrivant à échéance, voire d'autres sujets...)
Du côté de la CNP, rien de nouveau. Quelques jours avant l'affaire Veolia, le comité de sélection de l'assureur-vie, que préside Henri Proglio s'était réuni. La candidature d'Augustin de Romanet a été "doucement" avancée - dixit un protagoniste - mais semble avoir été, pour le moment, retoquée. En interne, le candidat naturel est l'actuel directeur financier, Antoine Lissowski, qui est lui-même issu de la Caisse des Dépôts.
Enfin comme nous le laissions envisager dans ces colonnes, la bataille pour le contrôle de Monoprix s'est engagée dans des conditions très dures. Ce qui n'est guère surprenant compte tenu de la situation financière tendue du groupe Casino-Rallye-Euris. Mais surtout, la Place de Paris comprend mal qu'une banque-conseil, aussi réputée que Rothschild & Cie, valorise les parts de Monoprix encore détenues par les Galeries Lafayette à 700 millions d'euros, alors que dans les comptes de Casino (elles figurent en engagements hors-bilan pour plus de 1,2 milliard d'euros) ! Le conseil du groupe de distribution doit se réunir demain. Et beaucoup, y compris dans l'entourage de Jean-Charles Naouri, sont scandalisés de son attitude dans cette affaire, moins d'un an après s'être posé en victime dans l'affaire Carrefour !
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