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Yves de Kerdrel

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François Hollande compte sur la présentation de la loi de finances pour démontrer le sérieux de sa politique
par Yves de Kerdrel

Les derniers arbitrages concernant le projet de budget 2013 se déroulent ce week-end avec la volonté de présenter une loi de finances irréprochable par son sérieux. Mais il faut s'attendre à de curieuses contorsions avec une forte hausse des impôts pour les grandes entreprises et les classes moyennes et le maintien de la niche outre-mer qui profite aux plus hauts revenus. Acrobatie assurée !
23/09/2012 - 07:44 Temps Lecture 6 mn.
C'est donc vendredi (lors d'un conseil des ministres retardé pour cause de déplacement à New-York de François Hollande) que la prochaine loi de finances sera présentée en conseil des ministres par Jérôme Cahuzac et Pierre Moscovici. De nombreux arbitrages ont eu lieu la semaine passée et ce week-end de nouvelles décisions étaient attendues concernant notamment la fiscalité des sociétés (comme sur le durcissement d'exercice du "carry back"). Inutile de dire que si le cabinet du Ministre du Budget a été sollicité pour le chiffrage et les simulations, c'est entre Matignon et l'Elysée que se sont prises les dernières décisions. Une situation que Jérôme Cahuzac supporte assez mal, comme il ne s'en est pas caché lors du dernier conseil des ministres. La philosophie générale du budget sera le respect du dogme des 3 % de déficit budgétaire, avec un effort réparti à hauteur de 10 milliards d'euros sur la maîtrise des dépenses publiques, de 10 milliards d'euros sous forme d'impôts sur les ménages et de 10 milliards sur les entreprises. Mais parmi elles, ce sont surtout les grandes entreprises qui devraient être touchées, volontairement, car à l'Elysée on estime qu'elles ne participent ni à la croissance, ni à l'emploi. FORTE CONTRACTION DE L'INVESTISSEMENT Il va donc se produire quelques bizarreries comme le maintien de la niche Dom-Tom qui profite essentiellement aux plus hauts revenus, alors que les classes moyennes vont souffrir de la baisse du quotient familial. De la même manière, le gouvernement semble avoir décidé de porter l'accent sur les PME avec à la clé la création d'un PEA qui leur serait dédié. Mais un grand nombre d'entre elles vont souffrir de la non déductibilité d'une partie des intérêts d'emprunts. Une mesure qui risque de freiner le moteur de l'investissement alors que celui de la consommation est déjà en panne. Tout le problème de cette loi de finances repose sur l'hypothèse d'une croissance de 0,8 % pour l'an prochain, alors que les économistes les plus influents tablent au mieux sur une fourchette de 0,3 à 0,5 %. Or à coup sûr la baisse de l'investissement et celle de la consommation vont peser sur la conjoncture. A un moment où, dans la zone euro, l'indice d'activité PMI a enregistré en septembre sa plus forte contraction en plus de trois ans. Quant à l'indice Markit, il a confirmé ce diagnostic pour la France. A tel point que le PIB n'a toujours pas rattrapé aujourd'hui son niveau de début 2008 ! Quant à la production industrielle, elle reste inférieure à ce qu'elle était il y a ... dix ans ! HIATUS FRANCO-ALLEMAND A l'Elysée, on ne cache pas non plus la préoccupation à l'égard de l'euro. "Le feu couve" avoue l'un des plus proches conseillers du Président de la République. Chacun attend la demande d'aide officielle de l'Espagne. Après quoi la BCE pourra mettre en place son programme de rachats de titres. Mais la péninsule ibérique se retrouvera de facto sous la tutelle de Bruxelles avec les conséquences économiques, politiques et sociales qui en découleront. Malgré cela l'euro reste à un niveau élevé, à moins que ce soit le dollar qui soit à un niveau très bas et qui reste tiré à la baisse par la perspective d'un QE 3. Comme l'a montrée la rencontre franco-allemande de ce samedi, les relations restent complexes. Hier le principal hiatus a concerné le projet de supervision bancaire. " Je suis pour l'Union bancaire, c'est une étape très importante, nous devons la faire par stade successifs " mais " le plus tôt sera le mieux " a affirmé le président français François Hollande alors que la chancelière Angela Merkel a insisté sur " la qualité " et souligné que cela prendra " le temps qu'il faudra ". La question c'est de savoir " comment faire pour prendre en compte le plus d'établissements possibles ", a ajouté François Hollande, lors d'une conférence de presse, à l'issue d'un déjeuner de travail avec Mme Merkel. " Pour moi, l'important c'est la qualité. Cela ne sert à rien de faire quelque chose très vite qui ne fonctionne pas ", a considéré pour sa part Mme Merkel. LA VRAIE MOTIVATION D'ARNAULT Du côté de la droite, le niveau de l'affrontement entre François Fillon et Jean-François Copé est plus que désolant. Le maire de Meaux a annoncé hier détenir plus de 46.000 parrainages et non les 30.000 qu'il avait initialement rendus publics. Tout cela, parce que l'ancien premier ministre revendique 47.000 parrainages. Dans ces conditions, il est fort possible que Nathalie Koscusko-Morizet, tout comme Xavier Bertrand, ne se rallient à aucun des deux candidats, alors qu'ils sont tous les deux considérés comme "faiseurs de roi". Nicolas Sarkozy, qui continue, à recevoir, toujours autant de visiteurs ne prendra sûrement pas partie. Mais il commence à évoquer le moment où il sera considéré comme un éventuel recours pour l'opposition. Dans le domaine des affaires, maintenant que le CSA a statué sur le rachat de Direct 8 par Canal +, on attend le closing effectif de la transaction. A travers l'opération, Bolloré recevra 22,4 millions d'actions Vivendi, soit 1,7% du capital, qui viendront s'ajouter à la participation de 2,8% déjà acquise, annoncée à l'occasion de la publication des résultats semestriels, et très certainement aux autres titres acquis depuis le 30/06/12 (Bolloré ne communique pas officiellement sa position au jour le jour, mais elle situerait autour de 3,2 %). Vincent Bolloré a répété, à maintes reprises, qu'une participation de 5% dans Vivendi était considérée comme un niveau satisfaisant. Ce seuil lui permet, en effet, de bénéficier d'une fiscalité allégée sur le montant des dividendes qui lui seront versés à l'avenir par Vivendi. Par ailleurs, Jean-René Fourtou, président du Conseil de Surveillance de Vivendi, a ouvert la porte de son conseil à Vincent Bolloré. Ce qui signifie que ce niveau de participation lui donne déjà la possibilité d'influer sur la trajectoire stratégique du groupe de médias. Les atermoiements autour de la demande de nationalité belge par Bernard Arnault semblent se dissiper. D'autant plus que cette formalité ne serait liée qu'à la seule volonté de créer une fondation qui garantisse, à l'avenir, l'intégrité du groupe créé par l'homme le plus riche de France, et non à des motivations fiscales, comme cela été dit et redit. Enfin côté public, les travaux sur la future Banque Publique d'Investissement s'accélèrent. De manière à ce que son organisation soit rendue publique le 17 octobre avec deux candidats officieux, pour la future direction générale : Dominique Marcel (directeur général de la Compagnie des Alpes) et Stéphane Boujnah (patron de la Banque Santander en France).