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Yves de Kerdrel
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François Hollande va tenter, ce soir, de reprendre la main, tout en restant coinçé par des objectifs bugétaires intenables
par Yves de Kerdrel
Après une rentrée ratée, le Président de la République, intervient ce soir au 20 h de TF1. Il devrait inscrire son action dans le temps, en rappelant ce qui a été fait, et en donnant le rythme des prochaines réformes. Mais il sera limité dans son action, par le respect de l'objectif d'un déficit budgétaire de 3 % en 2013, d'autant plus complexe, que la conjoncture le rend impossible à atteindre.
09/09/2012 - 08:10
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C'est donc ce soir, sur TF1, face à Claire Chazal, que François Hollande va tenter de reprendre la main après une rentrée que tout le monde s'accorde à reconnaître comme ratée. Même à gauche où l'on s'étonne des couacs à répétition entre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, ou entre Jérôme Cahuzac et Aurélie Filipetti. Sans compter l'improvisation totale sur le programme des terrains cédés dans le cadre de l'effort pour le logement social, ou les préparatifs obscurs des contours de la future Banque Publique d'Investissement. Le Président de la République va aussi tenter de montrer qu'il gouverne, au dessus d'un Premier Ministre qui ne parvient toujours pas ni à imprimer sa marque, ni à se faire respecter par ses ministres. Cette intervention a donc été soigneusement préparée vendredi à midi avec ses principaux collaborateurs.
Selon les informations de WanSquare, recueillies dans l'entourage de François Hollande, hier après-midi, le locataire de l'Elysée a donc l'intention, ce soir, de remettre son action en perspective. D'abord en rappelant tout ce qui a été fait et voté depuis son installation. Ensuite en donnant le rythme, voire le calendrier, et les priorités des prochaines réformes. Mais tout en rappelant, ce qu'il a déjà dit à Châlons-en-Champagne, concernant la gravité de la crise. Il va donc essayer de passer à travers une porte très étroite, puisque le respect des engagements budgétaires (un déficit de 3 % en 2013) le contraint à des efforts financiers considérables, et donc à une impopularité croissante. Mais le pire c'est que ces efforts risquent d'accroître le risque de récession, que Véronique Riche-Flores, l'ancienne économiste star de la Société Générale, chiffre à - 0,7 % pour 2013. Dans ce cas les moins-values fiscales s'éleveraient à 8 ou 9 milliards d'euros.
REPIT TRES TEMPORAIRE
Et il ne faut pas croire que l'embellie intervenue cette semaine sur les marchés financiers ou le refinancement de la France à des taux négatifs constituent de bons augures. Tout cela ressemble à un feu de paille. Comme l'explique très bien, dans une note confidentielle envoyée à l'Elysée, l'économiste Jacques Sapir : "loin de soulager la zone Euro dans la durée, les mesures annoncées jeudi dernier par Mario Draghi ne peuvent apporter au mieux qu'un répit très temporaire. La crise de compétitivité et les forces de récession et de dépression vont continuer de s'étendre et leur effet se fera sentir d'ici à la seconde moitié du mois de novembre."
La thèse majeure développée par cet économiste de gauche, c'est que le président de la BCE a accepté de lier les interventions de son institution à une supervision des politiques fiscales et budgétaires point sur lequel la Bundesbank avait d'emblée mis l'accent. "Cette supervision, souligne-t-il, signifie l'accroissement et la généralisation des politiques d'ajustements d'ores et déjà menées en Grèce, au Portugal, en Irlande, en Espagne et en Italie, avec les résultats désastreux que l'on connaît, tant dans ces pays qu'à l'échelle de l'ensemble de la zone Euro. Or, ces politiques ont démontré leur inefficacité. Elles sont incapables de réduire significativement le déficit budgétaire. Mais ces politiques sont aussi nocives, provoquant une dépression économique accompagnée d'une crise sociale qui prend dans les pays qui les appliquent une tournure tragique. Conclusion de Jacques Sapir : "en ne s'attaquant qu'aux symptômes et non à la cause de cette crise, la BCE contribue à la renforcer et nous prépare pour les mois qui viennent des effondrements économiques et sociaux qui mettront très vite à mal le dogme de " l'irréversibilité de l'Euro ".
SINCERITE DES PREVISIONS
Dans ces conditions, le projet de loi de finances qui sera présenté au Conseil des Ministres du 26 septembre prochain, risque bien d'être sacrément bousculé pendant toute la discussion budgétaire. Pas tant sur les mesures d'économies ou de recettes fiscales décidées. Mais sur les hypothèses économiques. C'est bien la raison pour laquelle, François Hollande a pris les devants, lors de l'audience solennelle de la Cour des Comptes de vendredi en annonçant la création d'un Haut Conseil des Finances Publiques, chargé de veiller à la sincérité des prévisions budgétaires. Il y a tout de même un point qui fait couler beaucoup d'encre, surtout par rapport au peu d'argent qu'il va faire tomber dans les caisses. Ce sont les modalités de la future tranche à 75 % pour les personnes gagnant plus d'un million d'euros par an. Le gouvernement a lancé quelques ballons d'essai avant de se rétracter. Il reste que cette "surtaxe" devrait bien être vidée de sa substance, même si sur le plan cosmétique elle sera faite pour être punitive afin de contenter les alliés de gauche de la majorité actuelle.
Il n'empêche que le mal est fait auprès des industriels, des business angels, des investisseurs ou des cadres dirigeants de grands groupes. Cette semaine WanSquare a révélé que Lindsay Owen-Jones était parti s'installer à Lugano. Gilles Pélisson, pourtant membre du Comité éxécutif du Medef a pris domicile à Bruxelles. Amaury-Daniel de Sèze a également pris la poudre d'escampette. Et Marc simoncini songe, de plus en plus, à installer, hors de France, son fonds d'investissement Jaina Capital. Hier le paroxysme de ces tristes départs a été atteint avec l'annonce par un journal belge que Bernard Arnault a demandé la nationalité belge, tout en restant résident fiscal français. Quelques jours seulement après qu'il ait rencontré en tête à tête Jean-Marc Ayrault pour le dissuader de prendre des mesures punitives à l'égard des créateurs de richesse.
CE QUE HOLLANDE A DIT A EVIAN
Vendredi soir, François Hollande, qui s'est rendu de manière impromptue aux traditionnelles rencontres franco-allemandes d'Evian, à l'occasion de leur vingtième anniversaire, s'est pourtant montré "tout miel" à l'égard des industriels français et allemands présents. Selon les propos rappportés par certains grands patrons présents à ce cénacle, le Président de la République a axé son discours sur la compétitivité, vantant le modèle allemand. Ce qui a fait dire à certains des participants qu'il serait intéressant de comparer ce discours à celui tenu ce soir, lors du 20 heures de TF1.
Du côté des entreprises, le moral n'est pas au beau fixe, compte tenu de la chute de la consommation. C'est ce que constatent des groupes comme Danone, la Fnac ou Darty. Du coup, beaucoup de grands groupes profitent du niveau actuel des marchés financiers pour se refinancer à bon compte ou bien pour alléger leur bilan. C'est ce qui justifie la cession inopinée des titres Axa par Schneider, ou bien l'obligation BNP Paribas échangeable en titres Pargesa. D'autres opérations du même acabit seraient dans les tuyaux.
La restructuration de Vivendi monopolise toujours les esprits des aribitragistes. La cession de GVT, véritable pépite brésilienne du groupe, mise en vente par les bons soins de Rothschild & Cie et par la Deutsche Bank ne semble pas attirer pléthore de candidats. Ni Telefonica, ni même le mexicain Carlos Slim, qui a pourtant repris sa croissance externe depuis quelques mois. En revanche une rumeur persistante attribue aux Qatari l'intention de racheter à Lagardère sa part de 20 % au capital de Canal +. Une part qui n'offre pourtant ni intérêt en termes de gouvernance, ni dividende, ni volonté de la part de Vivendi de la racheter à tout prix.
Enfin, concernant la CNP, l'épilogue est intervenu avec un candidat sorti du chapeau par Jean-Pierre Jouyet pour faire barrage à Augustin de Romanet. Le nouveau directeur général de la Caisse a semble-t-il, cédé aux injonctions d'Henri Emmanuelli, le président de la commission de surveillance, lui demandant de ne pas faire de la CNP un repère de recalés de droite. Il reste qu'à l'Elysée on continue d'assurer qu'Augustin de Romanet sera "bien traité".
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