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éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

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Le président cherche à rebondir après son intervention ratée sur TF1 et avant la présentation du projet de budget pour 2013
par Yves de Kerdrel

La prestation télévisée de François Hollande a fait un flop. Comme en témoignent les sondages réalisés depuis une semaine. Les incohérences du futur projet de loi de finances sont montrées du doigt. Les couacs se multiplient à Bercy entre les différents ministres. Quant aux écologistes, ils ne veulent plus avaler des couleuvres. Ce qui a obligé François Hollande à passer sous leurs fourches caudines.
16/09/2012 - 08:59 Temps Lecture 7 mn.
Si François Hollande a fait un succès d'audience, dimanche dernier, sur TF1 en étant écouté et regardé par 9,9 millions de téléspectateurs, il ne s'est guère montré convaincant. Ni sur la défense du Premier Ministre, absent de l'actualité encore toute la semaine dernière. Ni sur le cap fixé au gouvernement avec des objectifs peu clairs ou peu réalistes. Comme l'inversion de la courbe du chômage d'ici un an ou la volonté d'atteindre le seuil de 3 % de déficit budgétaire en 2013. Tout cela explique pourquoi le sondage publié par Les Echos en fin de semaine montrait une chute de 6 points des français confiants dans l'action du gouvernement. Désormais 53 % de la population est critique à l'égard du locataire de l'Elysée. Au sein du gouvernement le climat ne s'améliore pas vraiment. Notamment parmi les cinq ministres de Bercy qui se mènent une guerre impitoyable. Au point que François Hollande a du hausser le ton fortement - ce qui est rare ! - à l'occasion du dernier conseil des ministres. Cela n'a pas empêché Arnaud Montebourg de faire, dans les heures qui suivent, des déclaration tonitruantes sur PSA et le plan social envisagé pour Aulnay et Rennes, alors que le Président de la République avait cherché à mettre de l'eau dans son vin et que Pierre Moscovici avait passé un long moment avec la famille Peugeot dans l'usine de Sochaux 48 heures plus tôt. INCIDENT A EVIAN Autre couac : juste avant les rencontres franco-allemandes d'Evian qui se sont déroulées il y a une semaine, François Hollande a tenu à visiter l'usine d'embouteillage qui appartient à Danone. En consacrant une grande partie de son temps à recevoir le comité d'entreprise, les délégués du personnel et le Comité d'Hygiène et de Sécurité. Qu'elle n'a pas été sa surprise de voir les ouvriers représentant le personnel afficher fortement leur mécontentement contre la hausse à 20 % du forfait social sur l'intéressement et la participation. Il faut dire qu'à Evian et Thonon, le personnel reçoit quatre mois d'intéressement. Le plus grave, c'est que le Président de la République n'a rien trouvé à leur répondre. Ajouté à tous ces petits désordres, "la nuit des longs couteaux au PS" qui a vu renaître les courants, avec la montée en puissance de nouveaux caciques comme Manuel Valls, Pierre Moscovici ou Arnaud Montebourg, n'a pas donné une image idéale du parti. Et la nomination d'Harlem Désir, jamais élu au suffrage direct, laisse beaucoup d'adhérents sur leur faim. De la même manière personne n'est dupe à l'égard des honneurs réservés aux présidents de régions lors de leur réception à l'Elysée. Le Président de la République prépare un gel de la dotation globale aux collectivités locales. C'est pour cette raison qu'afin de désamorcer la grogne des "barons de province", il leur a accordé la gestion directe des fonds européens. LE BLUFF DE XAVIER BERTRAND A droite le climat n'est guère plus serein. A quelques jours Nathalie Kosciusko-Morizet aurait pu atteindre le seuil des 8.000 parrainages, puisque ces derniers jours son comité en recevait environ 500 par jours. Si bien que mardi soir, lors "du relevé des compteurs" elle devrait totaliser 6.000 soutiens. Ce qui constitue une bonne performance, mais imposible à transformer. Xavier Bertrand, qui est l'invité d'Europe 1 ce matin, affirme qu'il a dépassé la barre fatidique des 8.000 parrainages. Mais les experts doutent de la véracité de ses chiffres et estiment qu'il a choisi de "bluffer" afin de mieux négocier avec l'un ou l'autre des candidats. Il pensait initialement s'allier à Christian Estrosi. mais depuis le ralliement de celui-ci à François Fillon, il pense même rallier Jean-François Copé, d'autant que ce dernier lui tend les bras. Concernant le climat économique, rien ne semble s'arranger et la prévision d'un taux de croissance à 0,8 % pour 2013 affiché par François Hollande pour la construction du budget parait bien optimiste. Surtout par rapport aux estimations de la plupart des économistes qui sont plus proches de 0,5 %. Sans compter l'alerte sur les comptes sociaux lançée par la Cour des Comptes en fin de semaine. Pour l'heure comme "un borgne au royaume des aveugles" la France continue à bénéficier de taux très bas, voire négatifs pour son refinancement. Mais il ne faut pas exclure que les marchés finissent par prendre conscience des efforts réalisés par l'Espagne et par l'Italie. Dans ce cas, le spread entre les taux français et allemands pourrait s'écarter de manière sensible. UNE INTERVENTION TRES ATTENDUE Une mesure semble inquiéter tous les milieux patronaux dans le prochain projet de loi de finances. Il s'agit de la non-déductibilité des intérêts d'emprunts à hauteur de 20 %, avec éventuellement une étape à 10 % l'année prochaine. Cette mesure frapperait tous ceux qui lèvent de la dette, pas seulement pour faire de la croissance externe ou acquérir des participations financières, mais aussi ceux qui comptent investir. Une nouvelle qui risque de contrarier les ambitions d'Arnaud Montebourg. François Hollande aura l'occasion de commenter cette rumeur qui enfle, jeudi prochain, à l'occasion de la remise du Prix de l'Audace Créatrice, organisé par Marc de Lacharrière. Pas moins de 500 chefs d'entreprises sont attendus à cette manifestation qui sera la première occasion donnée au Président de la République de s'adresser au patronat (au sens large) à l'exception des déjeuners en petit comité organisés pour l'Afep ou les dirigeants franco-allemands. L'actualité des affaires a été naturellement marquée par les fuites sur le projet de rapprochement entre EADS et BAe. Une fusion qui semble déjà avoir un peu "de plomb dans l'aile", aussi bien pour des questions de sous-valorisation du groupe britannique, qu'à cause de certains marchés détenus par BAe aux Etats-Unis qui ne pourraient pas être conservés par le nouvel ensemble. Ce qui, de fait, diminue l'intérêt de créer un tel monstre. Il a été encore beaucoup question de la demande de nationalité belge faite par Bernard Arnault. Même si le patron de LVMH pourrait bien co-investir dans les années qui viennent avec son ami Albert Frère, c'est surtout l'absence de droit de succession ou de frais de donation-partage qui pourrait motiver cette décision. Une fondation aurait même été déjà créée à cet effet. Pour l'heure, en tous cas, Bernard Arnault continue d'être un contribuable français. Selon les informations de WanSquare, il va acquitter cette année un chèque de plus de 10 millions d'euros au trésor public, alors que son salaire de président de LVMH est inférieur à cette somme. Les grands patrons continuent néanmoins leur lobbying auprès des principaux ministres de Bercy. Après Henri de Castries qui a rencontré Pierre Moscovici en tête-à-tête la semaine dernière, c'est au tour de Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas d'avoir le droit à un entretien de même nature vendredi prochain. De son côté, Arnaud Montebourg recevra demain Jérome Bédier, le secrétaire général de Carrefour, pour évoquer notamment le plan d'ajustement des effectifs dans les différents sièges du leader français de la grande distribution.