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Yves de Kerdrel

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Le gouvernement tente en vain de renouer avec le patronat, sans prendre conscience des graves dégâts qu'il a provoqués
par Yves de Kerdrel

A Bercy, et à l'Elysée on commence à prendre conscience des dégâts provoqués auprès des chefs d'entreprise, par les mesures fiscales envisagées pour 2013 et par certaines déclarations excessives. Mais il est trop tard pour espérer une amélioration de la conjoncture. Et la récession pourrait intervenir dans l'hexagone, dés ce dernier trimestre.
21/10/2012 - 07:30 Temps Lecture 7 mn.
L'Elysée et Bercy se sont coordonnés à plusieurs reprises au cours des derniers jours pour tenter de calmer l'exaspération patronale. Les déclarations de Laurence Parisot, en début de semaine, affirmant que de très nombreuses entreprises françaises sont "en état de quasi-panique" ont obligé Pierre Moscovici à répondre à travers une interview lénifiante accordée au journal Les Echos. Tout en cherchant à renouer le fil du dialogue avec les dirigeants d'entreprise, le Ministre de l'Economie s'est montré inflexible sur certaines mesures fiscales, sur la taxation des carried-interest - dans certaines conditions - et sur l'effort demandé "à la rente". Comme s'il s'agissait de l'époque du Cartel des Gauches et du Mur de l'Argent. L'opposition, qui peine à trouver des idées d'amendements proposant des réductions de dépense publique, a naturellement profité de ce climat délétère pour attaquer le gouvernement sur ses prévisions budgétaires. Cela a été le cas, notamment vendredi après-midi, lorsque Eric Woerth a sorti une étude récente de l'OFCE, organisme de prévision traditionnellement apprécié à gauche, expliquant que pour atteindre l'objectif de 3 % de déficit budgétaire en 2013, "il faudrait encore trouver 22 milliards d'euros supplémentaires." Sans quoi le budget, tel qu'il est conçu nous amène à un déficit de 3,5 % à la fin de l'année prochaine. TENSION DES CDS FRANCAIS Nous avons relaté dans nos colonnes cette semaine les propos confidentiels qui se sont échangés mercredi dernier au siège de la BCE, à l'occasion d'un déjeuner organisé par Mario Draghi avec une vingtaine de patrons européens, dont deux français. Non seulement la totalité des dirigeants présents ont affirmé leur méfiance à l'égard de l'hexagone en précisant qu'ils seraient davantage prêts à investir en Espagne ou en Italie - parce que ces pays ont mené leurs réformes de structure - qu'en France. Illustration de ce phénomène: depuis quelques semaines la valeur moyenne des CDS des entreprises françaises remonte alors que celle des CDS des groupes italiens et espagnols baisse sensiblement. Mais, en plus, le chef économiste de la Banque Centrale Européenne a expliqué que la France allait rentrer en récession dés la fin de cette année, et qu'elle afficherait, sans doute, l'an prochain, une variation négative de son PIB. Ce qui risque de compliquer encore plus la possibilité d'atteindre le fameux seuil des 3 % de déficit budgétaire. LE NOUVEL ECHEC DE LAUVERGEON Ces discussions entre Bercy et l'Elysée ont également été très intenses concernant la désignation du futur directeur général de la Banque Publique d'Investissement. Alors que, dimanche dernier, Anne Lauvergeon semblait bien partie pour emporter ce poste, l'ancienne patronne d'Areva a fini par excéder l'éxécutif à cause de sa campagne de presse acharnée. François Hollande, qui hésitait encore en début de semaine, s'est rappelé que dans son livre paru au printemps dernier, "Atomic Anne" avait retranscrit des discussions privées entre elle et Nicolas Sarkozy. Se méfiant qu'elle renouvelle ce genre de méthodes, il a finalement enjoint Matignon et Bercy de lui dire non. D'autant que dans le même temps Jean-Pierre Jouyet, alerté par de nombreuses personnes, tentait de faire barrage de son corps à cette nomination. Notamment en suscitant la vigilance d'Odile Renaud-Basso, la directrice adjointe du cabinet de Jean-Marc Ayrault, qui fût une de ses proches à la Direction du Trésor. La nomination de Nicolas Dufourcq a donc permis de calmer le jeu et de priver l'opposition de beaucoup d'arguments contre ce projet de Banque Publique d'Investissement. Car même si cette construction intellectuelle ressemble toujours à une aberration économique, et à un outil politique au service d'Arnaud Montebourg, le tandem Jouyet-Dufourcq est assez crédible pour montrer que cette banque sera gérée, sinon avec prudence, du moins avec le respect d'un minimum de procédures. LE SCHEMA DE BOLLORE De fait l'opposition continue à rester sans voix, surtout à l'approche du débat du 25 octobre entre Jean-François Copé (qui reprend du poil de la bête avec le soutien de Brice Hortefeux) et François Fillon. En accord avec France 2 les deux protagonistes ont obtenu que ce débat ressemble à tout sauf à une confrontation. Du coup l'un des deux devrait commencer par exposer son projet pendant une heure, avant que son contradicteur expose le sien pendant la même durée. Après quoi un court débat de 30 minutes, empreint d'une très grande courtoisie, devrait les opposer. Mais de manière élégante et sereine afin de ne surtout pas donner des armes aux socialistes, à un moment où ils semblent perdre la main, en même temps que la popularité les abandonne. Du côté des affaires l'élément important de la semaine a été le franchissement du seuil de 5 % au capital de Vivendi par le groupe Bolloré. L'industriel breton est désormais le premier actionnaire du conglomérat, et il pourrait voir sa position se renforcer si le groupe présidé par Jean-René Fourtou venait à mener des cessions suivies de rachats d'actions. En attendant, il semble clair qu'un "gentleman agreement" a été passé entre les deux hommes. Vincent Bolloré laisse Jean-René Fourtou, qu'il connait depuis près de 30 ans, mener la redéfinition de la stratégie du groupe. Après quoi ce dernier se retire sur l'Aventin, laissant la place de président du conseil de surveillance à Vincent Bolloré. En même temps, Jean-Yves Charlier, qui vient de prendre la direction générale de la branche télécoms, devrait remplacer Jean-François Dubos comme Président du Directoire, par intérim. A condition, bien sûr, qu'il réussisse la mission que lui a confiée Jean-René Fourtou. CONSEIL IMPORTANT CHEZ VEOLIA Par ailleurs cette semaine le point important de l'actualité devrait venir de l'Avenue Kléber, siège de Veolia. Un conseil d'administration doit se tenir ce lundi, sans Henri Proglio qui vient de démissionner de cette instance. A l'occasion de cette réunion, les administrateurs devraient acter la montée de la Caisse des Dépôts au capital de Transdev, à hauteur de 60 %. Ce qui permettrait à Veolia de se désendetter à hauteur de 600 millions d'euros. En outre, il était largement question, en interne, d'un possible plan de départs concernant un peu plus de 300 personnes au sein du groupe dirigé par Antoine Frèrot. Enfin, il semble que la cession d'Axa Private Equity par sa maison mère ait désormais peu de chances de se réaliser d'ici la fin de l'année ou alors pas au prix espéré par Henri de Castries, soit 500 millions d'euros. Les nouvelles mesures fiscales compliquent la constitution d'un tour de table où les dirigeants auraient une part importante en capital et plus encore en voix. Même si un fonds singapourien et probablement quelques capitaux moyen-orientaux seraient prêts à aider Dominique Senequier dans son management buy-out.