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Yves de Kerdrel

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Rien ne va plus à gauche avec un Premier Ministre et un Président de la République incapables de tenir leur majorité
par Yves de Kerdrel

Après la reculade fiscale du gouvernement face au mouvement des entrepreneurs pigeons, les problèmes restent entiers. Si bien que la fronde va reprendre de plus belle à l'occasion de la discussion budgétaire. Et avec d'autant plus de facilité que Jean-Marc Ayrault n'a plus aucune autorité sur sa majorité et ses principaux ministres. Quant à François Hollande il est incapable de trancher et laisse trainer.
14/10/2012 - 07:46 Temps Lecture 7 mn.
Il serait faut de croire que la "jacquerie fiscale" des entrepreneurs "pigeons" est terminée parce que ces derniers font moins de bruit. Ils ont désormais le soutien de l'ensemble des associations patronales, à l'exception de la CGPME, et ont même réussi à obtenir le ralliement à leur mouvement de l'Afep et du Medef. Le recul sur certaines mesures fiscales, affiché par le gouvernement en fin de semaine dernière, ne suffit pas à tous ces mouvements qui ne veulent pas entendre parler de rétroactivité ni de distinction dans le seuil de détention au capital des sociétés. Le lobbying de tous ces mouvements se poursuit donc, de manière plus silencieuse, mais non sans résultat. En témoigne le nouveau recul obtenu cette semaine sur la taxation des "carried-interest". Une mesure qui arrive trop tard pour empêcher le départ vers Londres de certains des plus importants fonds d'investissement. Il se dit, dans Paris, que Astorg se préparerait à s'installer à Londres en gardant un bureau de représentation à Paris. Idem s'agissant d'Axa Private Equity, qui pourrait profiter du réaménagement de son capital pour diminuer sa présence sur le territoire français. PRINGUET CHEZ MOSCOVICI En attendant la bataille d'amendements sur certaines dispositions fiscales encore floues, les organisations patronales tentent d'obtenir un nouveau mouvement en arrière concernant la taxation des revenus du capital. C'est ce qui justifie l'entretien qui aura lieu demain en fin de matinée entre Pierre Moscovici et Pierre Pringuet, le patron de Pernod-Ricard mais qui vient "es qualités" de président de l'Afep appuyé par Paul Hermelin, Président Directeur Général du Groupe Capgemini, ancien collaborateur de DSK, qui ne cache ni sa proximité avec François Hollande et le Ministre de l'Economie, ni sa stupéfaction devant les mesures annoncées à l'occasion de la loi de finances. Le lendemain, c'est Michel Pébereau qui sera reçu par Pierre Moscovici pour évoquer les mêmes sujets. Mais ce qui agite le plus le microcosme politique depuis l'adoption du pacte budgétaire européen, c'est l'absence totale d'autorité du Premier Ministre sur sa majorité et parallèlement l'incapacité flagrante de François Hollande à trancher les dossiers sensibles. Cela fait maintenant près de vingt jours que le projet de budget a été rendu public, et le Président de la République n'en a toujours pas dit un mot, restant totalement passif, comme tétanisé par la révolte des "pigeons". LE PS VERS LA DESUNION Ce malaise dans la majorité se trouve illustré par le vote sur les différentes motions qui seront discutées dans deux semaines à l'occasion du congrès du Parti Socialiste à Toulouse. La motion de la direction du parti, portée par le premier secrétaire par intérim, Harlem Désir, est arrivée en tête du vote des militants, jeudi soir 11 octobre, avec un score de 68 %, selon des résultats partiels communiqués par le PS en fin de semaine portant sur 93 % du corps électoral. Un résultat plus que mitigé d'autant que l'aile gauche du parti, représentée par la "motion 3", a obtenu pus de 13,4 % des voix, juste devant la "motion 4" présentée par Stéphane Hessel, qui frôle les quelque 12 %. Cela signifie que plus d'un quart des militants socialistes ne soutiennent pas la politique actuelle, ni la candidature d'Harlem Désir pourtant soutenue par Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry et François Hollande. Ces résultats ambigüs et la dégradation de la conjoncture économique, avec une forte hausse du chômage, dont la courbe ne sera pas inversée au bout d'un an, comme s'y est engagé François Hollande, suffisent à justifier les prévisions de certains politologues qui prédisent un éclatement du parti socialiste d'ici douze à dix huit mois entre une aile social-démocrate et une aile franchement ancrée à gauche. D'aucuns vont même jusqu'à prédire un prochain changement de premier ministre au profit de Laurent Fabius, voire, en cas d'explosion du PS, avec le recours possible de Jean-Louis Borloo. L'AVENIR D'EADS PASSE PAR L'ITALIE A droite, la situation n'est guère plus claire, même si la position de François Fillon se renforce de jour en jour, surtout après le ralliement de Claude Guéant. Par ailleurs les fuites sur d'éventuelles actions judiciaires à l'encontre de Patrick Buisson, soutien de Jean-François Copé, desservent naturellement l'ancien ministre du budget. Dans dix jours aura lieu le débat télévisé entre les deux candidats à l'UMP. Et dans le sillage de cette confrontation, il se pourrait que Xavier Bertrand, qui se fait très silencieux depuis un mois, annonce son ralliement à l'ancien premier ministre. De même s'agissant de Nathalie Kosciusko-Morizet. Dans les milieux d'affaires l'évènement le plus commenté de la semaine a été l'échec de la fusion entre BAE Systems et EADS. Un échec uniquement justifié par un veto d'Angela Merkel. Cette dernière a pris le soin d'appeler François Hollande et lui a expliqué qu'elle s'opposerait à toute dilution de la position allemande dans EADS, quel que soit le schéma envisagé. Si cet échec est surtout problématique pour BAE qui voit les commandes en provenance du Pentagone se ralentir considérablement, il pourrait amener les dirigeants d'EADS à se rapprocher plus vite que prévu de l'italien Finmeccanica. Selon les informations de WanSquare, à peine connue la rupture entre EADS et BAE une rencontre a été organisée entre le président de Finmeccanica, Giuseppe Orsi, ainsi que d'autres responsables du groupe italien de défense d'un côté et le Premier ministre Mario Monti, d'un autre côté, pour évoquer les possibilités d'alliances et de développement dans les secteurs de l'aéronautique et de la défense. Cette réunion doit avoir lieu vendredi prochain. LAUVERGEON SE VOIT DEJA A LA BPI Mais cette semaine sera surtout marquée par la présentation en Conseil des Ministres de l'ébauche de la future Banque Publique d'Investissement. A l'issue d'un bras de fer avec le Trésor et Bercy, Jean-Pierre Jouyet a obtenu la présidence non éxécutive de cette future institution, un actionnariat à 50-50 entre l'Etat et la Caisse des Dépôts et le non démantèlement du FSI, que recommendaient pourtant la Banque Lazard, notamment Jean-Louis Girodolle, l'associé-gérant chargé de ce dossier, et la Direction du Trésor, ainsi que l'Agence des Participations de l'Etat. Il reste à savoir qui sera désigné Directeur Général de cette banque destinée à appuyer le redressement productif du pays. Après le refus de François Villeroy de Galhau (qui se réserverait pour la BPCE) et celui de Charles-Henri Filippi, les trois candidats restant en lice sont Pierre Duquesne, Dominique Marcel et Anne Lauvergeon. Il semblerait que cette dernière ait les faveurs du pouvoir en dépit d'un "track-record" peu favorable (chez Lazard, Alcatel ou Areva). Selon nos informations, elle devrait faire le point sur ce dossier en tête à tête avec Pierre Moscovici, jeudi prochain en fin de matinée. Beaucoup ont tenté d'empêcher ce choix d'Anne Lauvergeon, qui est très soutenue à l'Elysée par Jacques Attali et Emmanuel Macron, et à l'extérieur par Matthieu Pigasse. D'aucuns ont pourtant rappelé en haut lieu sa gestion catastrophique d'Areva et les conflits d'intérêts qui vont se manifester à elle lorsqu'elle aura à prendre position sur Eramet, dont le FSI est l'un des principaux actionnaires. Jérôme Cahuzac fait partie de ceux-là.