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Yves de Kerdrel
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Le vote du pacte budgétaire européen s'annonce comme un piège aussi bien pour François Hollande que pour l'opposition
par Yves de Kerdrel
Après la présentation d'un budget qui va provoquer un choc fiscal d'une telle ampleur que la France ne pourra pas éviter la récession en 2013, le gouvernement se prépare à faire approuver par les parlementaires le pacte budgétaire européen. Ce qui constitue un piège pour la majorité avec les hurlements des verts et du courant de Benoit Hamon, mais aussi pour l'opposition qui aura encore plus de mal à récupérer le vote ouvrier du Front National.
30/09/2012 - 08:44
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C'est bien la première fois, depuis le 16 mai dernier, que François Hollande et surtout Jean-Marc Ayrault font l'unanimité. Le premier budget présenté par la nouvelle majorité pour l'année 2013 est considéré de toutes parts comme mauvais. A droite, à cause du massacre fiscal des classes moyennes et des épargnants. Dans les milieux d'affaires à cause des mesures stigmatisant l'entreprise, les profits et les hautes rémunérations. A gauche, à cause des réductions d'effectifs dans la fonction publique (hors les trois ministères sanctuarisés). Et enfin chez les économistes qui le considèrent non fiable depuis l'alpha (c'est-à-dire la prévision de croisance de 0,8 %) jusqu'à l'omega (un déficit budgétaire enfin fixé sur la ligne bleue des 3 %). Désormais il ne fait plus de doute pour personne que ce dernier objectif ne sera pas atteint.
Toute la question est maintenant de savoir quelles seront les conséquences alors que François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici ont toujours affirmé publiquement que la France respecterait cet objectif de 3 % de déficit en 2013. Ne serait-ce que pour témoigner de sa crédibilité sur les marchés. Comment les investisseurs, qui acceptaient encore récemment de payer pour prêter de l'argent à la France, vont-ils réagir à ce défaut de parole, ou à cette incapacité à faire et à éxécuter un budget crédible ? Quelle va être la réaction de Bruxelles qui surveille, tous les six mois, la trajectoire de nos comptes publics ? Quel va être surtout le jugement de nos partenaires allemands, qui attendent de la France qu'elle montre l'exemple au sein de la zone Euro en matière de respect des règles budgétaires ?
LA ROUE DE SECOURS DE HOLLANDE
Toutes ces questions arrivent au moment où les parlementaires vont devoir plancher sur le texte du pacte bugétaire européen avec le volet concernant la règle d'or et celui concernant la gouvernance des budgets des états membres et les éventuelles sanctions. Ce débat s'annonce d'ores et déjà comme un piège. A gauche, on l'a déjà vu, avec les états d'âme des verts et leur schizophrénie qui leur permet de voter contre ce texte, mais pour le budget conçu en fonction de texte (allez comprendre !). A gauche de la gauche avec les cris d'orfraie de Jean-Luc Mélenchon qui trouve là l'occasion de se refaire une virginité, et bientôt avec Benoit Hamon, qui est resté jusqu'ici silencieux, mais qui n'en pense pas moins.
Mais à droite aussi ce débat va constituer un piège. Car comment expliquer aux électeurs de l'opposition que l'on peut voter le pacte, sans voter le budget. Et surtout comment ne pas apparaître comme la roue de secours de François Hollande après la défection des verts et d'une partie des socialistes. Si tel est le cas, il ne s'écoulera pas 24 heures avant que Marine Le Pen montre du doigt cette droite qui fait "le lit de la gauche" et qui de surcroit vote des pouvoirs supplémentaires accordés "à la technocratie bruxelloise". Plusieurs ténors de l'opposition sont bien conscients de ce piège, alors que leur principale préoccupation est de renouer avec le vote ouvrier du Front National.
MOSCOVICI APRES SAPIN A L'AFEP
De cela il a été largement question au cours de la fin de semaine lors des journées parlementaires de l'UMP où l'ambiance a naturellement été tendue sans toutefois ressembler à celles de Colmar, à l'époque de la guerre Chirac-Balladur. Chaque jour qui passe semble conforter la position de François Fillon au sein du parti. Et même si beaucoup de ténors de l'UMP avouent qu'ils ne prendront position qu'après le débat télévisé du 25 octobre qui opposera les deux candidats, il est clair que l'ancien premier ministre est assuré de conserver la nette avance qu'il possède sur son rival. Quant aux "faiseurs de roi" comme Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet, ils semblent désormais prêts à déclarer qu'ils voteront pour François Fillon, tout en se gardant bien de rallier complètement un camp. De manière à rester libres pour les primaires de 2016.
Dans les milieux d'affaires, le climat est passé de la stupéfaction devant les mesures annoncées à l'effroi devant le risque récessionniste qui se fait jour. Du coup le gouvernement semble déployer une énergie terrible pour essayer de rassurer les grands patrons. Après Michel Sapin, invité à un diner-débat, mercredi dernier, l'Afep s'apprête à recevoir ce jeudi Pierre Moscovici. Mais la plupart des patrons qui ont assisté au premier dîner et qui ont trouvé le ministre du travail aussi déterminé qu'isolé et aussi conciliant que peu convainquant, s'attendent à voir le Ministre de l'Economie et des Finances dans la même posture.
LE BARNUM DE LA BPI
Ce dernier travaille beaucoup sur le dossier de la future Banque Publique d'Investissement dont l'ébauche doit être présentée en conseil des ministres le 17 octobre prochain. Autant dire qu'il ne reste que quelques jours pour trouver le bon mode de gouvernance, le bon périmètre, et surtout le bon mode de fonctionnement avec les régions. En principe celles-ci devraient avoir deux représentants au conseil d'administration de la Banque (dont Alain Rousset, candidat malheureux au poste de Ministre de l'Industrie). Par ailleurs elles devraient avoir la présidence d'un comité d'orientation. Ce qui reste plus obscur, c'est la manière dont la BPI jouera son rôle dans les régions en co-financant des opérations avec elles. Car, selon Bercy, les "grands barons" régionaux veulent avoir leur mot à dire dans les comités d'engagement. Ce qui constitue un motif d'inquiétude au sein de la Caisse.
Autant dire que la tâche du directeur général de cette Banque Publique détenue à 50-50 par l'Etat et par la Caisse des Dépôts sera très difficile. A la fois vis à vis de son conseil d'administration et vis-à-vis des structures qui seront incluses dans la BPI comme Oseo ou le FSI. D'autant que cette banque marchera sur deux pieds, l'un consacré à l'investissement où la gouvernance sera pilotée par la Caisse des Dépôts et l'autre consacré au financement où la gouvernance sera dans les mains de l'Etat. Tout cela explique que la Caisse des Dépôts a choisi de s'entourer des conseils de Ricol Lasteyrie et de Morgan Stanley. Tout cela justifie qu'Oseo s'apprête à désigner une banque conseil. Et tout cela aide à comprendre pourquoi Stéphane Boujnah, patron de Santander en France, a fini par décliner le poste de directeur général après que Pierre Moscovici lui a fait la cour pendant tout l'été.
En dehors de cela Paris bruisse de beaucoup de rumeurs sur le sort de François Pérol qui a rencontré le Ministre de l'Economie en tête-à-tête la semaine passée. Aussi bien au sein des banques populaires que parmi différentes Caisses d'épargne on échafaude le scénario d'un conseil de surveillance de BPCE, chauffé à blanc par son ancien président, Philippe Dupont, qui déciderait de se séparer du président du directoire avec le consentement silencieux de l'Etat. Dans ces conditions le très rocardien Philippe Wahl, actuellement président du directoire de la Banque Postale, et ancien directeur général de l'organe central des Caisses d'Epargne, se verrait bien reprendre le fauteuil de François Pérol.
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