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Yves de Kerdrel
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La "jacquerie fiscale" des entrepreneurs pigeons déstabilise le gouvernement, en attendant une fronde des classes moyennes
par Yves de Kerdrel
Personne à Bercy, Matignon ou l'Elysée n'avait vu venir la grogne fiscale des entrepreneurs qui s'est transformée en quelques jours en un vaste mouvement d'opinion, grâce aux réseaux sociaux, à la télévision et à la radio. Du coup le Medef, comme la droite, qui eux aussi n'avaient rien vu monter, durcissent le ton en attendant une contamination de cette fronde au sein des classes moyennes.
07/10/2012 - 07:45
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Bonne nouvelle. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a réussi, en l'espace de quelques mois, à mettre fin à la guerre des classes. La grogne de tous les salariés qui bénéficiaient du système des heures supplémentaires défiscalisées rejoint celle des entrepreneurs du net, des fonds de capital-risque et des business angels, après les mesures alignant la fiscalité du capital sur celle du travail. Ce qui revient, en cas de cession d'une entreprise, ou simplement d'actions, fussent-elles détenues par les salariés, à laisser à l'Etat 60 % de la plus-value réalisée.
Le mouvements des "pigeons" lançé par Geoffroy Roux de Bézieux, Pierre Kosciusko-Morizet, Stéphane Treppoz et Jean-David Chamboredon, tous associés du fonds Isai, a très vite réuni sur les réseaux sociaux près de 60.000 sympathisants. Surtout, le vacarme médiatique réalisé par cette initiative a obligé le gouvernement à faire marche arrière sur ordre de l'Elysée. D'abord en annonçant une réflexion sur la baisse des charges sociales, dés l'année prochaine, au profit d'une CSG élargie. Hypothèse que Jean-Marc Ayrault avait pourtant balayée d'un revers de la main, une semaine plus tôt sur France 2. Ensuite en organisant une réunion à Bercy avec les représentants de tous ces jeunes entrepreneurs. Réunion au cours de laquelle ont été esquissés des signes de recul, dans un vaste flou, assure-t-on de toutes parts.
MOSCOVICI INTERPELLE A L'AFEP
Le même jour, jeudi dernier, Pierre Moscovici, qui présidait cette réunion à Bercy, entouré de Jérome Cahuzac et de Fleur Pellerin, était l'invité d'un dîner-débat de l'Afep. Dîner au cours duquel il a été largement pris à partie, notamment par Gilles Michel, le patron d'Imerys, Michel Pébereau, Frédéric Oudéa (Société Générale) et Guillaume Poitrinal sur des sujets aussi divers que la défense du modèle de banque universelle, le coût du travail, les questions de compétitivité, et bien sûr les mesures fiscales récemment annoncées avec leur caractère rétroactif. Sans compter une vive prise de parole de Patrick Kron sur l'impossibilité de faire revenir en France des cadres de haut niveau, dans le climat fiscal du moment. Même si les différents convives de ce dîner ont trouvé, en fin de compte, le ministre bon sur le plan technique, il est resté vague sur toutes les réponses aux questions essentielles. Ce qui a laissé un sentiment de "mal à l'aise", assurent plusieurs adhérents de l'Afep.
De surcroit, en reculant, Pierre Moscovici est tombé dans un nouveau piège, puisqu'il cherche désormais à établir une distinction fiscale entre "les fondateurs" et "les dirigeants" d'entreprise. Qui saura établir une ligne jaune entre ces deux catégories ? Qui saura dire si Bernard Arnault ou Vincent Bolloré sont ou non des créateurs d'entreprise ? Ou bien s'il faut les classer parmi les héritiers ?
CUISINE ELECTORALE
Pendant ce temps, François Hollande qui est resté totalement absent des questions budgétaires et fiscales, a retrouvé ses habits de chef du parti socialiste, en préparant avec ses amis un aménagement du calendrier électoral. A priori, on se dirige vers un report des élections cantonales et régionales en 2015, puisqu'en 2014 sont déjà prévues des élections européennes, municipales et sénatoriales. D'ici là, la loi instaurant le conseiller territorial devrait être abrogée parallèlement à la mise en place d'un nouveau mode de scrutin pour les cantonales. Le Chef de l'Etat, essaie ainsi de gagner du temps avant des élections intermédiaires qui sont toujours défavorables à la majorité en place. Quant aux élections municipales, il fait le pari qu'il n'y aura pas de vague bleue. Paris et Lyon étant assurées de rester à gauche et Marseille ayant de bonnes chances de basculer du côté du Parti Socialiste.
Du côté du milieu des affaires, deux dossiers arrivent en tête des discussions : le projet de fusion entre EADS et BAE Systems et la création de la Banque Publique d'Investissement. Sur le premier point, les négociations entre les trois pays impliqués dans cette affaire, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, semblent de plus en plus difficiles. L'Allemagne entend monter au capital de la future société au même niveau que la France, soit 9%. La Grande-Bretagne accepterait à condition que la France s'engage par écrit à ne pas acquérir les parts que Lagardère a l'intention de vendre. Mais l'Elysée, où le dossier est suivi de très près, s'y refuse. De leur côté, une majorité des parlementaires d'outre-Manche ne pleureraient pas l'abandon du projet. Or le temps presse, puisque selon les règles du marché britannique EADS et BAE ont jusqu'au 10 octobre pour annoncer s'ils ont bouclé un accord ou demander un délai supplémentaire.
LE FSI, VICTIME DE LA BPI
Sur le deuxième sujet, le schéma avance correctement, assure-t-on à Bercy où l'on confirme que c'est bien Jean-Pierre Jouyet qui sera le président de cette Banque Publique détenue à 50 % par la Caisse des Dépôts et à 50 % par l'Etat. En revanche une bagarre en coulisses a lieu entre Alain Rousset et Ségolène Royal pour avoir la présidence du Comité d'orientation de la Banque. Bagarre qui pourrait favoriser un outsider plus modéré dans ses propos, comme Jean-Jack Queyranne, le président de la région Rhône-Alpes.
Par ailleurs la victime collatérale de la création de la BPI pourrait bien être le Fonds Stratégique d'Investissement, qui serait en partie démantelé. Il est notamment question que l'Agence des Participations de l'Etat reprenne la plupart des lignes stratégiques apportées en 2008 lors de la création du Fonds. Cela concerne notamment 13,9 % du capital de France Telecom, 8 % d'Aéroports de Paris, 26 % d'Eutelsat et 23 % de TDF.
Parmi les candidats à la direction générale de la BPI, c'est actuellement Charles-Henri Filippi, ancien du CCF devenu HSBC France, et maintenant à la tête du bureau parisien de Citigroup qui tient la corde. Surtout après le retrait de Nicolas Théry, auquel Michel Lucas a confié de nouvelles responsabilités au sein du Crédit Mutuel. Pierre Duquesne, ancien du cabinet de Lionel Jospin à Matignon (comme Jean-Pierre Jouyet) est également cité. Mais son handicap est de n'avoir aucune expérience bancaire. Il est aussi question de Thierry Moulonguet, ancien directeur financier de Renault. Mais il partage les mêmes handicaps que Pierre Duquesne, le fils du journaliste Jacques Duquesne, même s'il est administrateur de HSBC France. A ces candidats sérieux, il faut ajouter le nom d'Anne Lauvergeon qui guigne ce poste et qui a vu le Président de la République il y a une dizaine de jours. Mais son inexpérience constitue un lourd handicap, sans compter le fait qu'elle a toujours un contentieux avec Areva, entreprise publique, pour des questions de règlement de frais d'avocats. Ce qui fait désordre !
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